g * f • ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SCEAUX. — IMPRIMERIE CHARAIRE ET C«e ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR (JOURNAL DE MICROBIOLOGIE) FONDÉES SOUS LE PATRONAGE DE Wl. PASTEUR ET PUBLIÉES PAR •y M. E. DU CL AUX MEMBRE DE l'INSTITUT PROFESSEUR A LA SORBONNE niKECTEUR DE l'iXSTITL'T PASTEUR Assisté d'un Comité de rédaction composé de MM. CHAMBERLAND, chef de service à l'Institut Pasteur; Df GRANCHER, professeur à la Faculté de médecine; METCHNIKOFF, chef de service à l'Institut Pasteur; NOCARD, professeur à l'École vétérinaire d'Alfort; Dr ROUX, chef de service à l'Institut Pasteur; Dr STRAUS, professeur à la Faculté de mérJecine. TOME DIXIEME 1896 AVEC SEPT PLANCHES PARIS MASSON ET G'^ ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120. BOULEVARD SAINT-GERMAIN N*. ^1 ierr^'j lOme ANNÉE JANVIER 4890 N-^ 1. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR ÉTLDES m L'IMMUNITÉ V.WCIXAIE ET 11 POUVOIR IMMLMSANT DU SÉRUM DE GÉNISSE VACCINÉE Par mm. A. BÉCLÈRE, GHAMBON et MÉNARD, Médecin de l'Hospice Directeurs de l'Institut de vaccine animale Debrousse. de Paris. Les découvertes récentes sur les sérums préventifs et théra- peutiques ont rappelé l'attention sur les recherches faites en 1877, par Maurice Raynaud, sur l'infection et l'immunité vacci- nales. Déjà, à ce moment, les travaux de M. Chauveau ' nous avaient appris que la lymphe vaccinale, injectée dans le tissu cellu- laire sous-cutané chez le cheval, le bœuf et l'enfant, les rend réfractaires à toute inoculation ultérieure du vaccin, c'est-à-dire leur donne l'immunité d'une façon certaine, alors même qu'au- cune éruption ne s'est manifestée. C'est ce que M. Chauveau appelait la vaccine sans exanthème. Ce savant avait également constaté que. chez le cheval, l'injection intra-veineuse de lymphe vaccinale crée l'immunité aussi sûrement que l'injection sous- culanée. Dans l'espèce bovine, croyait-il, il n'en était plus ainsi. Mais depuis lors on a vu ^jque, chez le veau, l'injection intra-vei- neuse de quantités même très faibles de vaccin entraîne cons- • tamment, comme chez le cheval, l'immunité complète sans autres manifestations générales ni locales. 1 . Bulletins de l'Académie de médecine, 1866. — Vaccine originelle, in Revue de médecine et de chirurgi&, 1877. 2. Recherches expérimentales sur la vaccine chez le veau, par MM. Straus, Chambon et MÉNARb. — Société de Biologie, séance du 20 décembre 1890.* 1 2 AxNNALES DE L'INSTITUT PASTEUH. Pourbien juger des travaux de Maurice Rayiiaud *, il importe de ne pas séparer sa première note de 1877, à l'Académie des Sciences, de son mémoire lu l'année suivante à l'Académie de médecine, qui complète et, on peut dire, corrige cette note. Dans une première série d'expériences, il inocula, sous l'épi- derme d'enfants non vaccinés, du sang- pris à des vaccinifères dont la date de vaccination variait de un jour à six semaines, et n'obtint ni vaccination sur place, ni immunité ultérieure. 11 eut alors l'idée de recourir à la transfusion du sang pour agir sur de plus grandes quantités. Il saigna en pleine éruption vaccinale, avec l'aide de l'un de nous, une génisse inoculée depuis 6 jours, et transfusa 250 grammes du sang ainsi recueilli dans la veine jugulaire d'une autre génisse non vaccinée. Cette dernière, 14 jours après, possédait l'immunité : 60 inoculations lui furent faites avec du vaccin éprouvé, toutes demeurèrent stériles. Alors, attribuant à lii transfusion antérieure l'immunité cons tatée chez cet animal, Maurice Raynaud concluait que le sang peut, (( dans certaines conditions données, être considéré comme un très puissant véhicule du virus vaccinal ou tout au moins d'un principe capable de transmettre l'immunité » . Mais, comme il le reconnut un an après, il ne s'était pas mis assez en garde contre les inoculations accideiitelles de vaccin. Quand, avec plus de précautions, il multiplia et varia de diverses façons les expériences de cette seconde série, il ne réussit plus à produire à nouveau l'immunité, si bien qu'en 1878, revenant un peu sur ses premières affirmations, il se contentait dédire « que des quantités très notables de sang (230 à 500 grammes) peuvent être transfusées d'un animal vaccinifère à un animal non vacciné sans qu'il se produise ni éruption spécifique ni immunité; mais qu'il n'est pas impossible qu'exceptionnellement, soit dans des conditions de virulence extrême, soit avec une très grande quan- tité de sang, la transfusion produise d'emblée l'immunité chez l'animal récepteur. » Expériences de M. Chauceau. — En avril 1877, peu de jours 1. M.MuicE Raynaud. Étude expérimentale sur le rôle du sang dans la trans- mission de l'immunité vaccinale. {Cottiptes rendus (te l'Académie des sciences, 1877, tome LXXXfV, p. 4."i3., 5 mars 1877 ) — De l'infection et de l'immunité vac- cinales. (Bulletin de l' Académie de médecine, lb>78, p. 878.) IMMUNITÉ l'APi LE SERUM DE (iENISSE V.\(XINÉE 3 après la première note de Maurice Riyiïaud, M. Chauveau publiait des expériences qui en contredisaient les conclusions, et concluait comme Maurice Raynaud devait le faire un an plus tard. ► Deux transfusions de sang' turent faites, d'un cheval porteur d'une éruption naturelle de hors:'-pox à sa période d'état à un cheval jeune et bien portant ; elles portèrent sur 1,000 grammes dans un cas, sur environ 500 grammes dans l'autre. Les résul- tats furent absolument négatifs. '< Cela ne prouve pas, dit M. Chauveau, que le virus nexiste pas dans le sang. La seule signification incontestable de ce résultat, c'est que le sang de chevaux en pleine éruption vaccinale naturelle est si pauvre en matière virulente, qu'on peut prendre 500 à 1,000 grammes de ce sang sans être sur d"y trouver une quantité de matière virulente capable d'infecter un sujet sain par transfusion. » ExjM'i'iences de MM. Straiis, Chambon et Ménanl. — M. Straus et deux dentre nous -, en 1889, reprirent ces expériences et montrèrent que l'immunité peut être conférée au veau par la transfusion du sang provenant d'un veau en pleine éruption vac- cinale au septième jour. 3Liis, pour obtenir cet effet avec une certitude presque absolue, il faut transfuser des quantités considé- rables de sang., 4, 5, 6 kilogrammes. La transfusion de 350 à 400 grammes dans une de ces expériences, comme celle de 500 à 1,000 grammes dans les deux expériences de M. Chauveau, ne donna aucun résultat. De ces faits, M. Straus et ses deux collaborateurs tirèrent cette conclusion « que le microbe (encore inconnu) de la vaccine existe dans le sang, pendant la période d'éruption, mais en très petite quantité... On pourrait aussi admettre que le sang de l'ani- mal en puissance de l'affection vaccinale ne contient pas le microbe même de la vaccine, mais des matières solubles sécré- tées par ce microbe dans les pustules, matières résorbées parle sang, et douées du pouvoir vaccinal. Mais la première hypothèse nous semble plus plausible; le microbe de la vaccine passe cer- 1. Chauveau, Contribution à l'étude de la vaccine originelle. {Reçue de méde- cine et de chirurgie, avril 1877.) 2. Strau-s, Ghaubon et Mknard, Recherches expérimentales sur la vaccine chez le veau. {Société de biologie, 20 décembre 1890.) A ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tainement dans le sang, chez le cheval, à la suite de l'inocula- tion cutanée, puisque cette inoculation détermine parfois chez lui l'apparition d'une éruption de vaccine généralisée. » Ces conclusions, on le voit, ne contredisaient en rien celles auxquelles avaient abouti. 13 ans plus tôt, M. Chauveau le pre- mier, et Maurice Raynaud après lui. Elles montraient que le sang d'animaux au G" ou 7^ jour de l'éruption vaccinale, c'est-à-dire en pleine période virulente, se comporte comme le ferait un virus extêmement dilué, puisqu'il n'en faut pas transfuser moins de 4 à 6 kilogrammes, pour pro- duire sûrement l'immunité. Il semblait qu'il en fût de même pour le sang d'un animal vacciné, en dehors de la période virulente, longtemps après la terminaison de la maladie et la dessiccation des pustules. MM. Straus, Ghambon et Ménard avaient pu transfuser dans la veine d'un veau non vacciné, 5'^',.500, c'est-à-dire la presque totalité du sang d^un autre veau vacciné sept semaines auparavant, sans réussir à conférer au premier de ces animaux l'immunité dont le second était possesseur. Tel était l'état de la question, quand, à la fin de l'année 1892, à la suite des expériences de MM. Richet et Héricourt et des travaux de MM. Behring et Kitasato, après la découverte des propriétés préventives et thérapeutiques du sérum des animaux immunisés contre diverses maladies contagieuses, nous eûmes l'idée de rechercher le pouvoir immunisant du sérum des génisses inoculées' du cowpox, et de faire de nouvelles expériences que nous allons maintenant exposer. Nous voulons démontrer que le sérum des génisses vaccinées possède des propriétés pré- ventives et thérapeutiques contre la vaccine. Ce nest pas seu- lement par curiosité scientifique que nous avons entrepris ces recherches, mais surtout avec l'arrière-pensée de les faire servir au traitement de la variole, s'il nous était prouvé que le sérum des animaux vaccinés possède vis-à-vis de la variole le même pouvoir préventif et curateur. Depuis lors, l'un de nous a, dans cette voie, tenté sur 17 varioleux des essais thérapeutiques dont les résultats seront prochainement publiés et montreront dans quelle mesure nos espérances étaient justifiées. IMMUNITE PAR LE SEilUM DE GENISSE VACChNEE 5 I POUVOIR IMMUNISANT DU SKRUM DE GÉNISSE VACCINÉE Dans toutes nos expériences nous nous sommes conformés aux conditions suivantes : \'' Recueillir le sang- des animaux vaccinés seulement un cer- tain nombre de jours après la fin de la période virulente, c'est- à-dire après que les pustules ont cessé de contenir une lymphe inoculable ; 2'^ N'employer que le sérum du sang- ainsi recueilli; * 3° Injecter ce sérum sous la peau des animaux en expérience au lieu de le transfuser dans les vaisseaux ; 4'^ L'injecter à faibles doses plusieurs fois répétées, à des intervalles variables. Yoici comment, pour la première fois, nous réalisons ces conditions : Expérience I. — Le 7 janvier 1893, une génisse est inoculée aux deux flancs ' avec du vaccin éprouvé, comme il est de règle à rétablissement vaccinal de la rue Ballu, c'est-à-dire par des incisions linéaires de 2 centi- mètres, disposées en quinconces et écartées de 3 à 4 centimètres les unes des autres, au nombre de 80 à 120 environ sur chaque flanc. Ces inocula- tions donnent naissance à autant de pustules, dont le contenu sert à de nombi'euses vaccinations. 15 jours après, le 22 janvier, cette génisse est conduite à Tabattolr de la Yillette où, suivant le procédé indiqué par M. Nocard. son sang est recueilli aseptiquement. Après la formation du caillot, le sérum provenant de ce sang est injecté sous la peau d'une seconde génisse. Mais, pour éviter toute inocu- lation accidentelle de vaccin, cette génisse ne quitte pas l'étable de la rue Caulaincourt où séjournent, avant d'être amenés rue Ballu pour y être ino- culés, les animaux destinés au service de la vaccine. C'est donc rue Caulain- court, à l'abri de toute contamination involontaire, que la génisse en expé- rience reçoit sous la peau les quantité suivantes de sérum : le 24 janvier 100 c. c. le 25 — 1.50 — le 27 — 70 — le 28 — 120 — le 29 — KjO — le 30 — 70 — le 31 — 70 — le 1er février 380 — 1. Le mol /Jane, que nous employons par abréviation, désignera toujours, en réalité, toute la région thoraeo-abdominale de chaque côté. 6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. « Le 2 février, la génisse eiv expérience est amenée rue Bail u, après avoir ainsi reçu sous la peau 1.420 c. c. de sérum injectés en 8 fois, dans l'espace de 9 joui's. A midi, elle est inoculée aux flancs, par 180 incisions environ, avec du vaccin éprouvé qui, le même jour, sert à inoculer une génisse témoin, et elle reçoit, à 5 heures du soir, une dernière injection sous-cutanée de 40 grammes de sérum. Chez la génisse témoin, l'éruption habituelle apparaît et évolue dans les délais normaux. Au contraire, chez la génisse en expérience, les incisions se ferment sans devenir le point de départ du plus minime travail de pustu- lation : cet animal possédait certainement l'immunité. Cette première expérience, comme la première de Maurice Raynaud, paraissait avoir donné un résultat d'une importance considérable. Jamais plus cependant, dans les recherches qui ont suivi, nous n'avons retrouvé de résultat en tout semblaljle. Nous sommes donc portés à nous demander si, à noire insu, quelque erreur ne s'élait pas glissée dans cette expérience, si l'animal ne devait pas l'immunisation si complète dont il était revêtu plutôt à une inoculation accidentelle de vaccin qu'aux injections de sérum. Nous n'avions pas, à ce premier essai, dans les diverses manipulations du sérum, pris, pour éviter les contaminations involontaires, toutes les précautions dont nous nous sommes entourés dans les expériences suivantes. ExpÉRIE^fCE IL — Une génisse, inoculée aux flancs le 9 février 1893, et qui a présenté une très belle éruption vaccinale, est saignée aseptiquement à l'abattoir de la Yilletle, le 26 mars, c'est-à-dire exactement 46 jours après la vaccination. Le séruru recueilli après la formation du caillot est injecté sous la peau de Tune des génisses qui n'ont pas encore quitté l'élable de la rue Gaulaincourt. Celte génisse, du poids de 146 kilogs., reçoit succes- sivement : le 28 mars, dans l'après-midi, 1 injection sous-cutanée de 200 c. c. de sérum. le 29 — — — — de 200 — le 30 — — __ , _ de 200 — le 31 — — — — de 200 — le l®'' avril, dans l'après-midi, en 2 inj. sous-cutanées, 400 — le 2 — dans la matinée, en 2 inj. — 400 — le 3 — à 8 1/2 du matin, en 2 inj. — 400 — Le jour même de la dernière injection de sérum, à 11 heures du matin, elle est inoculée aux flancs, par 180 incisions environ, avec du vaccin éprouvé. Une éruption vaccinale apparaît à la suite de cette inoculation, mais il s'agit d'une éruption manifestement modifiée et arrêtée dans son dévelop- pement. IMMUNITE, PAR LE SÉRUM DE GÉNISSE VACCINÉE 7 Le 9 avril, c'est-à-dire jours pleins après l'inoculation, voici quel est l'aspect des deux champs vaccinaux : au niveau de la plupart des incisions cutanées, il existe un certain degré d'épaississernent du derme, appréciable à la vue et au palper, mais pas de soulèvement de l'épiderme. pas de pus- tule, rien qu'une cfoùtelle sèche de 2 millimètres de largeur environ. Quelques incisions seulement portent sur un ou plusieurs points de leur longueur, jamais dans toute leur étendue, une véritable pustule d'ailleurs [dus ou moins mal développée. Le nombre des incisions qui présentent cet aspect est bien restreint, puisque cinq seulement sur le flanc droit peuvent, suivant le procédé habituellement employé pour la récolte du vaccin, être pincées à leur base et grattées de manière à fournir quelques gouttes de pulpe qu'on broie aussitôt au mortier avec un peu de glycérine. Le liquide provenant de cette pulpe broyée est immédiatement inoculé par 12 incisions transversales, dans la région mammaire, à une autre génisse qu'on vient de vacciner suivant le procédé habituel avec du vaccin normal. 6 jours après, le 13 avril, l'aspect de ces 12 incisions transversales offre un contraste frappant avec celui des 180 incisions verticales qui ont reçu du vaccin normal. Ces dernières, en effet, présentent toutes et dans toute leur étendue de magnifiques pustules. Des 12 incisions transversales au contraire, il n'en est pas plus de 2 qui, en un ou deux points de leur éten- due, présentent un léger soulèvement de l'épiderme sous forme de pustule petite et avortée; les* 10 autres ne portent pas trace de pustulation, mais seulement une croùtelle sèche de 2 à 3 millimètres de largeur, enchâssée dans un derme épaissi et saillant. f En résumé, le sérum d'ime génisse vaccinée depuis 4G jours est injecté en sept reprises séparées par des intervalles de 24 heures, à la dose totale de 2 litres, sous la peau d'une génisse non vaccinée. Cette dernière, inoculée aux flancs presque aus- sitôt après, avec du vaccin normal et éprouvé, présente une éruption remarquablement modifiée et comme avortée. De même qu'on appelle variuloide l'éruption variolique modifiée par une première atteinte de la maladie ou par une vaccination anté- rieure, de même par analogie cette éruption vaccinale modifiée mérite le nom de vaccinoide. Des éléments éruptifs beaucoup ont avorté, la plupart sont croûteux et secs, quelques-uns seu- lement etpar places pustuleux contiennent une lymphe elle-même modifiée et dont la virulence est très amoindrie, puisque, inoculée à un animal qui vient de recevoir en d'autres points du vaccin normal, elle reproduit l'éruption de vaccinoide dont elle provient : c'est ainsi que sur la même génisse on voit coexister d'une part une éruption de vaccine légitime, et d'autre part une érup- 8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tion de vaccine arrêtée dans son développement et comme avortée. Expérience 10. — Dans l'expérience précédente, tout le sérum provenant de la génisse vaccinée depuis 46 jours n'a pas été employé. Il en reste " 650 c. c. qu'on utilise de la façon suivante : Le 9 avril 1893, une génisse est inoculée au flanc droit avec du vaccin éprouvé et reçoit immédiatement, en 2 injections sous-cutanées, 350 c. c. de sérum. Puis elle est inoculée au flanc gauche, et, au cours même de cette vaccination, reçoit une seconde injection sous-cutanée de 300 c. c. de sérum. Le 15 avril, six jours plus tard, on constate que l'évolution des pustules s'est faite régulièrement, normalement, nullement modifiée dans son aspect extérieur parles injections de sérum. Il n'y a pas lieu de s'étonner que celte expérience n'ait pas donné le même résultat que l'autre : il importe, en effet, de tenir grand compte de la quantité de sérum injecté. Le premier ani- mal, celui dont l'éruption vaccinale a été modifiée au double point de vue de l'aspect extérieur et de la virulence, n'a pas reçu sous la peau moins de 2 litres de sérum. Le second n'en a reçu que 650 c. c. seulement, soit une dose trois fois moindre. Les deux bêtes avaient à peu près le même poids. Dès maintenant, il nous est permis d'affirmer que si le sérum de génisse vaccinée possède des propriétés immunisantes, il ne les révèle qu'à la condition d'être employé à des doses relativement fortes. C'est ce que confirmeront toutes nos recherches. Notre première expérience nous avait montré une génisse recevant sous la peau du sérum d'animal vacciné et inoculée ensuite sans aucun résultat, possédant par conséquent l'immu- nité complète. Comme nous l'avons dit plus haut, nous ne sommes pas certains que cette immunité fût la conséquence des injections de sérum. Quoi qu'il en soit, le 12 février 18^)3, c'est-à-dire dix jours après l'inoculation infructueuse qui lui a été faite, l'animal en question est saigné aseptiquement à l'abattoir de la Vil- lette. Le sérum recueilli après la formation du caillot sert aux deux expériences suivantes : ^ « Expérience IV. — Une génisse non vaccinée et qui ne quitte pas l'étable IMMUNITÉ PAR LE SÉRUM DE GÉNISSE VACCINÉE !> (le la rue Caulaincourt reçoit, comme il suit, en injections sous-cutanées, le sérum susdit : le 45 février 1893 200 centimètres cubes.* le l(> — tOO — le 17 — 110 — le 18 — 170 — le 19 — 170 — le 20 — 200 — le 21 — 400 - Le 22 février, la génisse, amenée rue Ballu, est inoculée aux flancs, suivant le procédé habituel, avec du vaccin éprouvé. 3 heures après cette inoculation, elle reçoit une 8' et dernière injection de 400 c. c. de sérum. Le 27 février, 5 jours après l'inoculation, le champ vaccinal droit paraltt complètement stérile. La génisse, un instant détachée, en lèche la partie postérieure. Le champ vaccinal gauche offre un commencement d'éruption dont les éléments sont très disparates : tandis qu'un quart environ des incisions est demeuré tout à fait stérile, les autres ne présentent des traces de pustulalion qu'en un ou plusieurs points de leur étendue. Le 28 février, 6 jours après l'inoculation, à droite les incisions sont pour la plupart le siège d'un travail de pustulation très lent,' très restreint, sans les caractijres typiques, sans ombilication, avec tendance à la dessiccation; à gauche, c'est le même aspect général avec pustulation un peu plus marquée et un peu plus intense. L'animal n'a pas été pesé. En résumé, une génisse qui a reçu un peu plus de 1 ,500 c. c. . de sérum d'animal immunisé, en huit injections sous-cutanées, à des intervalles de 24 heures, et qui est ensuite inoculée aux flancs avec du vaccin éprouvé, présente une éruption vaccinale manifestement modifiée et qui mérite l'appellation de vaccinoïde. Expérience V. — Il reste du sérum susdit 800 c. c. qui, le 19 fé- vrier 4893, sont injectés ,en 4 piqûres sous la peau d'une génisse, immé- diatement après qu'on l'a inoculée aux flancs par le procédé habituel, avec du vaccin éprouvé. L'éruption vaccinale apparaît tardive et modifiée. Chez un animal témoin, inoculé au même moment, chaque incision a donné naissance, après 5 jours écoulés, à une belle pustule avec ses caractères habituels. Chez la génisse en expérience, au contraire, à la même date, la moitié environ des incisions demeure stérile, l'autre moitié seulement porte des pustules incomplètes qui ne s'étendent pas à toute la longueur de l'incision linéaire et souvent n'en occupent qu'une portion très minime. Après 6 jours pleins, l'éruption, loin de progresser, tend plutôt à se dessécher et à s'éteindre. Une trentaine de pustules seulement sont assez développées pour permettre la récolte de la lymphe vaccinale, et cette récolte est à peine le quart ou le cinquième de ce qu'elle est d'ordinaire. Une portion de la lymphe ainsi recueillie est immédiatement inoculée «, 10 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. à la région mammaire dune autre génisse : dans les délais habituels, on voit apparaître une éruption qui né semble pas modifiée comme celle dont elle proS'ient. L'animal qui a reçu les injections de sérum n'a pos été pesé. En résumé, une génisse qui rrçoit en même temps de nom- breuses inoculations sous-épidermiques de lymphe vaccinale et une injection sous-cutanée de 800 c. c. de sérum d'animal immunisé, présente ensuite une éruption vaccinale très modifiée et méritant le nom de vaccinoide, tandis que, chez une génisse témoin inoculée simultanément avec du vaccin de même prove- nance, apparaît une éruption de vaccine normale. De cette première série d'expériences se dégage, il nous semble, une notion nouvelle, c'est que le si'rnm des génisses vac- cinées, recueilli hors de la période rirulente. plusieurs jours et même plusieurs semaines après la dessiccation des pustules, possède des pro- priétés immunisantes ; le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée se manifeste par un arrêt de développement des éléments éruptifs et par une atténuation de la virulence de leur confenu chez les animaux qui, avant d'être Jnoculés ou au moment d'être inoculés avec du vaccin éprouvé, ont reçu, en injection sous la peau, ce sérum à dose suffi santé. II l'immumté consécutive a l'inoculation sous-cutanée du vaccin Après avoir constaté les propriétés immunisantes du sérum de génisse vaccinée, une question se pose, celle de savoir s'il doitces propriétés à des substances chimiques en dissolution ou à la présence d'éléments microbiens virulents, épars à l'état d'unités dans sa masse. Cette persistance des microbes de la vaccine dans le sérum ne nous semble pas probable : rappelons que, dans une de nos expériences, le sérum immunisant prove- nait d'un animal qui n'avait pas été vacciné depuis moins de 46 jours. Mais les présomptions ne suffisent pas, la preuve expé- rimentale est nécessaire. Pour résoudre la question, on pour- rait filtrer le sérum de façon à le dépouiller de tout germe vivant, puis vérifier s'il conserve ses propriétés immunisantes; mais il faudrait être sur que cette filtration ne modifie en rien LMMUxMTÉ PAR LE SI'RUM DE GÉNISSE VACCIM'e. 11 4 sa constitution chimique. Il est possible de donner au problème une solution détournée et cependant tout aussi probante, en étudiant comparativement l'immunité conférée par les injections de sérum et l'immunité consécutive à l'inoculation sous-cuta- née de la lymphe vaccinale ou, en d'autres termes, à l'introduc- tion des microbes de la vaccine dans le tissu cellulaire. C'est une loi générale que l'immunité conférée par l'atteinte d'une maladie infectieuse ou par l'inoculation des cultures du microbe de celte maladie est une immunité toujours lente à s'éta- blir et qui ne se développe que par degrés. A cette loi, la vaccine ne fait pas exception, on le sait, au moins en ce qui concerne l'inoculation sous-épidermique de la lymphe vaccinale. Dans l'espèce humaine, l'immunité d'ordinaire n'est com- plète que le lO'^jour de la vaccin;ition. De nombreuses expé- riences de revaccinations faites pendant l'évolution vaccinale ont montré que les inoculations supplémentaires réussissent jusqu'au 5'' ou B*" jour, que les insuccès augmentent à partir du 7^ jour et sont la règle à partir du 9*^ jour. Cependant l'un de nous, chargé temporairement d'un service à l'hôpital de la Porte d'Aubervilliers en 1893, a eu occasion d'y observer une femme qui, portant au bras gauche deux pustules vaccinales en voie de dessiccation, a pu, tout près de 9 jours pleins après cette vaccina- tion, être une seconde fois inoculée par trois piqûres au bras droit et présenter trois nouvelles pustules de vaccine légitime. Dans l'espèce bovine, l'immunité semble un peu moins tar- dive. Les expériences de M. Layet' ont montré que surla génisse on peut faire des inoculations encore efficaces, soit avec une lym[)he étrangère, soit avec la lymphe de ses propres pustules jusqu'au 5'' jour après l'inoculation vaccinale; l'immunité nest acquise que dans le courant du (Y jour. Mais aucune recherche n'a été faite, à notre connaissance, sur la façon plus ou moins rapide dont s'établit l'immunité con- sécutive aux inoculations de lymphe vaccinale dans le tissu cellulaire sous-cutané. Nous sommes donc amenés à injecter une quantité déterminée de vaccin sous la peau d'une série de génisses, puis à les inoculer successivement par le procédé habi- tuel des incisions multiples aux deux flancs, en mettant entre les 1. Lavet, Traité prat.'/jUe de vaccinal ion animale 1889. 12 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. deux opérations un intervalle d'un jourpour lapremière génisse, de deux jours pour la seconde, de trois jours pour la troisième et ainsi de suite ; nous noterons alors soigneusement l'aspect de l'éruption chez chaque animal. Il convient ici de dire un mot du vaccin qui nous sert à ces injections saus-cutanées aussi bien d'ailleurs qu'à toutes nos ino- culations sous-épidermiques : c'est exclusivement de la pulpe vaccinale,glycérinée liquide, préparée depuis cinquant(3 à soixante jours au moins et conservée dans des tubes de verre fermés au chalumeau, c'est-à-dire qu'il s'agit de vaccin complètement ou presque complètement exempt de parasites étrangers'. Les recherches bactériologiques de M. Straus sur la pulpe vaccinale glycérinée ont en effet montré que l'ensemencement de la pulpe fraîche sur gélatine et sur gélose donne des colonies très nom- breuses de microbes variés, principalement de staphylocoques, tandis que la pulpe glycérinée âgée de uO à (30 jours reste d'or- dinaire stérile, et que les échantillons intermédiaires présentent d'autant moins de microbes qu'ils sont plus vieux. C'est sans doute grâce à l'emploi exclusif d'un vaccin exempt de parasites étrangers, d'un vaccin tout à fait pur au point de vue bactériologique, qu'il nous a été donné, dans toutes les expé- riences qui vont suivre, de constater un fait inattendu et sans précédent, celui de l'absence de toute nodosité appréciable du tissu cellulaire sous-cutané au niveau des injections. M. Chau- veau , au cours de ses recherches sur l'inoculation sous-cutanée du vaccin chez le cheval, lebœufetrenfant,avaitsignalé, danstousles cas sans exception, la formation de tumeurs sous-cutanées, tantôt petites, tantôt volumineuses, disparaissant ensuite plus ou moins vite par résolution. Comme nous n'avons observé de pareilles tumeurs qu'une fois, c'est à la pureté bactériologique de notre vaccin que nous attribuons ce fait nouveau. Voici nos expériences : Expérience VU — Le 5 mars 1893, deux génisses sont inoculées aux lianes par le procédé habituel des incisions multiples avec de la pulpe vacci- nale glycérinée, récoltée et préparée le 4 janvier, datant par conséquent de deux mois. L'une de ces deux génisses reroit simultanément, sous la peau du flanc droit, à l'aide de la seringue de Straus, tout le contenu d'un gros « 1. Saint-Yves, Ménard et Chambon, Épuration de lu pulpe glycérinée. {Académie de médecine, G décembre 1892.) IMMUNITE PAR LF^ SEIIUM DE (.ENISSE VACCINEE. i^ tube à vaccin rempli de la même pulpe glycérinée datant de deux mois (soit environ 5 centigrammes d'eau bouillie, 3 centigrammes de glycérine et 10 centigrammes du produit de grattage des pustules). L'évolution des pustules chez cette génisse a lieu sans aucun trouble. L'éruption est même si belle qu'on en fait le moulage pour l'envoyer, comme type d'éruption normale, à l'Exposition de Chicago ; elle est manifestement plus belle que celle de la génisse témoin. Au niveau de l'injeclion sous-cutanée, une exploration quotidienne et soigneuse ne décèle à aucun moment la moindre trace de nodosité dans le tissu cellulaire. > Répétée une seconde fois, l'expérience donne les mêmes résultats. Expérience VII. — Le 12 mars 1893, deux génisses sont inoculées aux flancs par le procédé habituel, avec la même pulpe vaccinale glycérinée datant de deux mois, qui a servi dans l'expérience précédente. L'une de ces génisses reçoit immédiatement sous la peau tout le contenu d'un gros tube à vaccin rempli de la même pulpe. L'éruption vaccinale apparaît dans les délais normaux chez les deux génisses avec ses caractères habituels, un peu moins belle toutefois chez la génisse en expérience que chez la génisse témoin, précisément à l'inverse de ce qu'on avait constaté précédemment. On en peut conclure que l'injec- tion sous-cutanée de vaccin n'est pour rien dans ces différences, inhérentes sans doute aux animaux inoculés. Le fait à retenir, c'est qu'au niveau de l'injection sous-cutanée, à aucun moment on ne constate la moindre induration. Expérience VIII. — Le 18 mars 1893, une génisse reçoit en injection sous-cutanéetout le contenu d'un gros tube à vaccin rempli de pulpe vacci- nale glycérinée recueillie et préparée le 7 janvier, c'est-à-dire plus de deux mois avant. Le lendemain, exactement 24 heures après l'injection sous-cutanée, cette génisse est inoculée aux flancs ainsi qu'une génisse témoin avec la même pulpe vaccinale. L'éruption vaccinale apparaît chez les deux animaux avec ses caractères habituels dans les délais normaux. On ne constate à aucun moment la moindre induration sous-cutanée au niveau de l'injection de vaccin chez la génisse en expérience. Expérience IX. — Le 2i mars 1893, une génisse reçoit en injection sous- cutanée tout le contenu d'un gros tube à vaccin rèmpli de pulpe vaccinale ^glycérinée récoltée et préparée le 10 janvier. Le surlendemain, exactement deux jours pleins après l'injection sous- cutanée, cette génisse est inoculée aux flancs ainsi qu'une génisse témoin avec la même pulpe «glycérinée. ' 44 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. L'évolution des pustules vaccinales se fait très normalement chez les deux animaux; elle est plus belle chez la génisse en expérience. Chez celte dernière, on ne constate, au niveau de l'injection du vaccin, aucune trace d'induration sous-cutanée. ExpÉKiENCE X. — Le 13 avril 1893, une génisse reçoit en injection sous- '*' cutanée tout le contenu d'un gros tube à vaccin rempli de pulpe vaccinale glycérinée récoltée et préparée le 10 février. Le 16 avril, exactement trois jours après l'injection sous-cutanée, cette génisse est inoculée aux flancs, ainsi qu'une génisse témoin, avec la même pulpe vaccinale. Les pustules apparaissent avec leurs caractères habituels chez les deux animaux, mais n'ont pas tout à fait la même évolution. Chez la génisse en expérience, l'éruption vaccinale, très belle, présente deux particularités notables : Elle est au cinquième jour beaucoup plus avancée dans son évolution que celle du témoin, et la différence est assez grande pour qu'on soit obligé, après cinq jours seulement, le 21 avril, de recueillir la lymphe des pustules chez la génisse en expérience, tandis que chez le témoin cette récolte n'a lieu, comme il est de règle à l'établissement vaccinal de la rue Ballu, qu'après six jours pleins. En outre, chez la génisse en expérience, la zone blanche des pustules est remarquablement plus saillante et plus tendue que de coutume. Chez la génisse de l'expérience précédente, on avait déjà remarqué que l'éruption était plus belle que chez le témoin. Dernière particularité : à l'inverse de ce qui a été constaté précédemment, on trouve au niveau de l'injection sous-cutanée une nodosité dure, aplatie, dont les dimensions, le 22 avril, n'excèdent pas celles d'une pièce de deux francs. Mais il faut noter que l'aiguille de la seringue de Straus n'a pas, comme précédemment, été enfoncée jusqu'à la garde et surtout qu'à la suite de la pulpe vaccinale on n'a pas, comme dans les expériences antérieures, injecté une certaine quantité de glycérine stérilisée destinée à chasser les particules du vaccin demeurées dans l'aiguille, si bien que l'inoculation s'est faite plutôt dans le derme, à sa face profonde, que dans le tissu cellu- laire souscutané. ExPKiUENCE XL — Le 19 avril 1893, une génisse reçoit en injection sous la peau tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée récoltée et préparée le 20 janvier. , Le 23 avril, exactement quatre jours apri-s l'injection sous-cutanée, celte génisse est inoculée aux flancs avec la même pulpe vaccinale qui, déjà la veille, a servi à inoculer deux autres animaux. Le 27 avril, l'éruption vaccinale, chez la génisse en expérience, paraît devoir être en avance sur celle des animaux vaccinés 24 heures avant elle. Mais, le 28 avril, les éléments'éruptifs ne prennent pas le développement qui s'annonçait; ils sont irréguliers; sur chaque flanc une quinzaine d'inci- sions est demeurée complètement stérile et une cinquantaine a donné naissance à des pustules incomplètes, n'occupant qu'un ou plusieurs points IM.MIJMTE IVUl LE SKllUM DE GENISSE VACCINÉE. 15 do la ligne d'incision; les autres pustules sont médiocreinont développées. Le 29 avril, c'est le même aspect gém-ral de l'éruption qui n'a pas sensi- blenient progressé. Ses éléments se dessèchent les jours suivants. On ne constate au niveau de Finjeclion sous^cutanée aucune trace d'induration. Expérience XII. — Le 23 avril 1893. une génisse reçoit en injection sous la peau tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée, récoltée et préparée le 21 janvier. Le 30 avril, cinq jn tirs pleins après l'injection sous-cutanée, cette génisse est inoculée aux flancs ainsi qu'un témoin avec la même pulpe vaccinale. Elle présente les jours suivants une éruption encore plus modifiée'et moins développée que dans l'expérience précédente, malheureusement on égai-e la note qui en relate les détails. Il n'existe aucune nodosité sous-cutanée au niveau do l'injection. Expérience XIII. — Le 17 juillet 1893, une génisse reçoit en injection sous la peau tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée, recueillie et préparée le 9 mai, dont une portion a été inoculée depuis avec succès à dix animaux. Le 23 juillet, six jours pleins après l'injection sous-cutanée, celte génisse est inoculée aux flancs avec du vaccin éprouvé. Le 27 juillet, un travail d'éruption se manifeste en quelques points seu- lement et aboutit le 28 à des pustules rudimentaires, irrégulières et déjà sèches.' Le 29. sur le flanc gauche, la plupart des incisions sont demeurées sté- riles, huit à dix seulement présentent des croûtes brunâtres et sèches; sur le flanc droit, un tiers environ des incisions est stérile, les deux autres tiers présentent pour la plupart des croùtelles sèches et quelques-unes seulement des pustules rudimentaires qui tendent à se dessécher rapidement. 11 n'existe au niveau de l'injection sous-cutanée aucune induration. Expérience XIV. — Le 30 juillet 18!I3, une génisse reçoit en injection sous la peau tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée, récoltée et préparée le 18 mars, dont une portion a été depuis inoculée avec succès. Le 5 août, sept jours pleins après l'injection sous-cutanée, cette génisse est inoculée aux flancs ainsi qu'une génisse témoin avec la même pulpe vaccinale. Le 10 août, l'éruption qui apparaît chez les deux animaux est manifeste- ment plus avancée sur la génisse en expérience que sur le témoin. Mais, le 11 août, elle s'arrête dans son évolution chez la première et ne progresse plus, tandis que celle du témoin suit son cours normal. 11 n'existe, au niveau de l'injection, aucune trace de nodosifé. Expékiences XV, XVI et XVII. — Le 8 décembre 1894, trois génisses non vaccinées et isolées rue Caulaincourt, dans une élable à part, reçoivent 16] ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. chacune sous la peau du flanc droit tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée recueillie et préparée le 17 octobre. Les trois génisses sont ensuite inoculées aux flancs avec la même pulpe vaccinale, l'une le 16 décembre, la seconde le 17 décembre, la troisième le 18 décembre, c'est-à-dire respectivement huit jours, neuf jours et dix jours après l'injection sous-cutanée. Un animal témoin vacciné avec la même pulpe glycérinée présente une très belle éruption. Au contraire, chez aucune des trois génisses n'apparaît le moindre élément éruplif aux points d'inoculation. Deux de ces animaux ne présentent, au niveau de l'injection sous- cutanée, aucune trace d'induration. Chez le troisième, un abcès du volume d'un poing d'adulte se développe à ce niveau; l'examen bactériologique n'a pu en être fait. En résumé, nos expériences montrent, ce qu'on pouvait faci- lement prévoir, qu'il en est de Timmunité consécutive à l'inocu- lation sous-cutanée du vaccin comme de celle qui succède à l'inoculation sous-épidermique : cette immunité ne s'établit que lentement. D'une part, onpeutinjecter du vaccin sous la peau d'un animal et, trois jours pleins après cette injection, lui faire de multiples inoculations sous-épidermiques, sans que les pustules qui en résultent présentent le moindre arrêt de développement, la moindre tendance à avorter. D'autre part, sept jours pleins écoulés entre l'injection sous-cutanée et les inoculations consé- cutives de vaccin ne suffisent pas à empêcher tout travail de pustulation. 11 résultait des recherches de M. Layet sur la vaccination sous-épidermique que, chez les génisses, l'immunité est acquise dans le courant du sixième jour qui suit l'inoculation. De nos expériences nous concluons qu'après la vaccination sous-cutanée, les génisses possèdent seulement dans le courant du huitième jour une immunité suffisante pour rendre stériles toutes les inoculations qui leur sont faites. ^ Mais, pour s'assurer qu'elle possèdent bien ce degré élevé d'immunité, il est nécessaire de procéder comme nous l'avons fait, et de pratiquer sous l'épiderme des inoculations aussi nom- breuses que possible. En voici la raison : inappréciable encore au bout de trois jours, l'immunité n'est acquise qu'après huit jours pleins, nos expériences le montrent, mais elles donnent encore le moyen de mesurer jour par jour les lents progrès do cette immunité et de savoir quel degré elle a atteint. Le moyen V 9 IMMUNITÉ PAU LE SERUM DE GÉiMSSE VACCINÉE. 17 ccnsisleàcompter exactementles iiioculalions qui sontdemeurées tout à fait stériles, et à établir leur proportion vis-à-vis de celles qui ont donné naissance à des pustules plus ou moins mal développées : le nombre des premières est d'autant plus grand qu'il s'est écoplé plus de temps entre l'injection sous-cutanée et les inoculations sous-épidermiques de vaccin, d'autant plus grand par conséquent que l'immunité atteint un degré plus élevé. On comprend dès lors qu'il soit nécessaire de faire de très nombreuses inoculations; plus il y en a, plus on a chance, si l'immunité n'est pas complète, de trouver encore quelques pustules avoïtées éparses au milieu de nombreuses incisions stériles. Nous avons récemment refait ces expériences sur l'immu- nité' consécutive à l'inoculation sous-cutanée du vaccin, et nous avons obtenu les mêmes résultats; mais nous avons, cette fois, étudié le degré de virulence du contenu des pustules plus ou moins mal développées, en l'inoculant à des sujets non vaccinés, enfants ou génisses. Nous avons constaté qu'à l'arrêt de déve- loppement des éléments éruptifs correspondait une diminution plus ou moins complète de la virulence du contenu de ce» éléments. III L IMMUNITE CONFEREE PAR LE SERUM DE GENISSE VACCINEE. PRO- , PRIÉTÉS PRÉVENTIVES ET THÉRAPEUTIQUES DE CE SÉRUM Nous savons désormais que le délai après lequel commencr seulement à se manifester l'immunité conférée par l'inoculaliou sous-cutanée du vaccin dépasse trois jours pleins. Nous pouvons donc résoudre facilement la question de savoir si le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée est dû à des substances en dissolution ou à des germes vivants. Mais il nous faut reprendre les recherches qui, au commencement de 1893, nous ont servi à démontrer ce pouvoir immunisant, en nous plaçant cette fois dans dos conditions telles qu'il soit impossible de l'expli- quer par la persistance dans le sérum des microbes de la vaccine. Pour trois de nos expériences, c'est dans un délai de sept ù neuf jours avant les inoculations que les animaux ont reçu, à 2 18 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. doses fractionnées, le sérum immunisant. Ces expériences ne peuvent donc être invoquées ; une seule est probante, la dernière, C3lle 011 les inoculations sous-épidermiques de vaccin ont immé- diatement suivi l'injection sous-cutanée de sérum chez une génisse dont l'éruption a été ensuite profondément modifiée. Il ' importe de renouveler celte expérience et d'en varier les con- ditions de façon à constater si à ses propriétés préventives le sérum de génisse vaccinée ne joint pas des propriétés thérapeu- tiques. Nous commençons par injecter notre sérum dans un délai de trois jours avant les inoculations, c'est-à-dire dans un délai tel que, même s'il contenait les microbes inconnus de la vaccine, ces microbes demeureraient sans action sur l'éruption vaccinale consécutive. Expérience XVIII. — Une génisse, inoculée aux flancs par le procédé habituel le 27 octobre 1894, et qui a présenté une très belle éruption vaccinale, est saignée aseptiquement le 11 novembre, c'est-à-dire 15 jours après la vaccination. Le sérum recueilli après la formation du caillot est injecté, dans une dépendance de l'hôpital temporaire du bastion 29, sous la peau d'une génisse non vaccinée quia été directement amenée à cet endroit de Tétable de la rue Caulaincourt. et n'a par conséquent jamais été exposée à aucune ino- culation accidentelle. La génisse en expérience, qui pèse 147 kilos, reçoit successivement : Le 14 novembre, à 10 heures du matin, 3 heures et 9 heures du soir, trois injections sous-cutanées de 125 c. c. de sérum chacune; Le 15 novembre, à 9 heures du matin, 3 heures et 9 heures du soir, trois injeclions sous-cutanées de U25 c. c. de sérum chacune; Le 16 novembre, aux mêmes heures que la veille, trois injections sous- cutanées de 125 c. c. de sérum chacune; Le 17 novembre, à 9 h. 1/4 du matin, une dixième et dernière injection sous-cutanée de 175 c. c. de sérum. La génisse qui a reçu ainsi, en3jours, environ 1,300 ce. de sérum, est aussi- tôt amenée rue Ballu pour y être immédiatement vaccinée et, 3 jours pleins après la première injection sous-cutanée de sérum, elle est inoculée aux deux flancs, suivant le procédé habituel, ainsi que deux autres génisses témoins, avec du vaccin éprouvé, le même pour les trois animaux. Les résultats de ces trois vaccinations sont notés jour par jour. Le 20 novembre, après 3 jours écoulés, chez l'animal en expérience les incisions se dessèchent et prennent une teinte grise; chez les témofns, toutes les inoculations apparaissent dans les champs vaccinaux comme des lignes rouges d'une -teinte vive. Le 21 novembre, après 4 jours écoulés, les lignes d'incision tendent à s'effacer chez l'animal en expérience, trois seulement du côté droit présentent des points blancs. Chez les témoins, c'est l'état normal : une légère tuméfac- IMMUNITE PAR LE SÉRUM DE GENISSE VACCINÉE. 19 fi I I f;rr'i*f'î'l^i*ij II \.U \j Fig. I. Sur ce dessin schématique, comme sur les dessins analogues qui suivent, les inoculations demeurées tout à fait stériles (avec mince croùtelle sanguine, type a, fig. 3) et les inoculations accompagnées de réaction inflammatoire(avec croûte jaune de pus desséché, type b) n'ont pas été distinguées les unes des autres. Le dessi- nateur s'est appliqué à représenter exactement les inoculations suivies d'un pro- cessus de pustulation plus ou moins partiel et rudimentaire, mais, involontaire- ment, il a beaucoup exagéré le relief et les dimensions de ces pustules avortées. Dans la réalité, les incisions étaient autrement groupées que sur les dessins : elles étaient réparties à égale distance les unes des autres dans toute l'étendue des champs vaccinaux. £0 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR tion se montre aux points d'inoculation, et quelques pustules nettement dessinées apparaissent au voisinage de la région axillaire. Le 22 novembre, après o jours écoulés, l'aspect général est celui d'inocu- lations stériles. Un grand nombre d'incisions se cicatrisent sans aucune modification, mais les trois points visibles la veille se sont développés et plusieurs autres ont apparu tant à droite qu'à gauche avec l'aspect de pus- tules avortées, tendant à la dessiccation. Chez les témoins,J'éruption est normale : chaque incision a donné naissance à une pustule régulière. Le 23 novembre, après 6 jours écoulés, même aspect général. La plupart des incisions sont stériles et cicatrisées, plusieurs même à peine visibles. Toutefois un examen minutieux de l'éruption aussi bien que du croquis qui en reproduit fidèlement tous les détails (voir la fig. n'M) montre qu'il existe sur 155 incisions : 9fous avons déjà parlé des inoculations du bras gauche et dit qu'elles étaient demeurées stériles. Il en est absolument de même de celles du bras droit. Le 10 décembre, la môme pulpe glycérinée est pour la seconde fois inoculée au même enfant, mais cette fois au bras gauche par 3 piqûres, tandis qu'au bras droit il reçoit également par 3 piqûres du vaccin normal. Sur le bras qui a reçu du vaccin normal 3 belles pustules apparaissent les jours suivants, tandis -que les 6 inoculations faites fevec le vaccin à l'essai demeurent stériles. En résumé, une génisse qui vient d'être inoculée aux flancs par de nombreuses incisions avec du vaccin éprouvé reçoit IM.MIJMTI-: PAU LE iSÉiîU.M DE GÉNISSE VACCINÉE. 2:i immédiatement une injection sous-cutanée de 150 c. c. de sérum d'animal vacciné, puis, au cojirs des 5 jours suivants, trente nouvelles injections sous-cutanées du même sérum qui portent à 3j3o0 c. c. la quantité totale qu'elle en absorbe, L'érup- 26 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tion vaccinale qu'elle présente se réduit à un fort petit nombre de pu stules rudimentaires et avortées, dont le contenu est inoculé * sans succès aucun à une génisse et à un enfant non vaccinés. Cette expérience confirme donc le fait nouveau mis en lumière par la précédente, à savoir que l'action modificatrice du sérum s'exerce d'une façon plus manifeste encore et plus complète sur la virulence que sur la morphologie des éléments éruptifs vaccinaux. De plus, elle fait voir avec quelle rapidité s'établit l'immu- nité conférée par le sérum de génisse vaccinée, et combien, à ce point de vue, cette immunité diffère de celle qui, si lentement, suit l'inoculation du vaccin. On sait d'ailleurs que la rapidité de l'action préventive des ♦ sérums d'animaux immunisés contre les diverses maladies contagieuses présente le caractère d'une règle générale : à cette règle le sérum de génisse vaccinée ne fait pas exception. Une telle rapidité d'action permet de supposer que le sérum de génisse vaccinée possède vis-à-vis de la vaccine, non seule- ment des propriétés préventives, mais encore des propriétés thérapeutiques, qu'il est capable de modifier l'aspect extérieur et la virulence de l'éruption vaccinale lorsqu'il est mtroduit dans l'organisme, non plus avant la vaccination ou simultanément, mais plus ou moins longtemps après l'inoculation de la pré- cieuse maladie. C'est ce que démontrent les deux expériences suivantes où l'ino- culation vaccinale aprécédé de 24 heures dans l'une, de 48 heures dans l'autre, la première injection de sérum immunisant. ExpÉRIE^xE XX. — Une génisse, vaccinée aux deux flancs par de mul- tiples inoculations le 10 novembre 1894, et qui a présenté une très belle éruption, est saignée aseptiquement le :26 novembre, c'est-à-dire 10 jours après la vaccination. Une seconde génisse vaccinée aux deux flanrs par de multiples inocula- tions le 18 novembre 1894, et qui a également présenté une très belle éruption, est saignée aseptiquement le 3 décembre, c'est-à-dire 15 jours après la vaccination. Le sérum provenant de la saignée de ces deux animaux est employé de la façon suivante : Le 6 décembre 189i, de il heures du matin à 3 heures 1/2 du soir, ce sérum est, introduit, en 18 injections, à la dose totale de 2,000 c. c, sous la peau d'une génisse qui, la veille, exactement 24 heures avant la première IMMUNITE PAR LE SERUM DE f.ENlSSE VACCINÉE. 27 injection de sérum, a été vaccinée en même temps que deux animaux témoins par de multiples inoculations aux deux flancs avec du vaccin normal. M M, M « î M M M f M 3 8 I f S « } i I M t î I I î M f S M I f f t f I I I f f I î " I î : M s M I M I ♦„| 1 î f î I ^>i f f ^¥ I î îî 1 1 1 î:i 1 1 iJ in 1 1 f II 1:1 II I I . Fi? Le 10 décembre, l'éruption de la génisse qui a reçu du sérum, comparée à celle des témoins, ne paraît que fort peu modifiée dans ses caractères extérieurs. Un croquis de cette éruption, pris le 11 décembre, en reproduit très fidèlement tous les détails. (Voir fig. n" ,j) 28 AiNNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ]\Iais il importe surtout d'étudier le degré de virulence de cette éruption en apparence peu modifiée. On récolte donc le contenu des pustules dans la soirée du 11 décembre et on le mélange, suivant le procédé habituel, avec de la glycérine. ♦ Cette pulpe glycérinée est inoculée le soir du 12 décembre par 12 inci- sions au périnée d'une génisse vaccinée aux flancs dans la matinée du même jour. Sept jours plus tard, le 19 décembre, tandis que les flancs de l'animal sont couverts de belles pustules, il n'existe au niveau des inoculations du périnée (jue des croûtes jaunâtres et sèches sans aucune apparence de pustulation. Celte même pulpe vaccinale glycérinée provenant de la génisse qui, 24 heures après la vaccination, a reçu 2,000 c. c. de sérum, est encore inoculée à 6 enfants non vaccinés. Voici les résultats de ces inoculations # pratiquées au dispensaire X. Ruel par l'un de nous, médecin dt cet établis- sement de bienfaisance. Chaque enfant est inoculé au bras gauche en trois endroits, par le procédé des scarifications, avec la pulpe vaccinale à l'essai, et aussitôt après il est inoculé au bras droit de la même façon avec du vaccin normal : lo Louis Charbonnier, âgé de 2 m*bis, est inoculé le 21 janvier 1895, à chaque bras, de la façon qui vient d'être indiquée. , Revu à diverses reprises, il présente le 24 janvier, 3 jours après les inoculations, 2 vésicules naissantes au bras droit et rien au bras gauche; le 28 janvier, 7 jours après les inoculations, 3 pustules fort belles à droite et rien à gauche; le 4 février, 14 jours après les inoculations, tou- jours rien au bras gauche. Le vaccin à l'essai s'est montré chez Louis Char- bonnier tout à fait inactif. 2" Félicte Hmnbcrt, âgée de 3 ans, est de même inoculée le 21 janvier 1895. 3 jours après, le bras droit présente des vésicules commençantes, rien n'apparaît au bras gauche ; 7 jours après les inoculations, le bras droit porte trois belles pustules, le bras gauche 2 pustules plus petites qui, à ce qu'affirme la mère, n'ont commencé à apparaître que l'avant-veille. En résumé et contrairement au résultat de l'expérience précédente, le. vaccin à l'essai s'est montré encore actif chez Félicie Humbert, mais la virulence était atténuée et l'évolution des pustules a été retardée. 3o André Brugnaud, âgé de 5 mois, est inoculé, comme il a été dit, à chacun des bras le 28 janvier 1893. 3 jours après, il présente au bras droit des vésicules très évidentes, tandis qu'au bras gauche existent seulement de légères rougeurs. 7 jours après les inoculations, le bras droit porte trois magnifiques et larges pustules en voie de dessiccation; le bras gauche montre d'une part une pustule manifestement moins développée et moins large que celles de droite, d'autre part deux petites taches rouges avec légère saillie papuleuse, sans trace de soulèvement épidermique. En résumé le vaccin à l'essai s'est montré chez André Brugnaud très faiblement actif. 4o Mdric Tourrier, âg(^ de 9 mois, est de même inoculée à chacun des bras le 31 janvier 1895, mais par 2 piqûres seulement au bras droit. Revue 7 jours après les inoculations, elle porte au bras droit 2 pustules IMMUNITE PAU LE SERUM DE GENISSE VACCINÉE. 29 normales et très belles, au bras gauche rien autre que de très légères papules sans aucun soulèvement épidermique. En résumé, chez Marie Tourrier, le vaccin à l'essaî s'est montré presque complètement inactif. * 5» André Saule, âgé de 5 mois, est de même inoculé à chacun des bras le 31 janvier 1895. i jours après, il porte au bras droit 2 belles vésicules, tandis que rien n'apparaît au bras gauche. 7 jours après les inoculations, le bras droit présente 2 pustules en voie de dessiccation et le bras gauche montre seulement 2 petites vésicules naissantes et une tache rouge sans aucun soulèvement de l'épiderme. 44 jours après les inoculations, les 2 croûtes que porte le bras droit mesurent 40 à 12 milli mètres de diamètre, tandis que le diamètre des deux croûtes du bras gauche ne dépasse pas 4 à 5 millimètres. En résumé, chez André Saule le vaccin s'est montré encore actif, mais sa virulence était très atténuée et l'évolution des pustules a été fort retardée. tic Louise Joisel, âgée de 15 mois est de même inoculée à chacun des bras le 31 janvier 1895, mais ne se représente pas à notre examen. m * Les recherches contenues dans l'expérience qui précède démontrent en résumé que, chez une génisse vaccinée depuis 24 heures et traitée à ce moment par les injections sous-cutanées de sérum immunisant, les résultats du traitement ont été d'une part une modification relativement peu marquée de l'éruption vaccinale, mais d'autre part une atténuation très notable de la virulence du vaccin qu'elle a fourni. A ne juger même que par les premières inoculations de ce vaccin d'abord à une génisse, puis à un jeune enfant, on aurait pu le croire complètement inactif. De nouvelles inoculations faites à quatre autres enfants ont montré qu'il ne l'était pas tout à fait, ce qui apprend comme il convient de multiplier les essais. Les enfants inoculé.s avec ce vaccin l'ont été d'ailleurs dans les conditions les plus propres à la fois à rendre apparente leur récepiivilé vis-à-vis de la vaccine et à déceler dans le vaccin à l'essai, s'il n'était pas trop atténué, la moindre trace de virulence. En effet, ces enfants inoculés au bras gauche avec le vaccin à l'essai ont reçu en même temps au bras droit du vaccin normal. Or, c'est un fait ' connu que des inoculations de vaccin de bonne qualité, en môme temps qu'elles déterminent aux points inoculés l'apparition dans les délais normaux de pustules régulières, peuvent avoir pour elfet de faire naître des pustules vaccinales supplémentaires en d'autres points préalablement inoculés avec du vaccin de moindre 30 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. virulence et qui jusque-là, malgré le temps écoulé, n'avaient été le siège d'aucun travail de pustulation; elles réveillent l'activité latente du virus antérieurement déposé sous Tépiderme et qui depuis des jours y demeure inerte. Vraisemblablement, si les enfants n'avaient reçu au bras droit du vaccin normal, rien au bras gauche ne serait venu révéler le peu d'activité virulente qui subsistait dans le vaccin à l'essai. Quoi qu'il en soil, la virulence de ce vaccin était presque nulle et, bien qu'il semble un peu étrange de parler du traite- ment d'une maladie aussi bienfaisante que la vaccine, rien ne démontre mieux les propriétés curatives du sérum de génisse vaccinée. Dans l'expérience qui suit, un plus long temps s'écoule entre le début de la maladie inoculée et l'intervention thérapeu- tique : c'est seulement 48 heures après la vaccination qu'est pratiquée la première injection de sérum immunisant. Expérience XXL — Le sérum d'un animal vacciné le 27 novembre 1894 et saigné aseptiquement 14 jours après, est recueilli pour èlre employé de la façon suivante. Le 13 décembre 189i, une génisse est vaccinée par des inoculations multiples aux deux flancs avec du vaccin éprouvé. Commencée à 8 h. \lt demie du matin, Topération est terminée à 9 heures et 10 minutes. Le 15 décembre, à 8 h. i5 du matin, c'est-à-dire exactement deux jours pleins après la vaccination, cette génisse reçoit sous la peau une première injection de sérum de 150 c. c. ; puis, d'abord d'heure en heure jusqu'à 1 1 h. 45 du matin, ensuite toutes les deux heures jusqu'à 9 h. 45 du soir, elle reçoit une nouvelle injection de 150 c. c, si bien qu'à la fin de la journée elle n'a pas reçu moins de 1,350 c. c. de sérum. Le lendemain 16 décembre, de 1 heure du matin à 7 heures du soii*, elle reçoit neuf nouvelles injections de 150 c. c. : la somme totale du sérum injecté en deux jours s'élève à 2,700 c. c. Le 19 décembre, l'éruption vaccinale est modifiée : sur chaque flanc il existe un certain nombre d'incisions tout à fait stériles, beaucoup sont recouvertes entièrement de croùielles linéaires sèches ou ne présentent de pustules rudimentaires qu'en un ou plusieurs points de leur étendue; le plus grand nombre, cependant, ati moins sur le flanc droit, porte des pustules qui en occupent^toute la longueur ; à gauche, l'éruption, manifestement plus modifiée, semble témoigner d'un arrêt de développement plus marqué, mais il paraît que la génisse, un instant détachée, a léché une partie du champ vaccinal, ce qui trouble, au point de vue de l'aspect extérieur, les résultats de l'expérience. Un croquis des deux flancs en reproduit aussi fidèlement que possible tous les détails. (Voir la fig. n» ,6.) IMMUNITE PAR LE SERUM DE GÉNISSE VACCINEE. 31 Il importe surtout de connaître la virulence du contenu des pustules. Celles qui ont la plus belle apparence fournissent une lymphe dont on inocule . / à I I I I 1 î I l I i ! M t i 1 .1 f î i"f ri"! ^ t I j I il i I I t ï I f f f III ( 1 ï J I f lit I Fig. 0. aussitôt une partie, par quinze incisions au périnée, à une génisse vaccinée aux flancs le matin même; ce qui reste de cette lymphe est mélangé à de la glycérine et mis en tubes. il 32 ANNALES DE LHNSTITCJT PASÏELR. Le 25 décembre, après six jours écoulés, les inoculations faites au périnée de la génisse ont donné naissance à des pustules assez bien développées. La lymphe vaccinale à l'essai était donc active. Mais, pour mesurer son degré d'activité, les enfants constituent un réactif encore plus sensible que les génisses. La pulpe glycérinée préparée avec le vaccin à l'essai et mise en tubes est inoculée au dispensaire X. Ruel, à huit enfants qui jamais n'ont été vaccinés.' -1» Augustin Visconte,' âgé de 7 mois et demi, est inoculé le 24 janvier 1895 par des scarifications en trois endroits à chaque bras : au bras droit avec du vaccin normal, au hras yauche avec le vaccin à l'essai. Quatre jours après, le 28 janvier, il présente au bras droit trois vési- cules naissantes, et rien au bras gauche. Sept jours après les inoculations, le 31 janvier, il porte au bras droit trois pustules très belles, très larges, en voie de dessiccation, et au bras gauche deux pustules petites avortées, déjà, desséchées. En résumé, le vaccin à l'essai s'est montré actif, mais atténué. 2° Swi^anne Pillier, âgée de 11 mois, est inoculée le H février 1895 par des scarifications en trois endroits au bras gauche seul et uniquement avec le vaccin à l'essai. Revue trois jours après, le U fi'vricr. elle présente une seule vésicule naissante toute petite. Elle est inoculée au bras droit, en trois points, avec du vaccin normal. Le 18 février, quatre jours après la seconde inoculation, sept jours après la première, elle porte au bras droit trois belles vésicules, au bras gauche une vésicule de moyenne grandeur, un peu plus avancée dans son évolu- tion que celles de droite. Le 25 février, elle présente à droite trois belles croûtes vaccinales, une seule croûte moins large, à gauche. En résumé, le vaccin à l'essai s'est montré actif mais atténué. 3° Léon BoroîiOwitz^ âgé de 4 mois, e§t inoculé le 11 février 1895 par des scarifications en trois endroits au bras gauche avec le vaccin à l'essai. Trois jours après, le 14 février, rien n'apparaît aux points inoculés. Il reçoit au bras droit, par des scarifications en trois points, du vaccip normal. Le 18 février, le bras droit porte trois vésicules naissantes, le bras gauche en porte deux qui ne sont pas plus avancées dans leur évolution que celles de droite. Le 25 février, le bras droit porte trois croûtes d'un diamètre deux fois plus grand que le diamètre des deux croûtes du bras gauclie. En résumé, le vaccin à l'essai s'est montré actif mais atténué, et plus lent à agir. ♦ , 4° Renée Bette ndro /fer, âgée de 4 mois, est inoculée au bras gauclie par des scarifications en trois endroits avec le vaccin à l'essai le 14 février 1895. Revue 4 jours après, le 18 février, elle présente 2 vésicules naissantes. 7 jours après l'inoculation, le 21 février, elle porte 2 pustules assez belles, plutôt un peu petites. En résumé le vaccin ^ l'essai s'est montré actif. IMMUNITÉ PAR LE SÉIIUM DE GENISSE VACCINÉE. 3:{ 0" Henri Gehan, âgé 4e 5 mois, est inoculé au bras gauche, le li février 1893, par des scarifications en 3 endroits avec le vaccin à l'essai. 4 jours après, le 18 février, il présente au bras gauche en 2 endroits seulement une légère papulation, sans soulèvement épidermique. qui ne date que de la veille, au dire de la mère. Ce même jour, 18 février, il est inoculé au bras droit, en 3 points, avec du vaccin normal. Hevu le 21 février, c'est-à-dire 3 jours après la seconde inoculation, 7 jours après la première, il porte au bras droit 3 vésicules naissantes, au bras gauche 2 vésicules à peine plus avancées que celles de droite. En résumé, le vaccin à l'essai s'est montré actif mais atténué. 6o Lisa Schlossberg, âgée de 10 semaines, est inoculée au bras gauche, le 14 février 1895 par des scarifications en 3 endroits avec le vaccin à l'essai. 4 jours après, le 18 février, elle ne présente qu'une papule minuscule en un seul point. Elle est inoculée au bras droit en 3 points, avec du vaccin normal. Le 21 février, 3 jours après la seconde inoculation, 7 jours après la première, elle porte au bras droit 3 papulo-vésicules et au bras gauche une seule papulo-vésicule peu développée. En résumé, le vaccin à l'essai s'est montré actif mais atténué. L'expérience qui précède démontre que chez une génisse vaccinée depuis 48 heures et traitée à ce moment par les injec- tions sous-cutanées de sérum immunisant, ce sérum manifeste encore ses propriétés curatives par une modification de l'aspect extérieur de l'éruption entravée dans son développement, et par une atténuation de la virulence du contenu des pustules. Mais il convient d'ajouter aussitôt que, malgré la dose relativement considérable du sérum injecté, l'aspect des éléments éruptifs n'est que faible- ment modifié, et surtout que la virulence de leur contenu n'est qu'incomplètement atténuée, puisque, inoculé à huit enfants non vaccinés, le vaccin recueilli ne se montre tout à fait inactif que chez deux enfants seulement, en donnant d'ailleurs chez les six autres des résultats très imparfaits. En résumé, dans ces essais de sérumthérapie de la vaccine, comme dans tous les essais du même genre tentés antérieure- ment contre d'autres maladies infectieuses, en dépit de la rapi- dité avec laquelle s'établit Timmunité conférée par le sérum, sa puissance curative s'affaiblit et diminue très vite à mesure qu'il intervient plus tard après le début de l'évolution morbide. Si l'immunité qui résulte de l'atteinte d'une maladie infec- tieuse ou de l'inoculation d'une culture du microbe de cette 3 34 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. maladie est, dans la règle, lente à s'iptablir, on sait qu'elle est par contre lente a disparaître et que souvent elle dure fort longtemps. Pour la vaccine en particulier, et, dans l'espèce humaine au moins, après avoir mis une dizaine de jours à se développer,' c'est à peu près autant d'années le plus souvent que persiste l'immunité consécutive à l'inoculation de cette maladie. A l'inverse, c'est également une règle que, prompte à se manifester, l'immunité conférée par le sérum des animaux immunisés soit prompte aussi à disparaître. A cette règle obéit très vraisemblablement l'immunité que donne le sérum de g-énisse vaccinée , mais nous n'en avons pas encore la certi- tude. Désireux, pour résoudre la question, d'employer des ani- maux moins volumineux et moins coûteux que des génisses, nous avons échoué dans nos tentatives d'inoculation de la vaccine à des lapins, et les jeunet chevreaux sur lesquels ont ensuite porté nos recherches ne nous ont pas fourni d'éruptions assez constantes et assez typiques pour servir notre dessein. IV TENTATIVES DE RENFORCEMENT DE L ACTION IMMUNISANTE î)\\ SERUM DE GÉNISSE VACCINÉE ^ Comme le montrent toutes les recherches précédentes, le sérum de génisse vaccinée ne révèle ses propriétés préventives et thérapeutiques qu'à la condition d'être employé à fortes doses. La quantité qui en doit être injectée aux animaux en expérience varie d'abord avec leur poids; elle varie d'autre part avec le moment où est faite l'injection, plus grande si celle-ci est pos- térieure de quelque temps à la vaccination que si elle la précède immédiatement, d'autant plus grande que l'injection est prati- quée plus tard après l'inoculation du vaccin. Dans les meilleures conditions cependant, la quantité de sérum à injecter demeure assez considérable. C'est ainsi qu'immédiatement avant d'être vaccinée, une génisse doit recevoir une dose de sérum équiva- lente à la centième partie de son poids pour acquérir non pas l'immunité parfaite, mais seulement un degré très élevé d'immu- IMMUNITE PAR LE SÉRUM DE GÉNISSE VACCINEE. 35 nité, celui où les très rares et très rudimentaires pustules de l'éruption avortée contiennent une lymphe qui n'est plus inocu- lable. Nous avons donc tenté de renforcer l'action immunisante du sérum de génisse vaccinée, sans nous dissimuler combien, dans notre ignorance du microbe de la vaccine, cette entreprise était hasardée. Voici les expériences que nous avons faites dans ce but : Expérience XXII. — Le 24 février 189o, une génisse est inoculée avec du vaccin éprouvé par le procédé habituel des incisions multiples aux deux tlancs. Dès le lendemain et pendant 20 jours consécutifs, du 25 février au 16 mars, ellereçoitquotidiennement, en injection sous-cutanéo, toutle contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale giycérinée préparée le 15 décembre 1894. L'éruption est normale. Le 20 mars, soit 24 jours après les premières inoculations, la génisse est saignée aseptiquement. Le sérum provenant de cette saignée est injecté comme il suit sous la peau d'une génisse non vaccinée pesant' 165 kilo- grammes, et directement amenée de l'étable de la rue Gaulaincourt au bastion 29 où ont lieu les injections. Le 31 mars 1895, Tanimal reçoit à 9 h. 20 du matin une première injec- tion de 150 c. c. de sérum; successivement à il heures, àl h. 1/2, à 3 heures, à 4 h. i/2, puis à 6 heures, il reçoit cinq nouvelles injections de 150 c. c. ; à 7 h. 1/2 et àô heures du soir, il reçoit deux nouvelles injections de 175 c. c, soit en tout dans cette première journée 1,250 c. c. Le lendemain l^' avril, à 7 h. 45 du matin, il reçoit une dernière injection de 250 c. c, ce qui porte la quantité totale du sérum injecté à 1,500 c. c. quantité équivalente à très peu près au centième du poids de l'animal. I»uis il est immédiatement ramené rue Ballu où, par le procédé habituel, il est aussitôt vacciné le 1er avril, entre 9 heures et 9 h. 1/2 du matin, à l'aide de 150 incisions, avec du vaccin éprouvé qu'on inocule simultanément à une génisse témoin. Le 7 avril, tandis que la génisse témoin présente une éruption normale, l'animal en expérience est porteur d'une éruption remarquablement modifiée dont il est pris un croquis fidèle. (Voir la fig. n" 7.) Sur les 99 inoculations du flanc droit, 65 sont stériles et 34 ont donné naissance en un ou plusieurs points seulement de leur étendue, à de toutes petites pustules. Sur les 51 inoculations, du flanc gauche, 22 sont stériles et 29 ont donné naissance en un ou plusieurs points seulement de leur étendue, comme au flanc droit, à des pustules si rudimentaires qu'à grand'peine, en les expri- mant toutes, on fait une très maigre récolte de lymphe vaccinale. La pulpe glycérinée préparée avec cette lymphe est inoculée sans aucun succès à une génisse. Notre ami le docteur Gauchas inocule, au Dispensaire Ruel, le 22 avril 36 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 1895. la même pulpe vaccinale au bras gauche de trois enfants non vaccinés qui simultanément sont inoculés au bras droit à l'aide de vaccin normal; mê pu.sîiile normale du. iémoiii ■|i t * 'Ml 4J ij I f^ W;; i.U!'-' Fig. 7. revus le 29 avril, les trois enfants portent au bras droit de belles pustules et rien absolument au bras gauche : le vaccin,j)rovenantde la génisse qui a reçu (les injections de sérum immunisant, s'est montré dépourvu de toute virulence. IMMUNITÉ PAR LE SÉRUM UE GÉNISSE VACCINÉE. 37 En résumé, une génisse d'abord inoculée aux flancs avec du vaccin éprouvé reçoit quotidiennement, à partir du lendemain, pendant vingt jours consécutifs, une injection sous-cutanée de vaccin, puis est saignée vingt-quatre jours après la première inoculation. Son sérum injecté, à la dose du centième du poids de l'animal, sous la peau d'une autre génisse qu'on inocule aussitôt après, lui confère une immunité suffisante pour rendre stériles la majeure partie des inoculations, donner aux éléments éruptifs, en petit nombre, un aspect avorté, et enfin modifier la virulence du vaccin recueilli au point qu'il n'est plus inoculable à des sujets non vaccinés, enfants et génisse. Cependant le degré de l'immunité ainsi obtenu ne paraît pas dépasser celui qu'a donné antérieurement l'emploi à la même dose du sérum ordinaire, nous voulons dire d'un sérum dont on n'a pas tenté de renforcer l'action immunisante. Pour plus de certitude, une nouvelle expérience est faite où sont réalisées toutes les conditions de la précédente, à l'exception seulement des injections sous-cutanées de vaccin succédant à la vaccination sous-épidermique. KxpÉRiExXCE XXIII. — Une génisse, vaccinée aux flancs par le procédé habituel le 3 mars 1895, et qui a présenté une belle éruption, est saignée seu- lement le 27 mars, c'est-à-dire exactement 24 jours après l'inoculation. Le sérum provenant de cette saignée est injecté, comme il suit, sous la peau d'une génisse non vaccinée, pesant 133 kilogrammes et directement amenée de l'étable de la rue Caulaincourt au bastion 29, où ont lieu les injections. Le 7 avril 1895, l'animal reçoit à 9 h. 1/2 du matin une première injec- tion de 125 c. c. de sérum; successivement à il heures, à 1 h. 1/2, à 3 heures, à i h. 1/2, à 6 heures et à 7 h. 1/2, il reçoit six nouvelles injec- tions de 125 c. c. ; à 9 heures, il reçoit une nouvelle injection de 130 c. c, soit, en tout dans cette première journée 1,025 c. c. Le lendemain 8 avril, à 7 h. 43 du matin, il reçoit une dernière injec- tion de 205 c. c, ce qui porte la ' quantité totale du sérum injecté à 1,2.30 c. c. : c'est, à très peu près, le centième du poids de l'animal; c'est exactement la quantité équivalente à celle qu'a reçue, dansl'expérience précé- dente, une génisse pesant 30 kilogrammes de plus. Puis il est immédiatement ramené rue Ballu et aussitôt inoculé le 8 avril, à 9 heures du matin, à l'aide de 160 incisions, avec le même vaccin qui a servi, huitjours avant, à inoculer la génisse de l'expérience précé- dente. Ce même vaccin sert à vacciner simultanément une autre génisse témoin. Le 1 i avril, tandis que la génisse témoin présente une éruption normale. 38 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. l'animal en expérience est porteur d'une éruption remarquablement modifiée et avortée dont il est pris un croquis fidèle, (Voir la figure, n" S.) filial I tJJj f I ! î 0*1 il I f I f ! i"î il I I i I s ? I , H I M M I I pusiiilc normale dn iénioin I I f I i'i ! } ' i ! I i I ri f i ; î ' Fis:. 8. Sur les 96 inoculations du flanc droit, 51 sont stériles et 45 ont donné naissance en un ou plusieurs points seulement delà longueur des incisions à des pustules très rudimentaires. IMMUNITE PAU LE SERUM DE liENISSE VACCINEE. :î9 Sur les 6i inoculations du flanc gauciie, 44 ^ont stériles et 20 seulement ont donné naissance en un ou plusieurs points de la longueur des incisions à dos pustules aussi rudimentaires que celles du flanc droit. Une très maiyrc récolte de lymphe vaccinale est faite à grand'peine. Une portion de cette lymphe inoculée aussitôt à une génisse se montre tout à fait inactive. Une autre portion sert à préparer de la pulpe glyci-rinée que notre ami le docteur Gauchas inocule le 30 mai 1895, au dispensaire Ruel, au bras gauche de deux enfants non vaccinés, en même temps quau bras droit de ces enfants il inocule du vaccin normal; revus le 6 juin, ces deux enfants portent au bras droit de belles pustules et rien absolument au bras gauche : le vaccin provenant de la génisse qui avait reçu des injections de sérum immunisant avait perdu toute virulence, il s'est montré complètement inactif. i Cette expérience est concluante : il n'y a pas de diflerence appréciable, au point de vue de l'intensité de l'action immuni- sante, entre le sérum de deux génisses vaccinées dont l'une a été seulement inoculée sous l'épiderme tandis que l'autre, au lendemain d'une semblable inoculation, a reçu quotidiennement, pendant vingt jours consécutifs, une injection sous-cutanée de vaccin. Nous tentons cependant une seconde fois de renforcer le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée, sans modifier les conditions de la première expérience autrement qu'en prolongeant pendant quarante-deux jours consécutifs les injec- tions sous-culanées du vaccin qui succèdent à l'inoculation sous- épidermique. Expérience XXIV. — Le 24 mars 1893. une génisse est inoculée avec du vaccin éprouvé par le procédé habituel des incisions multiples aux deux flancs. Dès le lendemain, et chaque jour jusqu'au 12 avril inclusivement, elle reçoit en injection, sous la peau, tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée recueillie le 30 janvier 189.j et dont la virulence a été éprouvée. * Du 13 avril au 5 mai, elle reçoit de même chaque jour en injection, sous la peau, tout le contenu d'un gros tube de pulpe vaccinale glycérinée recueillie le 8 février 1896 et dont la virulence a été éprouvée. Pendant 42 jours consécutifs, après l'inoculation sous-épidermique, cette génisse n'a donc pas cessé de recevoir une injection quotidienne de vaccin sous la peau. * Après .j jours de repos, elle est saignée aseptiquement le lOmai 1895, soit 47 jours après la première inoculation. Le sérum provenant de cette saignée est injecté comme il suit sous la peau d'une génisse non vaccinée pesant 111 kild's : 40 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le 2 juin 1895, de 9 h. 1/2 à 11 ^i. 1/2 du matin, l'animal reçoit en plu- Fi?. 9. • sieurs injections, sous la peau du flanc droit, la quantité totale de 1,110 ce, de sérum, quantité équivalente au centième de son poids. Le même jour, à midi i5, il est inoculé aux deux flancs, à l'aide de IMMUNITE PAU LE SÉllUM DE GÉiNISSE VACCLMiE. -41 139 incisions, avec du vaccin éprouvé qu'on inocule simultanément à une génisse témoin. • Le 8 juin, tandis que la géhisse témoin présente une éruption normale, ranimai en expérience est porteur d'une éruption remarquablement modi- (iée et avortée dont il est pris un croquis fidèle (Voir la fig. n" 9.) Au flanc gaucfhe, sur 4i inoculations. 28 sont demeurées stériles, 16 seule- ment ont donné naissance en un, deux ou trois points au plus de la longueur des incisions à des pustules minuscules. » Au flanc droit, sur 95 inoculations, 7(J sont demeurées stériles, 19 seu- lement ont donné naissance en un. ou deux points au plus de la longueur des incisions à des pustules tout aussi, rudimentaires. On peut à grand'peine retirer de ces pustules avortées une très minime quantité de lymphe vaccinale absolument inactive, comme le démon- tre l'inoculation qui en est faite au périnée d'une génisse simultanément vaccinée aux flancs avec succès à laide de vaccin normal. En résumé, le sérum d'une génisse vaccinée qui, pendant quarante-deux jours consécutifs après la vaccination sous- épidermique, a reçu une injection sous-cutanée de virus vaccinal, est injecté, à la dose du centième du poids de l'animal, à une autre génisse qu'on inocule aussitôt après et lui confère une immunité presque complète, mais qui ne suffît pas cependant à nous faire croire au succès de nos tentatives pour renforcer le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée. Appendice. — L'idée d'attribuer des propriétés immunisantes au sérum de génisse vaccinée venait si naturellement à l'esprit, après la découverte de la sérumthérapie, que plusieurs savants ont cherché à la vérifier expérimentalement. Ces divers travaux n'ont eu aucune inCuence sur nos recherches, nous les avons connus seulement alors que nos expériences étaient réalisées ou déjà en voie d'exécution. Leurs auteurs ont d'ailleurs abouti à des résultats tout différents de ceux auxquels nous sommes parvenus. Il n'en convient pas moins de rapporter ces tentatives plus ou moins infructueuses en cherchant la raison de leur insuccès. Kramer et Robert Boyce, en août 1893, font au congrès annuel de la Biitish Médical Association, tenu à Newcastle, une communication sur la nature de l'immunité vaccinale. Ces expé- rimentateurs ont injecté du sérum de veau vacciné, recueilli 10 ou 14 jours après la vacccination, sous la peau d'ani- maux de même espèce. Les animaux en expérience, au nombre 4 42 ANNALES DE LINSTU'UT PASTEUR. de cinq, ont reçu, par kilogramme de leur poids, une proportion de sérum respectivement équivalente à 3"',04, à 8^'\21, à 10 grammes, à i\"'',8 et à 18"'",94, la quantité totale du sérum injecté variant d'un demi-litre à deux litres et demi. Les injec- tions ont été faites tantôt quotidiennement, tantôt à des inter- valles de deux ou trois jours, à la dose de 100 à 300 c. c. chaque fois. On a vacciné ces animaux aussitôt que possible après la fin des injections de sérum, habituellement dans la même journée ou dans la journée suivante, et la vaccination a toujours réussi sauf chez un seul, celui qui avait reçu par kilogramme de son poids 10 grammes de sérum. Les expéri- mentateurs ne disent rien du nombre des inoculations sur chaque animal; nous supposons cependant quils en auraient fait mention si celles-ci avaient été fort nombreuses. L'absence présumée de cette condition si importante, la quantité relative- ment peu considérable du sérum injecté, le long intervalle écoulé entre la première injection de sérum et la vaccination, telles sont, il nous semble, les raisons qui ont empêché Rramer et Robert Boyce d'obtenir limmunité complète, seul objet de leur recherche, et de découvrir les signes révélateurs d'un degré moindre d'immunité. Landmann*, le 8 janvier 1804, communique au Congrès des médecins de Francfort les expériences qu'il a faites pour résou- dre, entre autres questions, la suivante : « Le sérum du sang des sujets vaccinés contient-il des substances immunisantes contre la vaccine? » Ces expériences ont porté sur dix jeunes enfants. Huit d'entre eux ont reçu sous la peau du sérum de veau vacciné, recueilli de 28 à 80 jours après la vaccination et injecté en une fois à la dose maxima de 1/800*^ du poids de cha- que enfant; les deux autres ont reçu sous la peau, également à la dose de 1/800 de leur poids, du sérum de sang humain pro- venant d'une saignée faite à un médecin qui, quatre mois aupa- ravant, avait été revacciné avec succès. Tous ces enfants ont été inoculés 24 heures après l'injection du sérum et tous ont pré- senté, aux points d'inoculation, dans les délais habituels, de belles pustules de vaccine normale. A la question qu'il s'est posée, Landmann répond donc négativement, mais la comparai- 4 Landmann, Substances immunisantes du sérum sanguin des varioleux et des vaccinés. {Zeistchr. /'. Hygiène, XYIII, 4895.) » IMMUiMÏÉ PAK LE SEKUM DE GENISSE VACCIM-E. 43 son de ses recherches aux nôtres montre qu'il n'a pas employé le sérum de veau vacciné aux doses où se révèle son action immu- nisante. La même objection peut être faite aux expériences plus récentes de Beumer et Peiper ' qui ont injecté, sous la peau de cinq veaux, du sérum d'animaux de même espèce vaccinés avec succès et saignés de 8 à 12 jours après la vaccination; la dose du sérum injecté a été de 30 c. c. dans le premier cas, de 60 c. c. dans le second et de 100 c. c. dans les trois autres. Inoculés le lendemain de l'injection'de sérum, les cinq veaux ont présenté des pustules normales : Beumer et Peiper concluent à l'absence de substances immunisantes dans le sérum des animaux vaccinés. De même Hannover-, injectant sous la peau d'un veau 100 c. c. de sérum de veau vacciné, recueilli le 31'' jour après la vaccination, et inoculant cet animal 26 heures plus tard, a vu apjtaraître aux points d'inoculation des pustules normales. Rembold ^ a eu l'idée, avant de recueillir le sérum des ani- maux vaccinés, de les soumettre à trois ou quatre inoculations successives, à des intervalles d'une ou plusieurs semaines, la première de ces inoculations étant d'ailleurs seule positive; il leur a fait aussi une ou deux injections sous-cutanées de vaccin; ces animaux étaient des chèvres. Le sérum ainsi obtenu, injecté vingt-quatre heures avant la vaccination, sous la peau de trois veaux et d'une chèvre, à des doses variant de 1/4500 au 1/1200 de leur poids, n'a pas produit d'effets immunisants certains, sans doute en raison de l'insudisance de la dose. Enfin les dernières recherches parvenues à notre connaissance, d'une façon d'ailleurs très incomplète, sont celles de Hlava S de Prague, qui a fait également des injections sous-cutanées de sérum de veau vacciné d'une part à des veaux, à l'exemple des expérimentateurs précédents, mais aux faibles doses de 15 à 30 c. c, d'autre part à des enfants, à l'exemple de Landmann. mais à des doses encore moindres, 3 à 9 c. c. au plus. Comme i. Beumer und Peiper, Zûr vaccine Immunitut. Compte rendu in Ce^tralbl. /'. Bact. u. Parasit, XVIII, n" 14-15, p. 4G9. 2. Cité par Rembold. 3. Rembold, Centralblatt f. Bactériologie u. Parasitenkunde, XVIII, n» 4-5, il9. 4. Hlava Jarosl.w, Sérum vaccinicum und seine Wirkung. Compte rendu in Cenimlbl. f. Bact. u. Parasitenk. XVIII, Bd. n» 14-10, p. 470. 44 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Rembold d'ailleurs, Hlava avait pris soin, avant de saigner les animaux pour le récolte du sérum, de leur faire subir trois ino- (Milations successives et, bien entendu, la première de ces inocu- lations avait seule été suivie d'une éruption de pustules vacci- nales. Le sérum ainsi obtenu et employé aux doses susdites aurait, dans quelques cas, manifesté par l'insuccès des inocula- tions ou l'aspect avorté des pustules un certain pouvoir immu- nisant. Bien que de tels résultats nous paraissent douteux, nous attendrons pour en juger de les mieux connaître. Quant aux autres recherches de Hlava sur le sértim provenant du sang- recueilli le qu«itrième jour après linoculation, elles n'ont avec les nôtres aucune analogie et il est inutile d'en rien dire ici. CONGLUSIOxNS I. — Le sérum de génisse vaccinée, recueilli hors de la période virulente, de dix à cinquante jours après la vaccination, possède vis-à-vis de la vaccine inoculée des propriétés immunisantes. II. — L'action immunisante du sérum de génisse vaccinée est très rapide. Une injection sous-cutanée, à dose suffisante, de ce sérum, faite immédiatement avant la vaccination par de nombreuses inoculations sous-épidermiques, modifie le dévelop- pement de l'éruption vaccinale consécutive au point de la faire presque complètement avorter. IIL — Tout au contraire, l'immunité consécutive à Tintro- duction du vaccin sous la peau ne se révèle que tardivement. Une injection sous-cutanée de lymphe vaccinale faite immédia- tement avant de nombreuses inoculations sous-épidermiques de la même lymphe ne modifie en rien le développement de l'éruption consécutive. Bien plus, une injection sous-cutanée de vaccin peut précéder d'un jour, de deux jours et même de trois jours les inoculations sous-épidermiques sans manifester encore son pouvoir préventif par un changement dans l'aspect extérieur de l'éruption vaccinale. IV. — La rapidité de l'action immunisante du sérum de génisse vaccinée, mise en regard de la tardive immunité qui suit l'inoculation sous-cutanée du vaccin, suffit à démontrer que ce sérum doit ses propriétés immunisantes à des substances solubles IMMUNITÉ PAR LE SÉUUM DE GÉNISSE VACGINÉF']. '40 et non à la présence dans sa masse des microbes (encore inconnus) de la vaccine. V. — L'immunité consécutive à Tinoculation sous-culanée du vaccin, lente à apparaître, puisqu'après trois jours elle ne se révèle pas encore, n'atteint que par degrés son parfait dévelop- pement, et ne semble complète que dans le cours du huitième jour; à ce moment, au moins, elle est devenue suffisante pour rendre stériles toutes les nouvelles inoculations faites sous l'épiderme. VI. — Limmunilé consécutive à la vaccination sous-cutanée, dans la période de développement graduel du quatrième au hui- tième jour, se manifeste chez les animaux inoculés sous l'épi- derme dans cet intervalle de temps, à l'aide d'incisions nom- breuses, par trois signes : 1° Une partie des inoculations demeure tout à fait stérile ; 2*^ Une partie donne naissance à des pustules plus ou moins petites, rudimentaires, sèches et avortées. La proportion des inoculations stériles ou presque stériles grandit avec le progrès journalier de l'immunité et permet d'en mesurer, à vue d'œil, le degré croissant; 3» La virulence de la lymphe des éléments éruptifs pustuleux estplus ou moins atténuée, comme le démontrent les inoculations de ce liquide à des sujets non vaccinés, enfants ou génisses : elle peut avoirperdu de sa virulence au pointde n'être plus inooulable. VII. — Somblablement, l'action immunisante du sérum de génisse vaccinée, injecté sous la peau d'animaux de même espèce inoculés à l'aide d'incisions nombreuses, se révèle par trois signes : 1° L'insuccès complet de nombre d'inoculations ; 2o L'aspect rudimentaire et avorté des éléments éruptifs ; 3° L'atténuation de la virulence du contenu de ces éléments. VIII. — Le sérum de génisse vaccinée, injecté sous la peau d'un animal de même espèce qu'on inocule aussitôt après, manifeste son pouvoir préventif par des signes d'autant plus accentués qu'il est injecté, en proportion du poids de l'animal, à dose plus élevée. La dose minima, nécessaire à la manifestation des propriétés immunisantes de ce sérum, est relativement con- sidérable, r IX. — Le sérum de génisse vaccinée, injecté sous la peau d'un animal de même espèce, qu'on inocule aussitôt après, à la 46 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dose d'un centième du poids de cet animal, lui confère une immunité incomplète, il est vrai, mais suffisante cependant pour rendre stériles le plus grand nombre des inoculations, pour donner aux rares éléments éruptifs qui apparaissent un aspect ' rudimentaire et avorté, et surtout pour faire perdre toute virulence appréciable au contenu de ces éléments, puisqu'il n'est plus inoculable à des sujets non vaccinés. X. — L'action immunisante du sérum de génisse vaccinée se révèle encore par ses trois signes caractéristiques alors que Fin- jection sous-cutanée de ce sérum ne précède plus la vaccination, mais la suit à un intervalle de 24 et même de 48 heures. Le sérum de génisse vaccinée possède donc vis-à-vis de la vaccine non seulement un pouvoir préventif, mais encore un pouvoir curateur, d'autant plus faible, il est vrai, que l'interven- tion thérapeutique survient plus tard après l'inoculation. XL — Le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée ne paraît pas renforcé d'une façon appréciable, alors que l'ani- mal qui a fourni ce sérum a reçu préalablement sous la peau, pendant quarante-deux jours consécutifs, une injection quoti- dienne de virus vaccinal. Ici s'arrêteut les conclusions directement tirées de nos recherches expérimentales. Mais il nous a semblé que le résultat de ces recherches permettait d'aborder, en s'appuyant sur un terrain solide, le problème de la sérumthérapie de la variole, et qu'on pouvait regarder comme rationnel l'emploi contre cette maladie du sérum de génisse vaccinée, après la découverte de ses propriétés curatives vis-à-vis de la vaccine. C'est pourquoi l'un de nous s'est cru autorisé à faire à dix-sept varioleux de tout âge des injections sous-cutanées de sérum de génisse vaccinée. Dernièrement (10 janvier 1896) il a présenté à la Société médicale des hôpitaux une convalescente de variole qui, au 3'' jour de l'éruption, avait reçu en injections sous-cutanées, dans l'espace d'une heure, plus d'un litre et demi de sérum, et, sans en éprouver aucun accident local ni général, avait rapide- ment guéri. Un prochain mémoire fera connaître ces essais thérapeutiques. TRAITEMENT DE LA SCARLATINE PAR LE SÉRUM ANTISTREPTOCOCCIQUE Par i,e D' ALEXANDRE MARMOREK On ne connaît pas encore le microbe qui cause la scarlatine. Mais il n'y a plus de doute sur le rôle important que joue dans cette maladie, comme dans tant d'autres, l'association du strepto- coque. On le trouve toujours dans la gorge duscarlatineux, et sa présence constante dans les complications fréquentes et redou- tables de la scarlatine, telles que bubons, néphrite, endocardite, pleurésie, otite, etc., montre tout le danger de ce microbe greffé sur la maladie primitive. Cesfaitscliniquesetdèslongtempsconnusconduisaientàinjec- terdu sérum antistreptoccique' aux scarlatineux pour empêcher les complications et laisser simplement se développer les effets du virus scarlatineux. Celui-ci, une fois débarrassé de l'influence fatale du streptocoque, nous parait peu dangereux, et le traite- ment de la scarlatine par un sérum qui ne combat que les effets du microbe associé, prend presque la portée d'une médication spécifique. On a pu maintes fois observer que la gravité des épidémies est très variable, et aussi que dans les mêmes épidémies des cas bénins se rencontrent à côté des formes dangereuses, hyper- thermiques qui, avec des symptômes d'intoxication rapide, amènent une issue fatale. Mais dans les cas de scarlatine, même dans les plus anodins, les complications streptocciques se mani- festent toujours, ne fût-ce que par une angine, ou pardes bubons, ou par des traces d'albumine dans l'urine. C'est à l'hôpital Trousseau, dans le service de M. le D'' Josias, que j'ai fait cet essai thérapeutique. J'adresse à M. le D'' Josias 1. \^iir Annales de l'Institut Fasteur, juillet 1893. 48 ANNALES DE LIXSïIiUT PASTEUR l'expression de ma profonde reconnaissance pour l'aimable obli- j^eance avec laquelle il a mis son service à ma disposition. Le traitement dura du IG octobre au 31 décembre 1895. La scarlatine était au commencement assez bénigne, mais prit vers* la fm du mois de novembre une gravité croissante, de sorte qu'au mois de décembre les cas graves étaient en majorité. Pendant ce temps, 103 enfants atteints de scarlatine sont entrés dans le service ; sept n'ont pas été traités par le sérum parce que leur maladie était trop éloignée du début et qu'ils n'offraient que de la desquamation. -# Un de ces enfants est spécialement intéressant. 11 entra avec une néphrite datant de trois semaines :(0,"6 0/0 d'albumine) et il ne fut pas soumis au traitement par le sérum. Après deux mois de séjour dans le service, il le quitta sans être guéri. Ses deux sœurs, qui tombèrent malades un peu plus lard, furent injectées avec du sérum. Elles ne présentèrent aucune complication. Il reste 96 enfants traités par le sérum d'un pouvoir pré- ventif de 30,000. L'examen bactériologique démontra chez tous la présence du streptocoque seul ou associé à d'autres microbes. Chez dix-sept enfants on trouva le bacille de Loeffler. Quatre de ces derniers, entrés avec des signes d'intoxication diphtérique, moururent malgré le traitement par les deux sérums. Ces enfants étaient tous restés plusieurs jours chez eux sans traite- ment. Le premier vint dans le service de la scarlatine au qua- trième jour de sa maladie ; il reçut pendant deux jours du sérum antistreptococcique; puis, comme on s'aperçut qu'il avait la diphtérie, on lui injecta, le sixième jour seulement, du sérum antidiphtérique. Il succomba à la double intoxication le neu- vième jour après son entrée. Le second entre d'abord au pavillon de la diphtérie: après quatre jours il passe dans le service de la scarlatine, et il présente, à ce moment, une angine gangreneuse étendue aux gencives et aux lèvres, des bubons doubles du cou et un état général très mauvais. On lui donne en même temps les deux sérums; les bubons disparaissent sans suppuration, les fausses membranes se détachent en partie, letat général s'améliore, mais lenfant meurt le huitième jour par insuffisance cardiaque. Les deux autres périrent presque subitement, l'un, le troi- TRAITEMENT DE LA SCARLATINE 49 sième jour, l'autre, le quinzième jour après leur entrée, dans une attaque d'urémie précoce. Leur urine ne contenait que très peu d'albumine. Nous avons encore perdu un enfant de deux ans dont la scarlatine évoluait d'une façon bénigne, sans que, i)endant quinze jours, il ait présenté de fièvre, lorsque brusquement se déclara une pneumonie franche et double à laquelle l'enfant succomba. Tous les enfants» reçurent, dès leur entrée, une dose de 10 c. c. de sérum antistreptococcique qui était doublée si l'élat géné- ral était grave. Le traitement fut restreint aux injections du sérum et aux lavages antiseptiques de la gorge. On répéta les injections journellement jusqu'à la chute de la température. Ordinairement, une à deux injections suffisent. Aussitôt qu'un bubon ou des traces d'albumine dans l'urine se montraient {bubons 19 fois, albuminurie 33 fois), les injections étaient de nouveau reprises et continuées jusqu'à ce que l'état devînt normal. Les effets du sérum étant passagers, il convient donc de rester sur ses gardes, surtout dans cette maladie où les compli- cations peuvent être tardives, et de reprendre les injections aussitôt qu'apparaît une manifestation slreptococcique. La quantité totale injectée à un enfant était de 10 c. c. à 30 c. c. pour les cas ordinaires; elle fut portée dans les cas graves jusqu'à 40, 60, 70, 80 c. c. Cette dernière dose fut donnée à un enfant atteint de rhumatisme scarlatineux. Chez un enfant de quatre ans, atteint de broncho-pneumonie, on injecta 90 c. c. pour obtenir la guérison complète. L'effet le plus net du sérum antistreptococcique se manifesta sur les bubons. Dix-neuf enfants montrèrent, ou à leur entrée au service, ou plus tard, des bubons du cou. Les ganglions dégon- flèrent tous sans exception, de sorte qu'il n'y eut pas un seul cas de suppuration. • Une fois, malgré le sérum, dans un cas très grave, nous avons constaté une otite avec écoulement de pus qui cessa bientôt. Chez quatre enfants entrés avec une otite double, l'injection du sérum tarit promptement la suppuration. Si l'affection des reins se manifeste par 1 apparition de traces d'albumine dans l'urine, une à deux injections suffisent pour rétablir l'état normal. 50 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le sérum antistreptococcique n'a pas seulement empêché de graves complications, mais encore il produisit la chute rapide des fausses membranes de la gorge et la disparition du délire. Sous son influence, l'état général était sensiblement amélioré, le ^ pouls devenait plus lent et plus fort. Lorsque l'élévation de la température est due aux complications streptococciques, elle baisse après l'injection du sérum, tandis que la fièvre due au virus scarlatineux continue son évolution et que l'éruption scar- latineuse suit la marche ordinaire. • Ces derniers faits nous semblent venir à l'appui de l'opinion que la scarlatine n'est pas causée par le streptocoque que nous connaissons. Le sérum antistreptococcique n'a pas eu (comme nous l'avons d'ailleurs constaté en l'employant dans d'autres ■ maladies) d'inconvénient sérieux. Des érythèmes passagers furent rare- ment remarqués. Mais il faut insister sur la nécessité d'une asepsie absolue dans la technique de l'inoculation. Nous savons bien que le chiffre des enfants scarlatineux traités par le sérum est encore trop restreint pour tirer de cet essai thérapeutique une conclusion définitive. Néanmoins, nous signalons son action favorable sur les bubons et sur l'albuminurie, et, son influence pour prévenir les graves complications de la scarlatine. Aussi croyons-nous que le sérum antistreptococcique peut rendre de réels services dans le traitement de cette maladie. (10ÏÏIIIBIITI0\ A L'ÉTUDE DES LEVURES DE W Par E. KAYSEH. Lorsqu'on essaie d'appliquer à la fabricaliou du vin les procédés d'ensemencements de levures qui ont donné de si bons résultats en brasserie, on rencontre des difficultés nombreuses, qui tiennent en partie à ce que le vigneron n'est pas maître de ^on moût comme J'est le brasseur. D'une année à l'autre la composition du même cépage varie, et comme on ne peut faire qu'un essai par an, l'expérience est longue à venir. Dans une même année, daùs un mémo vignoble, les divers cépages donnent des moûts de composition différente, et il n'est pas assuré que la même levure ensemencée convienne à tous. On a jusqu'ici implicitement admis, en voyant la fermenta- tion se déclarer spontanément dans un moût de raisin, que la levure y trouvait un milieu très favorable. Il y a du vrai et du faux dans cette opinion. Il est certain, dun côté, que le moût ^ est en général trop acide comme milieu de fermentation. C'est unenotion su^ laquelle Pasteur et Duclaux ont insisté. Il n'est pas douteux, d'un autre côté, que dans la masse énorme de germes apportés par les grains de raisin, il ne s'en trouve tou- jours de très bien adaptés aux conditions présentes, et qui se développent de préférence. Quel rôle jouent dans cette adapta- tion les divers matériaux du moût, la température, etc.? C'est ce qu'on ne sait pas, et ce que je me suis proposé de rechercher. Nous ne sommes pas encore très bien renseig'nés sur les éléments du moût : ce que nous y connaissons le mieux ce sont les acides fixes. On les savait formés de proportions variables d'acide tartrique et d'acide malique. M. Duclaux y a en outre signalé récemment les acides glucique,caprique etpectique. Bor- nons-nous pour le moment aux deux premiers, les plus ancien- nement connus," et demandons-nous d'abord si l'influence do l'acidilé est la même aux diverses températures, c'est-à-dire si , une même levure se comporte de même dans le même milieu plus ou moins acide à diverses températures. 5-2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. J'ai pris pour cela de leaude touraillons contenant 86"', 21 de sucre par litre. On en a fait 2 parties, dont Tune a été addi- tionnée en outre de 2?'', 22 d'acide lartrique par litre. Chacun de ces lots a servi à faire deux fermentations, l'une à25°, l'autre à 35". Yoici les résultats de l'analyse du liquide fermenté. On n'en a relaté que les éléments essentiels : l'acidité volatile est exprimée en acide acétique; le pouvoir' ferment de la levure est la quantité de sucre transformée par îtn gramme de levure. Deux levures, une levure de Champagne (2) et une levure de vin du Midi (.32) ont été essayées dans du moût acide et du moûtneutre. Les nombres sont des grammes par litre. LEVURE 1' M. acide. 31. neutre. M. acide. M. neutre. Extrait it.O.'i 7.0(i * 9.33 7.14 Sucre restant..... l.uîi Acide volatil.... .. 0.4i 0.31 0.28 ' 0.21 Glycérine.... 1.73 i .U 2.79 2. 80 Acide succinique.. 0.62 0.23 0.97 0.44 Levure.. 1.39 1.43 1.09 1.01 Pouvoir ferment. . 62 60 77 85 On voit que cette levure, cultivée à température élevés, donne moins d'acide volatil, plus de glycérine et d'acide succinique; elle a en outre un pouvoir ferment plus grand, ce qui veut dire qu'il s'en forme moins pour transformer la même quantité de sucre. On voit aussi qu'il y a un peu moins d'acide volatil pro- duit dans le moût neutre que dans le moût acide, mais que c'est l'inverse pour la glycérine à 35'^. Les quantités de levure sont à peu près les mêmes, car, à raison de la variation de poids de la levure du commencement à la fin dune fermentation, il n'y a pas lieu d'attacher une grande importance aux différences signalées dans le tableau. Voyons maintenant ce que donne l'autre levure dans les mêmes conditions. M. acide. M . neutre. M. acide. Al. neutre. Extrait 6.10 6.75 13.65 7.90 LEVURE 3-2 M . neutre. M. acid 6.75 13.65 6.10 0.16 0.39 3.08 4.17 0.64 0.80 2.19 0.6i 39 125 Sucre restant. ... 6.10 Acide volatil 0.15 0.16 0.39 0.31 Glycérine 3.17 3.08 4.17 3.41 Acide succinique.. 0.89 0.64 0.80 0.89 Levure 1.87 2.19 0.6i 0.72 Pouvoir ferment. . 46 39 125 119 CONTRIBUTION A L'ETUDE DES LEVURES DE VIN 53 Ici Iti levure donne, à température élevée, plus d'acide volatil, et des quantités variables de glycérine et d'acide succinique; comme la précédente, elle se multiplie moins à haute tempéra- ture, et elle y a un pouvoir ferment beaucoup plus g-rand, ce qui ne veut pourtant pas dire que la fermentation soit plus rapide. La glycérine et l'acide succinique sont encore ici eu plus grande quantité dans le moût acide que dans le moût neutre, la levure en plus faible quantité. Quant à l'acide volatil, *sa variation est minime à 2o'' d'un moût à l'autre, et faible à 3o«. En somme, ces deux levures ne se comportent pas du tout de même vis-à-vis delà température et de l'acidité. Ce qu'elles con- servent de commun, ce sont les propriétés d'espèce, l'augmen- tation du pouvoir ferment avec la température, mais les pro- priétés de race sont variables de l'une à l'autre. II Ces premières différences étant relevées, il devenait inté- ressant de voir si des acides différents se comportent de même lorsqu'on les emploie aux mêmes doses ou à peu près. Pour cette expérience, 37 des levures de vin existant au laboratoire ont été ensemencées dans de l'eau de touraillons additionnée de lOGs"", 22 de saccharose par litre. Le lot I était laissé neutre; le lot II était additionné de o,71 d'acide tartrique par litre; le lot III, de S8'"38 d'acide malique, soit (),02 d'acide tartrique par litre. La température était de 23'' : quand la fermentation princi- pale a été terminée, les liquides 1 à 19 ont été étudiés de suite. Les autres, abandonnés au laboratoire pendant six semaines, ont subi un commencement de fermentation nouvelle pendant les chaleurs de l'été. Ou a dosé et inscrit : En a le poids de levure produite ; En b la quantité de sucre restant après la fermentation; En c le pouvoir ferment tel que nous l'avons délini plus haut. Si ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUU. I.l.XTRES I _^^ a /, c .> i\:i(î :2i.:'. «08 . ) :;.2\ 22 . Ei:', / :;.()i) '•> . ."i 02 M :!.(i2 (1 01 12 :'. . (i'2 r;.'.. i '(■ :\.r2 10.2 r;o 10 :'..:;'!■ 1;i.2 :;i 19 :'. . :\'2 la.i. :;'.) ■ 1';; a.îis *() T.") i(i 1>.18 1) 81 :u 2.0G. «."i • >■> 2 \2 1.:'. 92 :u; 2.:n 83 o7 :2.Ti; *71 11 (f /' r (1 i.:ii 00.0 8i 2.10 :i.2'f (i2.0 il 3.70 1 .90 17.7 91 1.86 i . :58 71.0 !)l) 3.00 2.:'.'i. :i:;.7 00 1.90 2.7'i. 78.7 4:', 2.84 :i.()i 80.7 :50 2 t>2 2.:50 7;i.9 :;i 2.2i i.<;() ly.iy 90 2 . 02 1 . 'i2 -]:',8 1 92 1.4H 1 30 l.îiO 1.:'.S :i . 9 138 1.00 1.4lt 2.9 J3S 1.01 I.T't 0.0 109 1 .9S. 1 . 18 • » , .» 1 30 1.70 4 ().".! 42.3 28.7 22.0 3L0 49.0 32.1 32.7 3.9 . 2 3.(i :!.9 09 4i- 90 ;i8 8i. :;o o:; 74 77 102 120 1 20 117 93 1 09 Dans ce tableau on trouve dabord la confirmation de faits connus. On voit en particulier, par la comparaison des poids de levure (a) et des pouvoirs ferments dans tous les lots de la pre- mière série oîi la fermentation principale élait seule achevée, et dans les lots de la seconde série où le sucre avait à peu près ou même tout àfait disparu, que dans cette fermentation secondaire il y a diminution du poids de la leviu'e, bien que le sucre continue à fermenter sous Finfluence des g^lobules dont la vie continue. Le pouvoir ferment augmente donc : c est ce qu'avait montré M. Duclaux. II est vrai qu'ici les levures sur lesquelles porte cette comparaison sont différentes, mais les différences entre le premier et le second lot sont si constantes et si régu- lières qu'on ne saurait avoir le moindre doute sur la justesse de la conclusion. On voit aussi que la fermentation est plus rapide dans les moûts neutres que dans les moûts acides, c'est ce qu'avait vir Pasteur dans lespremiers travaux sur la fermentation alcoolique. Au point de vue de l'action exercée par les deux acides tar- trique et malique, employés à des doses sensiblement équiva- lentes, les levures se divisent en 2 groupes. Les unes, comme 2, 5, 7, M, 12, 14, 10, 19, ont une activité plus grande en présence de l'acide malique que de l'acide tar- trique. Il semble en être de même (mais avec des diflérences plus, faibles, la fermentation étant plus près de sa fin) pour les CONTRIBUTION A L" ETUDE DES LEVURES DE ViN 55 levures 31 et 36. Ce sont les plus nombreuses. De là cette conclu- sion que l'acidilc due à l'acide maii(|ue est en général plus favo rable aux levures que l'acidité produite par l'acide tartrique. D'autres levures, la levure 6, par exemple, et la levure 33 semblent au contraire préférer l'acide tartrique. Il est évident qu entre ces deux termes extrêmes onpourrait trouver des levures s'accommodant également bien des deux acides : le tableau en renferme peut-être. Mais il n'est pas nécessaire den chercher. Enfin, la seconde partie du tableau, relative à des fermenta- tions terminées, montre que le pouvoir ferment est toujours plus élevé, pour une même levure, avec l'acide tartrique qu'avec l'acide malique. Il montre aussi, et cela confirme ce que nous avions vu plus haut, qu'il est plus élevé pour des liquides acides quepourles mêmes milieux neutres. Donc il y a moins de levure formée, dans les milieux acides; elle y est proportionnellement plus active, c'est-à-dire qu'elle peut faire fermenter un poids plus grand de sucre; elle a un pouvoir ferment plus g^rand en pré- sence de l'acide tartrique. III Après être arrivé à ces conclusions, il fallait se demander si elles ne dépendaient pas des doses d'acide mises en action. Dans les expériences ci-dessus, les acides tartrique et malique étaient à peu près en même proportion pondérale ; mais il pouvait se faire que les levures qui préfèrent l'acide malique et l'acide tartrique, pour un certain degré de concentration, se compor- tent tout autrement pour une concentration différente. J'ai donc fait des expériences comparatives avec les trois acides les plus répandus dans les jus naturels, les acides tartrique, malique et citrique, en les prenant chacun aux trois degrés de dilution indiqués dans le tableau suivant, qui correspondent à un équi- valent, un demi-équivalent et un quart d'équivalent d'acide par litre. La correspondance n'est qu'approximative, à cause de la formation de précipités en présence de la chaux de l'eau de touraillons; mais elle suffit pour l'objet que nous avons en vue. J'ai opéré avec 3 levures. La levure 7 du tableau précédent est une levure basse, de Saint-Emilion. La levure 12 est une 56 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. levure d'Espagne. La levure 7 est une levure haute de Portugal, supportant bien comme la précédente, l'action des hautes tem- pératures ; elle se dépose en grumeaux au fond du matras. L'eau de touraillons contenait à l'origine 162 gr., 3 de saccha- rose par litre. Voici un tableau résumant les résultats de la fer- mentation, l'acidité totale évaluée en acide tartrique, l'acidité volatile en acide acétique, et le sucre restant aux deux tempé- ratures de fermentation 25° et 35°. LEVURE 7 MILIFAIX à :.'.>. à Zôo. DE CULTURE Ac. Idtale. .\c. volaf. s. restant. Ac. totale. Acide tarlrique. Ac. volât. S. restant. 7.50 8.14 1.15 39.0 9.49 1.45 86.8 3.75 5.39 0.62 3 . 6 4.99 0.56 52.6 ■1.87 3. -39 0.55 '» . •) 3.13 0.44 51 . 1 .^cide iiialique. 6.70 7 . 80 . 46 2.7 8.63 0.43 'tO.O 3.35 4. '.9 0.31 3.2 4.80 0.39 31.7 1.67 :i.::'0 0.22 2.3 3.05 0.30 40.9 Acide cilriciuc 7.00 8.54 0.55 2.9 8.42 0.70 60.3 3.50 5.07 0.38 i.1 4.85 0.42 29.7 1.75 3.44 . :50 2.6 3.10 0.32 33.4 Acide tartrique. 7.50 9.68 3.75 5.83 1.87 3.i9 Acide mali()ue. 6.70 8.33 3.35 4.91 1.67 3.05 Acide citri((ue. 7.00 7.02 3.50 i.l7 1.75 3.26 Acide tartriqiip. 7.. 50 9.07 3.75 5.29 1.87 3.31 Acide nialiquc. 6.70 8.16 3.35 4.77 1.67 3.23 Acide citi-iquo. 7.00 8.80 3.50 4.86 1 . 75 3.37 LEVURE i: i . 3.-; (».9Î . 55 0.63 0.i5 0.35 0.85 O.i!) 0.39 5-0 . 8 7.8 2.0 2.7 traces 8.88 5.13 3.04 7.S5 4.68 :î . i 8.46 4.71 3.01 LKVUnE 71. 0.96 27.1 0..57 2.3 0.35 3.5 . 39 2.3 0.32 :'. . 2 . 26 2.'t 0.65 2.'i- 0.30 2.4 . 23 2.i 9.0't 4.90 3.20 8 . 08 4.77 3.40 9.93 5.01 3.37 1.11 SI. '3 0.88 '(■9.0 0.59 3i.9 0.64 33.7 0.52 32.5 0.51 32.0 0.78 39.2 0.54 30.5 0.50 35.5 68.6 . 55 37.;'. 0.39 28 . :i . 50 20.1 . 36 21 9 0.29 1 !l . i- . 7 i- 5 1 . 6 0.37 111.5 0.27 9.1 L'étude comparative des nombres de ce tableau conduit aux conclusions suivantes : COxNTUIBUTION A LÉÏUDE DES LEVURES DE VIN 57 En premier lieu, l'acidité volatile décroit pour les 3 levures et pour les 3 acides avec le degré d'acidité, en même temps que les conditions de fermentation deviennent plus favorables. Ceci confirme cette notion, apportée par M. Duclaux, que les acidités volatiles sont des produits de souffrance de la levure. De plus, pour une même quantité de sucre fermenté, il y a plus d'acides volatils à 33'^ qu'à 23°. Ces acides volatils sont en outre plus abondants avec l'acide tartrique qu'avec l'acide citrique, avec l'acide citrique qu'avec l'acide malique, ces acides étant pris au même degré de concen- tration : cette différence est surtout sensible pour les liquides les plus acides. Cette même différence se retrouve encore presque aussi nette quand on compare les quantités de sucre restant, surtout à 33*^ oij ces quantités sont assez grandes. C'est donc encore, sous ce point de vue, l'acide malique qui est le plus favorable à la fer- mentation. Sa réaction physiologique ne marche donc pas de pair avec la réaction acide. Si nous comparons maintenant les diverses levures entre elles, nous voyons que c'est la levure 7 qui supporte le moins bien la présence des acides, et la levure 71 qui les supporte le mieux, lorsqu'ils sont abondants. Pour des doses plus faibles, les levures s'équilibrent mieux. Je ne relève pas, pour abréger, d'autres différences d'ordre secondaire, inscrites dans le tableau qui précède. On pourrait faire voir que ces levures, qui se différencient vis-à-vis de l'action des acides, ne se différencient pas moins quand on compare pour elles le rapport de l'acidité volatile produite par la fermentation, à l'acidité totale résultant de cette fermentation, c'est-à-dire à l'acidité inscrite dans la seconde colonne, de laquelle on re- tranche l'acidité originelle inscrite dans la première. Je me contenterai d'ajouter un dernier trait. J'ai profité de ce que la levure 71 donne de gros grumeaux et est par là très facile à filtrer, pour la peser. Le tableau suivant donne, pour chacun des 3 acides, le poids de levure formée et le pouvoir ferment de la levure, c'est-à-dire la quantité de sucre transformée par 1 gramme de levure. On y a joint, dans la dernière colonne, la quantité d'acide volatil produite par 1 gramme de levure pour les diverses concentrations. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. -MILIEUX POIDS DE LEVURE POUVOIR FERMENT ACIDE VOLATIL de a à à culture. aii-j 35" 2;;<> oc^* l'.'i" ;i.'i'j Acide tartrique. 7.50 0.805 0.640 4 5S 149 1.10 — :'..7:i 0.990 . 975 ici 132 0.57 0.5(1 1.87 1.220 4.075 132 127 0.28 0.3(1 Aciilc iiinli(iiio. (1.70 1.250 1.255 129 1 14 o.;!i) :v.t :\.x> 1 . 420 4.150 113 12i 22 0.31 1 .07 4.435 1.440 113 109 0.17 0.20 Aride citrique. 7.00 1.02;. 0.705 15^ 147 o.(;3 1.0 'i :5.50 4.225 1 .29.5 132 119 0.24 0.28 1.75 4.425 J . 38.5 H'f 4 42 0.1(1 0.19 On retrouve pour l'acide volatil produit par un gramme de levure des différences de même nature que celles que nous avons relevées plus haut. Il diminue encore avec la richesse en acide, et décroît pour une même concentration, dans le même ordre que plus haut, acide tartrique, acide citrique et acide malique. Le pouvoir ferment augmente aussi avec la concentration, mais moins. Pour une même concentration, il est encore plus élevé avec l'acide tartrique qu'avec l'acide malique. Quant aux poids de levure formée, ils augmentent en sens inverse, à mesure que la diminution d'acidité favorise davan- tage la multiplication des levures et provoque moins leur épui- sement. Cette augmentation est surtout marquée pour l'acide tartrique. Au point de vue de la multiplication de la levure, les quantités d'acide équivalentes par litre sont les suivantes : acide tartrique, lf;'',87; acide citrique, 3î?'', 50; acide malique, 6^'',70. Ce sont à peu près les proportions 1, 2, 4; et les acides sont bien dans l'ordre que nous leur avons constamment trouvé. En résumé, plus on étudie les levures, plus on voit qu'il y a des races nombreuses, ayant des propriétés différentes, et pou- vant se prêtera des conditions très variées d'existence. Choisir celle de ces races qui convient le mieux pour tel ou tel cru, pour telle ou telle année, n'est pas une chose facile; mais, en dirigeant convenablement ses tâtonnements, on peut trouver des solutions approximatives et pratiquement suffisantes. Telle doit être la principale préoccupation des stations d'œno- logie que le ministère de l'Agriculture cherche à multiplier, dans l'intérêt de tous. REVUES Eï ANALYSES • SUR LES ODEURS DE PUTRÉFACTION REVUli CRiriQUE ' L'idée de mauvaise odeur et l'idée de putréfaction sont tellement connexes que, d'ordinaire, on ne les sépare pas, et même qu'il y a des mémoires scientifiques dans lesquels, sans examen microscopique, on a conclu de l'absence d'odeur à l'absence de microbes. Ces deux phé- nomènes sont pourtant nettement dissociés depuis que Pasteur a montré qu'il pouvait y avoir décomposition à l'abri de l'air, c'est-à-dire putré- faction du lactate de chaux, sans que le liquide cesse d'être à peu près inodore. L'hydrogène qui se dégage dans ces conditions, ne trouvant dans le liquide que des substances sur lesquelles il est sans action, reste pur. Quand les gaz deviennent odorants, c'est que la matière qui se décompose est plus complexe, et l'odeur qu'elle répand en se pu- tréfiant dépend de la nature des corps qu'elle contient. Quels sont les éléments odorants des gaz putrides? Ils sont encore mal connus. L'hydrogène sulfuré y tient une bonne place, tantôt à l'état de gaz, tantôt à l'état de vapeurs de sulphydrate d'ammoniaque. Il y a aussi des vapeurs de mercaptans éthylique et méthylique, dont l'odeur est forte et caractéristique. Ce sont là surtout les formes d'éli- mination des composés sulfurés. Les formes d'élimination du phos- 'phore sont moins connues, et c'est surtout du soufre et de ses com- posés que nous aurons à nous occuper dans cette étude. Pour la conduire avec quelque méthode, demandons-nous d'abord à quel état et sous quelle forme le soufre existe^ dans les tissus vivants, animaux ou végétaux. Tout d'abord, nous le trouvons sous forme de sulfates neutres de chaux, de potasse, de soude ou de magnésie. Bien que ces composés soient stables, ils peuvent dans certaines conditions être décomposés et réduits par certains microbes, et c'est pour cela que nous les faisons intervenir dans cette énuméralion. Vient ensuite le soufre combiné à la matière organique. On sait qu'il y en a dans toutes les matières albuminoïdes, et même qu'il semble y exister à deux états. Une partie semble faiblement combinée, et est facilement transformée en sulfure par l'ébuUilion avec une lessive légère de potasse ou de soude. Une autre portion résiste obstinément à 60 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ce traitement, et ne se laisse atteindre que lorsqu'on attaque la matière albuminoïde par fusion avec le nitrate de potasse et un alcali. On la trouve alors à l'état de sulfate. Ces deux fractions du soufre de la matière albuminoïde ne seront pas évidemment aussi attaquables^ l'une que l'autre par les phénomènes de putréfaction. Dans les tissus qui peuvent subir la putréfaction, il n'y a pas que de l'albumine ou de la fibrine, il y a aussi les produits de la vie cellu- laire, les réserves organiques de la cellule et ses sécrétions. Si an veut avoir une idée de ces dernières substances, il faut avoir recours à l'examen de l'urine, qui est leur voie d'élimination. Or, dans l'urine on trouve aussi deux grandes catégories de com- posés sulfurés. D'abord ce qu'on appelle les acides sulfo-conjugués, découverts et étudiés surtout par Baumann. Ce sont surtout les acides phénol - et p - crésol-sulfuriques, les acides scatoxyl et indoxylsul- furiques. Les corps auxquels ils donnent naissance en se décomposant, phénol, crésol, indol, scatol sont très désagréablement odorants, et j'aurais pu les compter parmi les agents de la putridité si je n'avais voulu borner cette étude aux gaz contenant du soufre ou du phosphore. A côté des acides que je viens d'énumérer, il faut placer les acides sulfo-conjugués de l'acide pyrocatéchique. Au soufre de ces diverses provenances nous appliquerons le nom générique de soufre acide. Par contre, nous appellerons, avec Saikowski, du nom de soufre neutre celui qui provient des composés de l'urine appartenant au groupe de la cystine, de l'acide rhodanique et des autres combinaisons mal connues. Cette portion n'est pas négligeable, car elle constitue, d'après Sai- kowski, 18 0/0, et d'après Lépine, 20 0/0 du soufre total de l'urine. A ce soufre combiné, il faudrait peut-être joindre du soufre en nature et très finement divisé, dont quelques faits m'ont paru indiquer la présence, et qui se comporte comme le soufre faiblement combiné que nous avons signalé plus haut dans la matière albuminoïde. Ce qui caractérise ce soufre libre et le soufre faiblement combiné, c'est la facilité avec laquelle ils se transforment en hydrogène sulfuré sous l'influence de l'hydrogène naissant. De sorte que si on introduit par exemple de la fleur de soufre dans un milieu où une bactérie, du reste quelconque, amène un dégagement d'hydrogène, cet hydrogène devient de suite odorant. C'est ce que Miquel ' a montré le premier, d'une façon nette^ à l'aide d'un bacille découvert dans une eau d'égout. Mis en contact avec un liquide un peu nutritif, exempt de soufre et de toute substance sulfurée, il dégage de l'acide carbonique et de l'hydro- gène. Vient-on à introduire dans ce milieu des fragments de soufre, du soufre en fleur, même un morceau de caoutchouc sulfuré, on obtient 1. Fermentation sulfhydrique. BuU. de la Soc. chimique, t. XXII, p. 127, 1879. REVUES ET ANALYSES. 61 une production continue d'hydrogène sulfuré qui provient, non .du phénomène de nutrition, mais du dégagement d'hydrogène dont s'accompagne ce phénomène. Si le hquide où se fait cette hydrogénation du soufre est alcalin ou le devient par suite d'une action microbienne concomitante, on a du sulfhydrate d'ammoniaque au lieu d'hydrogène sulfuré. Bref, ici le phénomène est très net et son interprétation très facili : c'est par suite d'une réaction d'ordre purement chimique que le gaz sulfhydrique est produit. Il y a d'autres cas de production d'hydrogène sulfuré dont l'inter- prétation est moins facile. Dumas ' a, par exemple, remarqué qu'en mettant de la fleur de soufre dans une fermentation alcoolique en train, on voyait apparaître « avec Tacide carbonique quelques centièmes d'hydrogène sulfuré exhalant l'odeur d'oignon ». Il ne se dégage pourtant pas d'hydrogène dans la fermentation alcoolique ordinaire. Des analyses nombreuses et précises l'ont prouvé. L'origine de cet hydrogène sulfuré est donc restée douteuse jusqu'au jour où M. Rey- Pailhade - a montré qu'il y avait dans la levure une substance soluble dans l'alcool et capable de réduire à froid le carmin dindigo et de donner de l'hydrogène sulfuré avec la fleur de soufre. Nommer, comme il l'a fait, philothion une substance qu'on n'a pas isolée, et qu'on ne connaît que par une ou deux de ses propriétés, est peut-être un peu risqué, au point de vue chimique. Mais ce qui est intéressant dans ce travail, au point de vue où nous nous sommes placés, c'est qu'il nous donne une explication de l'expérience de M. Dumas, et une explication dans laquelle il ne s'agit plus d'une action latérale comme tout à l'heure, mais d'une action due à une substance existant dans le proto- plasma de la cellule, c'est-à-dire d'une action protoplasmique. Ici nous entrons sur un terrain beaucoup plus difficile, mais que nous devons pourtant aborder, ne fût-ce que pour montrer que les discussions qui ont eu lieu récemment en Allemagne, au sujet de la for- mation d'hydrogène sulfuré par les bactéries, et auxquelles ont pris part Pétri et Maassen*, Rubner^, Stagnitta-Balestreri ^ et d'autres savants, sont vaines, lorsqu'on n'établit pas une distinction entre les actions protoplasmiques et les actions chimiques. Les savants que je viens de nommer ne semblent pas avoir connu les expériences de Miquel, ni celles de Virchow et de llaulin sur 1. Rechercties sur la fermentation alcoolique. Ann. de ch. et de phys. S"- S., t. VIII, p. .57, 1874. 2. Comptes 7'endus, t. CVII et CVIII. — C. rendus de la Soc. de bioL, 1893, p. 40- 3. Arb.a. d. Kais. Gesundheitsamt , t. VIII, 1893. 4. Archiv. f. Hygiène, t. XVI, 1893. b. Archive f. Hygiène, t. XVI, 1893. ■♦ 63 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. les actions réductrices de certains microbes anaérobies, ni la partie des expériences de Rey-Pailhade publiée dans les Comptes rendus. Ils discutent par suite la question de savoir si la formation d'hydrogène sulfuré est toujours accompagnée de la présence d'hydrogène naissant, et jusqu'à quel point elle est entravée par la présence de l'oxygène, c'est-a-dire parle caractère aérobie ou anaérobie du microbe mis en action. Je crois qu'aucune discussion établie sur une pareille base ne peut aboutir. Le caractère aérobie* ou anaérobie d'une espèce vivante n'est pas un caractère absolu : c'est une résultante, comme je le faisais déjà remarquer en 1883 dans mon traité de Chimie biologique. Chaque cellule vivante est le siège à la fois de phénomènes d'oxydation et de réduction, d'actions aérobies et d'actions anaérobies. Dans les oxyda- tions les plus franches accomplies par les microbes, par exemple dans la transformation de l'alcool en acide acétique parle mycodermaaceU, il y a croissance de la plante, formation de tissus vivants, c'est-à-dire toute une série de phénomènes essentiellement réducteurs. D'autre part, dans les phénomènes vitaux des anaérobies, par exemple dans la levure de bière vivant aux dépens du sucre, il y a à la fois oxyda- tion pour la formation d'acide carbonique et réduction pour la forma- tion d'alcool. Ces deux phénomènes opposés ne s'accomplissent même nécessairement pas sur le même point du protoplasma, et rien ne nous dit que dans une cellule de levure de bière, l'alcool ne soit fourni à un pôle et l'acide carbonique à l'autre, de même que l'hydrogène et l'oxy-* gène se dégagent d'une façon régulière et en proportions constantes aux deux extrémités d'une colonne d'eau traversée par un courant. Si on recule devant une image aussi précise, on est pourtant obligé de reconnaître que certaines régions du protoplasma peuvent devenir le siège de phénomènes de réduction, tandis que d'autres le sont de phénomènes d'oxydation. Et c'est peut-être pour cela que, dans un grand nombre de cellules animales ou végétales, on trouve ' simulta- nément le philothion de M. Iley-Pailhade, et la laccase de M. Bertrand, deiix noms aussi impropres l'un que l'autre en ce sens qu'on ne sait pas à quoi ils se rapportent, mais que l'on peut prendre comme représentant : le philothion, une substance hydrogénante et douée de propriétés réductrices, la laccase une substance douée de propriétés oxydantes. Le caractère aérobie ou anaérobie d'une Isspèce vivante résulte de la combinaison de ces deux actions inverses, mais il n'implique pas du tout, comme semblent l'admettre MM. Pétri, Maassen, Ilubner, dans leurs raisonnements, l'absence totale de l'un d'eux. Un courant 1. Uky-Pailhade, < Comptes rendus de llAc des Se. ^ décembre 1895. REVUI^S ET ANALYSES. (i.'J d'oxygène ou d'air qu'on envoie dans la culture d'un microbe anaéro- bie n'empêche pas plus les actions anaérobies de se poursuivre à l'intérieur du protoplasma qu'un courant d'air envoyé dans une cave où il y a du raisin en fermentation n'empêche cette fermentation anaé- robie de se poursuivre dans les foudres. Dès lors, il est inutile de suivre les détails de l'argumentation relative à l'origine aérobie de l'hydro- gène sulfuré. Il nous suftit de savoir que la formation de ce corps peut résulter parfois d'une action latérale à la nutrition, résultant du dégagement d'hydrogène naissant ; et tantôt n'exige pas du tout la présence d'hydrogène naissant et provient d'une action protoplas- mique, agissant parfois avec l'intermédiaire d'une substance soluble dans l'alcool, un philothion quelconque. Cette action protoplasmique. qui peut s'exercera l'extérieur sur le soufre en fleur introduit dans le liquide, par l'intermédiaire du philo- thion soluble, peut naturellement s'exercer aussi, avec ou sans cet intermédiaire, sur le soufre contenu dans la cellule, le soufre libre, le soufre acide, le soufre neutre,«et le soufre de la matière albuminoïde. Elle est indispensable, d'un autre côté, pour réduire le soufre des sulfates, auquel j'arrive maintenant. C'est M. Plauchud ' qui, à ma connaissance, a le premier montré par l'expérience la réduction bactérienne des sulfates introduits ou exis- tant naturellement dans l'eau et pénétrant dans le protoplasma micro- bien. Il ne peut pas, en effet,* être question ici d'une réduction extra- cellulaire, car l'hydrogène naissant est sans action sur le sulfate de chaux, et tel paraît être aussi le cas du philothion de M. Rey-Pailhade. En somme, c'est toujours l'action protoplasmique qui intervient par des voies diverses dans ces procès d'hydrogénation variés, tantôt en donnant de l'hydrogène naissant ou du philothion qui peuvent agii- en dehors de la cellule, tantôt en maintenant l'action localisée en cer- tains points de la cellule elle-même. De cela, nous concluons tout de suite que la propriété de produire ou de ne pas produire de l'hydrogène sulfure ne peut pas être une propriété absolue. Elle dépend de la nature de l'aliment offert. Nous nous expliquons que telle bactérie qui ne donne pas d'acide sulphydrique dan» le bouillon ordinaire en donne dans le bouillon peptonisé. La même bactérie pourra, avec certains aliments qui lui permettront de dégager de l'hydrogène naissant, aller hydrogéner la fleur de soufre autour d'elle, et ne pas y toucher dans d'autres cas. A ces causes de variation dans le résultat définitif, c'est-à-dire dans l'odeur plus ou moins putride des gaz de la putréfaction, il faut en ajouter d'autres. L'hydrogène sulfuré produit p'^ut, à son tour, 1. Comptes rendus, 29 ianvier IS77 et :2(i décembre '188-2. 64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. être détruit soit par oxydation spontanée et purement chimique, soit par une autre voie qui était ignorée il y a quelques années, par voie microbienne. MM. Gayon et Doumer' ont montré les premiers, en 1882, que des eaux de Luchon, conservées au contact de l'air pur, après stérilisation,' ont gardé sans diminution sensible leur agent minéraiisateur (sulfure et hydrogène sulfuré) tandis qu'il a disparu rapidement dans les mêmes eaux non stérilisées, ou stérilisées et ensemencées avec une goutte d'eau naturelle. Si on ajoute à cela les découvertes bien connues de M. Winogradsky, sur la transformation en acidesulfurique de l'hydro- gène sulfuré et du soufre déposé dans les cellules des sulfuraires, on voit qu'il y a, pour la transformation totale de l'hydrogène sulfuré en acide sulfurique. une formule biologique assez large pour permettre d'expliquer toutes les variations possibles dans le caractère plus ou moins odorant des gaz d'une putréfaction, et pour faire comprendre combien étaient dans l'erreur ceux qui ne voyaient de putréfaction que là où il y avait des gaz putrides. *• On comprend, avec ce qui précède, la variété inQnie d'effets résul- tants auxquels peuvent conduire des actions protoplasmiques en somme .identiques. Aces effets pourront venir s'ajouter des actions latérales Si par exemple l'h3'^drogène sulfuré se forme peu à peu au milieu d'une fermentation alcoolique, il pourra se faire du mercaptan éthylique, apportant dans le gaz qui se dégage son odeur d'ail particulièrement désagréable. C'est à lui sans doute qu'était due cette odeur d'oignon visée par M. Dumas dans l'expérience dont nous avons parlé plus haut. Rubner signale le méthylmercaptan comme un produit assez fréquent de l'action bactérienne. Si on ajoute à ces vapeurs les vapeurs de sulphydrate d'ammoniaque, qui doivent surtout être fréquentes dans la putréfaction des substances animales azotées, on voit que nous connaissons assez bien l'origine et le mode de formation des principaux corps odorants sulfurés de la putréfaction. Il resterait à faire pour le phosphore ce que nous venons de faire pour le soufre. Mais ici la question est moins avancée, et il faut attendre qu'elle soit éclairé par des documents nouveaux. E. DUCLAUX. i . Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux. S'S.,, t. V, 7 décembre 1882. Sceaux. — Imprimerie Gàaraire et G" lOme ANNEE FÉVRIER. 189G N^ 2. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SUR L'HÉRÉDITÉ DE L'IMMUNITÉ ACQUISE (Contribution expérimentaie.) Par L. VAILLARD Médecin principal de l'Armée, Professeur au V'al-de-Grâce. De nombreux exemples recueillis chez l'homme et l'animal démontrent que les descendants d'une mère immunisée contre une maladie infectieuse peuvent naître réfractaires à la même infection. Le fait s'observe dans les deux circonstances suivantes : P Au cours de la gestation, la 7ncn> contracte une maladie qui confère ï immunité, ou bien elle est soumise à unevaccinationpréventive ; le descendant partag^e alors l'immunité acquise par le généra- teur. Ainsi on aconstaté que l'enfant né d'une varioleuse, même lorsqu'il vient au monde sans trace visible d'éruption, se mon- tre réfractaire au virus de la variole ou de lavaccine. De même une femme vaccinée avec succès au cours de la grossesse donne fré- quemment naissance à un enfant réfractaire à la vaccine (Burckard, Chambrelent, Wolff). L'immunité des agneaux nés de brebis vaccinées contre le charbon pendant la gestation a été sig-nalée par Chauveau. Des faits semblables ont été rapportés par Rickert, Ackerman, RohlofF à propos de la clavelée; par Arloing-, Cornevin et Thomas, Kitasato pour le charbon sympto- malique ; 2° L'immunisation de la mère remonte à une époque plus ou moins éloignée de la conception, et résulte d'une vaccination microbienne ou chimique pratiquée dans un but prophylactique ou expérimental ; les 66 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dernières injections vaccinantes sont notoirement antérieures à la fécondation. Gomme précédemment les rejetons peuvent naître réfractaires à la maladie contre laquelle la mère est préservée, ainsi que l'établissent les observations fournies parles animaux, de laboratoire. Ces deux ordres de faits doivent être distingués. Lorsque l'immunisation de la mère s'effectue pendant la grossesse, qu'il s'agisse d'une infection naturelle ou d'une vacci- nation microbienne, le fœtus participe réellement à la maladie du générateur. Cette participation est complète si les microbes ont traversé le placenta; elle est partielle, et néanmoins efficace, si le fœtus a reçu, non le virus, mais les produits solubles éla- borés dans les tissus maternels. On conçoit que, dans le cas d'une vaccination chimique, les substances solubles injectées à la mère dialysent à travers le placenta et arrivent jusqu'à son produit. De telles circonstances n'ont rien de commun avec ce que l'on doitentendre sous le nom de transmission héréditaire de l'immu- nité; elles traduisent simplement la vaccination simultanée de la mère et du fœtus. Les cas du second groupe se présentent au contraire avec toutes les apparences d'un phénomène d'hérédité : la m&re com- munique au rejeton une propriété qu'elle a acquise avant la conception. C'est uniquement à leur propos que doit se poser la question d'une transmission héréditaire ; ce sont aussi les seuls qui seront envisagés dans ce travail. S'agit-il en l'espèce d'une hérédité véritable? Gomment et dans quelles conditions s'opère ce transfert de l'immunité acquise? Des opinions divergentes ayant été émises, il convient d'en rappeler brièvement la succession. On a pensé de prime abord que la transmission au fœtus de l'état réfractaire acquis par la mère rentrait dans les lois de l'hérédité physiologique et devait s'interpréter comme cette dernière. « Non seulement la mère, écrit Duclaux*, mais le père peut transmettre à ses enfants ses facultés intellectuelles, ses qualités morales, ses ressemblances physiques, même ses difformités acquises, comme dans les curieux cobayes de Brown- Sequard qui se lèguent de génération en génération la traduction des lésions anatomiques ou des opérations chirurgicales subies. 1. DucLAux, Le Microbe et la Maladie, p. 19-'. HEIIEDITE DE L'IMMUNITE ACQUISE. G7 La transmission, de l'immunité n'a pas besoin d'un autre mécanisme. » — Arloing- ' exprime la même opinion d'une manière plus explicite. « Pour a'Ssurer la pérennité de l'im- munité acquise, il s'établit sous l'influence des sécrétions microbiennes une modification des éléments anatomiques capable de les faire triompher des agents virulents. L'ovule en tant que cellule intégrante de l'organisme ne fait pas exception. Chez lui, comme chez tout autre élément, une propriété nou- velle s'est fixée dans le proloplasma ; celte propriété devenue plastique en quelque sorte se retrouve dans toutes les cellules qui naîtront de l'ovule. L'embryon, le fœtus, le jeune sujet enfin seront donc formés de cellules résistantes, accoutumées aux microbes et aux modificateurs chimiques qu'ils sécrètent. » Arloing accorde volontiers à l'ovule mâle le même privilège qu'à l'ovule femelle et suppose qu'il apporte à la cellule engen- drée une substance vaccinée qui se répartira dans toutes les cellules du nouvel être ; « ce baptême séminal donnera à l'ensemble une immunité indéniable, quoique plus faible et plus irrégulière qu'à la suite de l'hérédité maternelle ». La transmission de l'immunité accuserait donc un fait d'hérédité cellulaire. Bien différente est l'opinion d'Ehrlich ^ le premier qui ait demandé à Texpérimenlation la solution de ce problème biolo- gique. Ehrlich étudie la transmission de l'immunité chez les animaux vaccinés contre certains poisons végétaux (abrine, ricine, robine) ou microbiens (tétanos), et à la suite de recherches, aussi remarquables par leur précision que par leur ingéniosité, il arrive aux conclusions suivantes : Le père ne communique jamais l'immunité à ses descen- dants ; la mère seule possède cette propriété. L'immunité des nouveau-nés n'a qu'une durée très passagère (3 à 4 semaines), et ne se transmet pas de génération en g-éné- ration. Elle résulte uniquement de l'apport passif de la substance antitoxique contenue dans l'organisme maternel: de là sa dispa- rition après l'élimination de cette substance. Ehrlich en a déduit que l'ovule et le spermatozoïde sont 1. Arloing, Les Vin/s, p, 284. •2. Ehrlich, De l'iiiimunité par l'hérédité et par l'allaitement. Zeîïsc/t, /. Ifyg., 189-2. B. XII. 68 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUll. incapables de transmettre l'immunité. Il ne saurait donc être question d'une immunité héréditaire au sens véritable du mot ; comme les autres propriétés acquises, l'immunité ne se transmet pas. C'est sur le terrain de l'expérimentation que Gharrin et Gley ' se sont placés pour infirmer les principales conclusions d'Ehrlich et étayer la théorie cellulaire de l'immunité hérédi- taire. « Quand, disent-ils, on accouple des lapins, le mâle seul étant vacciné contre le bacille pyocyanique, on peut voir dans des Ccis'assez rares l'immunité transmise aux descendants. Si cette transmission est inconstante, cette immunité des descen- dants est le plus souvent incomplète, peu profonde; néanmoins il y a là un attribut héréditaire du fait de cet élément mâle. » Et même des femelles normales fécondées par un mâle immunisé recueilleraient de ce fait un indéniable degré de résistance à l'infection, résistance dont la cellule paternelle serait le primum movem. L'immunité serait donc réellement héréditaire, et celte hérédité trouverait sa raison dans la transmission aux cellules sexuelles d'un attribut acquic par les cellules somatiques. Tizzoni et Centanni^ ont également conclu de leurs recher- ches sur la rage et le tétanos que le mâle peut transmettre l'immunité; celle-ci serait même, du moins pour le tétanos, plus durable que l'immunité dérivant de la mère. Dans un mémoire en collaboration avec Hiibener, Ehrlich ' a récemment fait une critique rigoureuse des travaux de Gharrin et Gley, Tizzoni et Centanni, et, par de nouvelles preuves empruntées à l'expérimentation sur le tétanos, il a confirmé ses précédentes conclusions, surtout en ce qui concerne l'incapacité du père à transmettre l'immunité*. En résumé, si l'aptitude de la mère à. transmettre l'immunité ne souffre aucune contestation, le rôle du père est l'objet d'un i. Chauiun el Gley, Comptes rendus. Septembre 1893. 2. Tizzoni et Centanni, Centralblatt. f. Dakter. T. XII f, n» 3. Deutsche med. Woch. 1892. ?>. KiiKUCH et HuBENER. SiiT l'hérédité de l'immunité contre le tétanos. Zeitsch. f. Hyg. 1894. 4. Ce mémoire était déjà, écrit lorsque nous avons eu connaissance d'un travail de E. Wernicke sur « l'hérédité de l'immunité expérimentalement conférée contre la dipthérie chez les cobayes ». Insl. d'Iujg. de l' Uiiioersité de Bei-lui, 189o. Les conclusions de l'auteur sont l'exacte confirmation de celles qui ont été lormulces par Ehrlich. HERKDITK DE L'IMiMUNlTE ACQUISE, 60 profond désaccord : Ehrlich le dénie pour ne l'avoir jamais constaté; Duc]aux,Arloing-, l'admettent théoriquement; Charrin et Giey, ïizzoni et Cenlanni le considèrent comme expérimenta- lement démontré. Delà, des opinions inconciliables sur la nature même du fait biologique. Pour les uns, l'immunité est réelle- ment héréditaire, et sa transmission résulte de la fixation dans les cellules sexuelles d'une propriété acquise par l'ascendant. Pour Ehrlich, il n'existe pas d'immunité héréditaire; celle que l'on constate chez les nouveau-nés relève d'un simple incident humoral, l'emprunt aux liquides maternels d'une substance dont l'élimination, prompte à se faire, explique la très courte durée de cette immunité. En raison de ces divergences, il était opportun de faire con- naître les recherches expérimentales que, depuis plusieurs années, nous avons poursuivies sur le sujet en litige; ces docu- ments auront peut-être un intérêt à l'heure oti l'étude de l'héré- dité semble devenir une question d'actualité. II Nos recherches ont porté sur les animaux immunisés contre le tétanos, le choléra, le charbon et la maladie produite parle vibrion avicide. Deux espèces animales ont été mises en expé- rience : le cobaye et le lapin pour le tétanos; le lapin pour le charbon; le cobaye pour le choléra et le vibrion avicide. Les procédés d'immunisation employés sont ceux qui ser- vent journellement dans les laboratoires pour la vaccination de ces rongeurs contre les maladies indiquées. a). — Tétanos : injections progressivement croissantes de toxine modifiée par l'iode, puis de toxine active. b). — Charbon : procédé décrit par Chamberland et Roux. c). — Choléra : injections progressivement croissantes de cultures chauffées à 100°. d). — Vibrion aridde : moculalion sous-cutanée de doses gra- duées de cultures virulentes. Dans un groupe de faits (tétanos, choléra) la vaccination a donc été obtenue par les produits solubles des microbes, et dans l'autre (charbon, vibrion avicide) par l'action des microbes vivants. 70 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. -ai Les animaux n'ont été accouplés qu'après avoir acquis un très haut degré d'immunisation. Durôle du père dans la transmission de V immunité. — A chaque type d'infection était attribué un lot de mâles dont l'immunité fortement accusée était entretenue avec soin. Ces mâles ont été accouplés aussi fréquemment que possible, et toujours avec des femelles normales, ce qui a permis d'obtenir de nombreuses lignées. Les auimaux issus de ces accouplements ont été éprou- vés à des époques variables après leur naissance, 5, 15, 20 jours, 1 ou 2 mois, avec la dose de toxine (tétanos) ou de virus stric- tement suffisante pour déterminer la mort des témoins. Les résultats de ces essais multipliés se résument très sim- plement. Quelle que soitfinimumsalion envisagée, jamais les animaux issus d'un père hfjpervacciné et d'une mère normale n'ont présenté un degré quelconque de résistance, si faible soit-il. Plusieurs fois les mères ont été soumises à l'épreuve en même temps que leurs produits; elles se sont comportées comme ces derniers. La concordance de ces résultats avec ceux d'Ehrlich paraît bien indiquer que l'inaptitude du père à transmettre l'immunité représente une vérité commune, sinon générale. Il importe de signaler que les mâles en expérience étaient tous hyper-immuni- sés par une vaccination lente et prolongée; l'invariabilité des constatations négatives n'en contraste que davantage avec l'ob- servation de Charrin et Gley sur l'immunité contre le bacille pyocyaniquG. Les 8 mâles dont parlent ces auteurs sont faible- ment immunisés (leur vaccination a consisté dans l'inoculation, en cinq jours, de 1 c. c. de culture, puis de deux doses successives de 5 c. c. de toxine); ces animaux sont éprouvés dans le cours du sixième mois, deux succombent. Malgré ces conditions moins favorables que les précédentes, Charrin et Gley obtiennent un résultat positif. Faut-il donc croire que l'immunisation contre le bacille pyocyanique se singularise par une particularité étran- gère aux autres immunisations étudiées jusqu'ici? A vrai dire, au témoignage même des auteurs, celte transmission d'origine pater- nelle est un fait rare, « inconstant, presque inouï n ; en outre, l'immunité des descendants est incomplète, peu marquée : sur 7 lapins de la mémo portée, 5 succombent à l'éprouve, 2 survi- HÉRÉDITÉ DE L'IMMUNITÉ ACQUISE. 71 vent. Aussi est-on conduit à se demander si la survie des deux animaux jugés réfractaires ne s'expliquerait point par cette inégalité naturelle de résistance que l'on rencontre chez des animaux de môme apparence à l'égard des doses faibles d'un virus ou d'un poison. Il semblera tout au moins qu'une expé- rience unique se présentant dans ces conditions ne suffit pas à imposer la réalité d'un fait que d'autres faits nombreux contre- disent. Du rôle de la mère. — Caractères gérirraux de Vimnnmité qu'elle transmet. — De nombreuses femelles hypervaccinées contre le tétanos (cobayes et lapins), le charbon (lapins), le choléra et le vibrion avicide (cobayes) ont été accouplées avec des mâles normaux; toutes ont invariablement communiqué à leur descendance Vimmunité dont elles étaient pourvues. Cette transmission ne se limite pas à la portée qui suit la vaccination; elle s'observe sur les portées subséquentes, longtemps même après la cessation des injections vaccinantes, c'est-à-dire tant que persiste l'immu- nité de la mère '. L'expérimentation sur le tétanos démontre combien peut être élevé le degré de l'immunité que reçoivent les rejetons : des cobayes âgés de 3 à 13 jours ont supporté des doses de toxine :200 à 4^'0 fois supérieures à la dose mortelle. Mais si accusée qu'elle soif, cette immunité paraît manifestement inférieure à celle du générateur. L'immunité n'est pas toujours égale chez les animaux d'une même portée; elle peut môme faire défaut chez un ou plusieurs d'entre eux. Charrin et Gley ont signalé le fait; nous l'avons 1. Un cobaye femelle est très forlement iamiunisé contre le tétanos en janvier et février IS'Jl ; ii partir de cette date il n'est plus fait d'injections vaccinantes. De mai !8'.)1 à mai 189i, cette femelle a fourni quatre portées. 1" Mai 18.J1.. ... ..... i petit? tous ont une forte immunité. 2» Août 1891 4 petits tous ont une forte immunité. 3" Décembre 1801 4 petits tous ont une forte immunité. 4" Mai 189'2 3 petil.s tous ont l'immunité, mais moins prononcée que les précédents; l'inoculation de la dose de toxine 3 fois supérieure à la dose mor- telle, a déterminé un léger tétanos. Une observation semblable a été faite à propos du charbon. Une lapine immunisée a eu di'ux portées au cours de l'année; les petits de l'une et de l'autre étaient réfractaires à l'infection. 72 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. plusieurs fois coastaté chez les descendants de mères immunisées contre le tétanos et le charbon. a). Charbon. — Une lapine fortement immunisée met bas 7 petits le 15 avril 1894. Le 22 mai, tous les jeunes sont éprouvés par l'inoculation sous-cutanée de 1/5 c. c. d'une culture en bouillon, en même temps que deux témoins. Les deux témoins meurent le 24 au malin. Un des jeunes lapins issus de mère réfractaire meurt charbonneux le 25.- les autres restent en bonne santé. b). Tétanos. — Une lapine hypervaccinée met bas 6 petits le 7 mai 4891. Deux d'entre eux sont éprouvés à l'âge de 1 mois et résistent. Les quatre autres sont éprouvés à l'âge de 2 mois avec une dose égale de toxine : deux résistent et deux meurent tétaniques. De même lorsqu'on éprouve le même jour et avec la même dose de toxine toute une portée de cobayes comprenant 3 ou 4 petits, on en trouve parfois qui résistent incomplètement ou même succombent, alors que les autres ne présentent aucun symptôme tétanique. Cette différence, et surtout cette absence d'immunisation chez quelques animaux de la même portée représentent un fait assez singulier. Tous les fœtus ne reçoivent-ils pas in utero ce quel- que chose qui confère l'immunité, ou bien l'ayant reçu, l'ont-ils rapidement perdu après la naissance? La première hypothèse n'est pas sans obscurité; la seconde cadre mieux avec nos con- naissances sur les influences capables de diminuer ou de sup- primer l'immunité chez celui qui en est pourvu. Ehrlich a fait ressortir le caractère fugace de l'immunité que transmettent les souris vaccinées contre les toxines végétales; sa durée n'excède pas le troisième mois. La même observation s'applique à diverses autres immunisations. L'immunité n'est jamais durable chez les descendants de mères vaccinées contre le tétanos. Très prononcée au cours des deux premiers mois qui suivent la naissance, elle décline ensuite pour disparaître du troisième au quatrième mois, rarement demeure-t-elle encore appréciable après ce délai. Et tandis que les jeunes ont déjà perdu leur résistance, la mère supporte sans dommage des doses élevées de toxine. Il en est de même pour le charbon. Une lapine immunisée contre le charbon met bas petits le 15 avril 1894. Ces animaux sont éprouvés à l'âge de 2 mois : 5 résistent, 1 succombe. Ceux qui survivent sont inoculés de nouveau deux mois après : tous meurent charbonneux avec un léger relard sur le témoin. HEREDITE DE L'BniUNlTE ACQUISE. 73 La même lemcUe met bas le 22 juillet 5 petits dont 2 seulement survivent. Ceux-ci sont éprouvés à l'âge de 20 jours el résistent. Ultérieu- rement ils sont soumis à une nouvelle épreuve, l'un à l'âge de 2 mois el demi, l'autre à l'âge de 5 mois, et tous deux meurent charbonneux. L'exemple est d'autant plus sigiiificalif que, du fait de la pre- mière épreuve, l'immunilc de ces animaux avait pu se trouver renforcée; elle n'en avait pas moins disparu du quatrième au cinquième mois. Des faits identiques s'observent à propos de l'immunité contre le vibrion avicide. Ainsi s'explique, comme le signale Ehrlich, que l'immunité dite héréditaire ne se transmette pas d'une génération à l'autre. Cependant, dans un cas unique il est vrai, nous avons constaté un degré marqué de résistance chez un cobaye de deuxième génération. Un cobaye femelle, né en août 1891 cVune mère immunisée contre le tétanos, met bas le 30 novembre 1891 deux petits dont un seul survit. Ce jeune cobaye est éprouvé à l'âge de un mois par une dose de toxine six fois supérieure à celle qui tue le témoin ; il présente un tétanos léger. On devait se demander si la vaccination de la mère au cours de la gestation, c'est-à-dire celle du fœtus pendant son déve- loppement, ne rendrait pas plus persistante l'immunité du reje- ton. Ehrlich vise cette question et cite une expérience oîi, après avoir continué à nourrir une souris avec de la ricine pendant la gestation, il vit les descendants conserver encore après quatre mois un haut degré de résistance à l'intoxication; mais l'auteur s'abstient de conclure de cette unique observation. Les expé- riences propres à élucider le fait sont difficiles à réaliser, parce que les femelles dont l'immunisation est commencée ou pour- suivie d'une manière un peu active, pendant la gestation, avortent très ordinairement. Cependant, sur deux lapines vaccinées dans ces conditions contre le tétanos, il nous a été permis de constater que l'immunité des jeunes n'était guère plus durable que précé- demment ; elle prenait fin du troisième au cinquième mois. a. — La vaccination d'un lapin femelle est commencée avant la fécon- dation et continuée pendant la gestation. Une partie de sa portée est éprouvée 1 et 2 mois après la naissance; à ce moment l'immunité des jeunes est complète. L'autre partie est éprouvée du 5e au 6« mois avec la dose minima de toxine; les animaux succombent alors que la mère résiste. 74 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. b. — La vaccination de ia mère est commencée avant la fécondation et poursuivie pendant la gestation. L'immunité des petits est déjà considé- rablement affaiblie 1j 67e jour après la naissance. La courte durée semble donc être l'attribut ordinaire de V immunité acquise in utero. Quelle différence avec celle que les animaux contractent après la naissance, même au début de la vie! Dans les expériences de Rickert sur la clavelée, les agneaux nés de mères vaccinées pendant la gestation se montrèrent réfractaires à l'âge de 30 ou 40 jours; éprouvés trois ans plus tard, tous con- tractèrent le claveau, tandis que des agneaux de même âge, issus de mères normales, mais vaccinés après la naissance, conser- vaient encore leur résistance au bout du même laps de temps. Pour expliquer celte fragilité de l'immunité acquise in utero, Ehrlich suppose que les tissus de l'embryon sont beaucoup moins sensibles que ceux de la mère aux produits microbiens. « Les expériences de Schreiber sur l'absence de toute réaction des nouveau-nés à la tuberculine, même à doses phénomé- nales, montrent, dit-il, que l'irritabilité de l'embryon vis-à-vis des produits microbiens peut être toute différente et beaucoup moindre que celle des organismes développés. Or, l'immunité résulte de la réaction du corps contre ces produits; du moment que l'irritabilité spécifique fait défaut, son effet, c'est-à-dire l'immunisation, manquera également chez l'embryon, bien que le même agent qui immunise la mère circule dans ses tissus. » Cette hypothèse rend assez bien compte du fait constaté. III GENÈSE ET NATURE DE l'iMMUNITÉ DFFE HÉRÉDITAIUE EXAMEN DES THÉORIES ÉMISES A CE SUJET A. — Théorie d' Ehrlich. Ehrlich dislingue deux sortes d'immunité. L'une, active, stable et persistante, traduit l'état d'un organisme qui est devenu a.pie h. produire une substance antitoxique ou bactéricide; c'est celle que la vaccination provoque chez la mère. L'amlre, passive, passagère, résulte de V introduction dans l'organisme d'une substance antitoxique ou bactéricide; le type en est fourni par la résistance transitoire que communique aux animaux l'injection HÉRÉDITÉ DE L'IMMUNITÉ ACQUISE. 75 d'un sérum aiilitoxique. Celte deuxième forme d'immunité est, d'après Ehrlich, la seule qui appartienne aux descendants d'une mère vaccinée. Son mécanisme se résume dès lors entièrement dans l'apport passif au rejeton des substances défensives préparées par la mère, apport passif qui commence in utero et se poursuit après la naissance par i'absorptiou de l'antitoxine contenue dans le lait maternel. Cette dernière notion est d'un vif intérêt; il ne sera pas inutile de rappeler comment et sur quels faits Ehrlich a été conduit à l'établir. Partant de l'hypothèse que les descendants d'un animal vac- ciné contre la ricine doivent l'état réfractaire à l'antidote mater- nel, cet auteur fut frappé de l'écart qui existe entre la durée habituelle de leur immunité (o à 8 semaines) et la durée toujours moindre de l'immunité produite par l'injection du sérum anlitoxi- que (34 à 39 jours). Aussi pensa-t-il que la provision d'antiricine reçue in utero ne suffisait pas à prolonger jusqu'à son terme ordi- naire l'immunitédu nouveau-né et(}uecetapportinitialdevaitètre renouvelé après la naissance. Le lait lui parut être le seul véhicule admissible de cette nouvelle dose d'antidote; de là ses expériences si ingénieuses sur les échanges de nourrices. Ehrlich féconde simultanément des souris normales et des souris immunisées contre l'abiine ou la ricine, puis, après la parturition, substitue une portée à l'autre; la portée normale est ainsi nourrie par une souris vaccinée, et inversement. Il constate alors que les petits issus de la mère normale acquièrent, du fait de l'allaitement par la souris vaccinée, une immunité très pro- noncée, leur permettant de supporter une dose de poison lia 40 fois supérieure à la quantité mortelle, tandis que les rejetons de la mère immunisée, nourris par une mère normale, perdent un degré notable de leur résistance. Le lait de la mère vaccinée apporte donc de l'antidote au nourrisson, et c'est l'inQuence de Tallailement qui prolonge la durée de l'état réfractaire. A ces expériences s'en ajoutent d'autres sur le tétanos et le rouget. Une souris normale, quia mis bas depuis 10 jours, reçoit du sérum provenant d'un lapin immunisé contre le tétanos; 10 jours après, les petits résistent à des doses élevées de toxine aussi bien qu'à l'inoculation du virus. Une souris nourrice est immunisée contre le rouget par l'inoculation de cultures faibles ; 21 jours plus lard la mère et les petits sont éprouvés : tous 76 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. résistent, tandis que les témoins meurent le troisième jour. Ehrlich en a déduit que des deux facteurs en jeu dans la g-enèse de l'immunité héréditaire, saturation fœtale et immuni- sation par l'allailement, le second joue un rôle beaucoup plus grand que le premier. Sa part est si marquée et son efficacité si prompte que, pour immuniser des souris contre le tétanos, il suffit de les faire allaiter pendant 72 ou 48 heures par une mère à laquelle on a injecté du sérum anti-tétanique. Cette théorie de l'immunité héréditaire est-elle aussi générale que l'admet son auteur? Pour en juger utilement, il convient d'établir des catégories dans les faits, car tous ne sont pas iden- tiques. Envisageons d'abord le groupe des cas plus particulièrement étudiés par Ehrlich, dans lesquels l'immunisation contre la ma- ladie détermine la formation d'une substance antiloxique. Le tétanos en est le type; il peut aussi servir de critérium. Le sang des animaiLr issus d'une mère immunisée contre le tétanos est-il antitoxique? — Ehrlich l'admet implicitement, sans en fournir la preuve. Nous avons plusieurs fois examiné à ce point de vue le sang de jeunes lapins nés de mères vaccinées et nourris, soit par ces dernières, soit par des femelles normales. Cette recherche a été faite vers l'âge de 2 mois, avant l'épreuve de l'immunité, en prenant comme mesure de la propriété anti- toxique la proportion de sérum nécessaire pour rendre inoffen- sive une quantité déterminée de toxine tétanique. Le plus souvent le sang de ces jeunes lapins a présenté un pouvoir anlitoxique évident, parfois même très marqué, mais toujours de beaucoup inférieur à celui du sang maternel. Quelquefois cette propriété était nulle, ou si faible qu'on devait douter de son existence; mais alors il suffisait de procéder à l'épreuve des animaux (injection de 1 c. c. de toxine), pour lui donner aussitôt une haute accentuation'. Dans un cas, unique il est vrai, le sang présentait encore 1. Ce fait est analogue à celui que l'on observe chez les lapins immunisés par des inoculations, sous la peau de la queue, de faibles quantités de spores tétani- ques additionnées d'acide lactique. Après 4- ou 5 injections de ce genre, les ani- maux résistent aux doses de toxine qui tuent les témoins. Avant Fépreuve, leur sang ne présente presque jamais de propriété antitoxique appréciable; après l'épreuve, cette propriété devient très accusée: il a sulfi d'une injection modérée de toxine pour la faire apparaître. HEREDITE DE L'IMMUNITE ACQUISE. 77 six mois après la naissance un pouvoir antitoxique évident, mais très modéré ; l'animal qui le fournissait succomba néanmoins à l'inoculation d'une dose moyenne de toxine. L'antitoxicilé du sang est donc fréquente chez les lapias issus de mères vaccinées, mais elle n'est pas constante. D'autre part des lapins dont le sérum ne semble pas antitoxique résistent au poison tétanique; d'autres dont le sérum est légèrement anti- toxique succombent sous l'action de faibles doses. II en découle apparemment que le pouvoir antiloxique des humeurs ne représente pas la condition essentielle de l'immunité des rejetom, puisqu'il peut [aire défaut chez des sujets reconnus réfractaires ou exister chez d'autres qui ne le sont pas. Quelle est la part de l'allaitement dans r immunisation des nouveau-nés? — Son rôle serait prépondérant d'après Ehrlich. Les expériences sur lesquelles est basée cette opinion sembleront décisives ; mais elles ont porté uniquement sur la souris et l'on devait se demander si les résultats ainsi acquis s'appliquent sans distinction à toutes les espèces animales. Nos recherches de contrôle ont visé exclusivement le tétanos. Le passage de l'antitoxine tétanique dans le lait des femelles immunisées est un fait vrai, constant et facile à vériiier sur toutes les espèces animales, souris, cobaye, lapin, etc. 11 suffit, en outre, comme l'a dit Ehrlich, d'injecter du sérum antiloxique à une *o;I Préparateur à l'IiistiUit impérial û„ bactériologie de Goiistanlinople. Au cours de la poussée épidémique qui a sévi à Constanti- nople, de décembre 1894 à mars 1895, nous avons eu l'occasion d'isoler, des selles d'un malade, un vibrion qui diffère de tous ceux rencontrés ici depuis 1893. Il s'agit d'un individu transporté à l'hôpital de la Marine le 22 janvier 1893, et qui mourut le jour même après avoir rendu des selles riziformes caractéristiques. Ces selles, examinées au microscope, montraient de nombreux vibrions à côté des coli- bacilles et de fins spirilles. En ensemençant une dilution des déjections par stries sur des tubes de gélose, nous avons isolé un organisme en virgule qui offre des caractères tout à fait anor- maux. Le fait est d'autant plus surprenant que les vibrions étudiés depuis 1893 jusqu'à cette année se sont montrés constam- ment identiques au vibrion type de Koch. Nous mettrons en parallèle les deux espèces vibrionniennes. Vibrion de Constantinople. (189.3-94-9.5-90) Forme courte. Monocilié. Dans les plaques de gélatine, cul- ture visible au microscope après 24 heures, sous forme d'un petit amas granuleux à bords irrégulièrement circulaires. Puis liquéfaction du mi- lieu suivant le type connu. Dans la gélatine par piqûre, bulle d'air après 24 heures, disparaissant du 5e au 6e jour. La liquéfaction se continue pro- gressivement. Vibrion anormal. (22 janvier 1895.) Forme longue. Multicilié (4 cils au maximum). Dans les plaques de gélatine, cul- ture offrant au microscope le même aspect après "21 heures . Mais pas de liquéfaction ultérieure. Pas de liquéfaction. Culture par piqûre dans la gélatine rappelant celle du pneuinobacille. Brunit un peu à la longue. A'IBHION CHOLKlilOUE ANORM.VL. 93 Couche brun clair sur pomme de Gouclie brun foncé sur pomme de terre. terre. Coagule le lait. Ne coagule pas le lait. Voile mince sur le bouillon et l'eau peptonisée. Pas de i*ëaction indol-nitreuse. Non pathogène. Voile épais sur le bouillon et l'eau peptonisée. Héaction indol-nitreuse. Vibrion pathogène pour le cobaye et souvent pour le pigeon (dans le péritoine). Donne le phénomène de Pfeffer. Donne le choléra expérimental aux jeunes lapins (Metchnikoff). Avons-nous affaire à une anomalie du vibrion cholérique ou à une espèce dislincte ? Il est impossible de le savoir exactement. Pendant les jours qui ont précédé et suivi l'isolement de ce vibrion, nous avons trouvé constamment dans les selles de nombreux malades des vibrions tout à fait typiques. D'autre part, cet échantillon anormal provenait d'un cas caractéristique de choléra. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que, dans les eaux, il nous est arrivé de rencontrer plusieurs fois des vibrions analo- gues, n'en différant que par l'existence de la réaction indol- nitreuse. Les mêmes causes adjuvantes qui rendent le vibrion cholérique jialhogène pour l'homme (microbes favorisants de M. Metchnikoff) ne pourraient-elles pas, à la même époque, avoir rendu un vibrion des eaux pareillement nuisible? NicHAN Tagh, janvier 1896. m ummm mmmw a institut pasteur m im Par Henri POITEVIN I Pendant l'année 1895, 1,523 personnes ont subi le traite- ment à l'Institut Pasteur: 5 sont mortes de la rage; chez 3 d'entre elles, les premiers symptômes se sont manifestés moins de quinze jours après la dernière inoculation. Une per- sonne a été prise de rage au cours des inoculations, elle n'est pas comptée au nombre des personnes traitées. Nous avons donc : Personnes traitées 1 . 520 Morts 1' Mortalité 0,13 Dans le tableau suivant, ces chiffres ont été rapprochés de ceux fournis par les statistiques des années précédentes. *. .Vnm'L's. Personnes traitées. iMorts. Mortalité 0/0, •1880 2671 25 0,94 '18H7 1770 14 0,79 1888 1622 9 0,55 1889 1830 7 0,38 18'.»0 1340 .5 0,32 1891 1.559 4 0,2o 189-2 1790 4 0,22 1893 16iS 6 0,36 1894 1387 7 0,50 189:; 1320 2 0.13 II Les personnes traitées à l'Institut Pasteur sont divisées en trois catégories correspondant aux tableaux suivants : LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES. 98 Tableau A. — La rage de l'animal mordeur a été expérimen- talement constatée par le développement de la rage chez des animaux inoculés avec son bulbe. Tableau B. — La rage de l'animal mordeur a été constatée par examen vétérinaire. Tableau C. — L'animal mordeur est suspect de rage. Nous donnons ci-dessous les résultats détaillés pour 1895. Tableau A.... Tableau B . . . . Tableau G . . . . MORSBRIS A H TETE Traités. Morts. Mortalité. 18 108 30 l.nlj MORSURES m MAINS Traités. Morts. Mortiiite. 62 212 82',l 1 0,18 1 0.12 MûRSl'RES m HHBRES Traités. Morts. Mortalité. 4-2 280 207 1 0.35 1 O.IS TOT.\UX Traités. Morts. Mortalité. 122 949 2 0,21 449 i20 9 o,i:! m Au point de vue de leur nationalité, les 1,520 personnes traitées en 1895 se répartissent de la façon suivante : Angleterre. Belgique . . Egypte. . . . Espagne 11 73 H(jllanile ... 6 Indes Anglaises.. . 20 2 11 Suisse Turquie . . . . 3.-; 2 Grèee. soit 257 étrangers et 1,263 Français. Nous donnons ci-après la répartition par départements des 1,263 Français. 96 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUIl. Ain 13 Loiret ... 1 Aisne ..... 13 Lot 16 Allier 1 Lot-et-Garonne 12 Alpes (Basses-) Alpes (Hautes-) Alpes-Maritimes Lozère .... G Maine-et-Loire 9 Manche <3 Alffer. . . . Marne 1 Ardèche. 4 Marne (Haute-) 2 Artlennes 1 Mayenne ... . ... . . . 1 Ariège 18 Meurthe-et-Moselle. ... Aube \ Meuse 1 Aude 6 Morbihan 9 Avevron. 19 Nièvre . 9 Bouches-du-Rhône. ..... Calvados .... 7 Nord 4 Oise . . .. 6 Cantal. 17 Oran.. . . . . . " Charente . . ..... 6 Orne 11 Charente-InlV'rii'ui'i' 20 Pas-de-Calais 20 Cher . 1 Puy-de-Dôme . . .. 1 Constantine Pyrénées (Basses-) Pyrénées (Hautes-).. Pyrénées-Orientales 20 ...... 6 .. .. 16 Gorrèze 12 Corse. . . ..... Û Côte-d'Or 1 Rhin (Haut-) Côt(^s-du-Niird 2.") Rhône 152 Creuse 1 Saône (Haute-) 1 Dordogne 23 Saône-et-Loire. 4 Doubs : Drônie . . 25 Sarthe SaAoie . . . . 8 Eure 4 Savoie (Haute-) Seine. 359 Eure-et-Loir . . . Finistère ..... 22 Seine-et-Marne Seine-et-Oise ...... 12 ... 62 Gard ... 4 Garonne (Haute-). Gers .... '25 10 Seine-Inférieure. 52 Sèvres (Deux-) Somme 7 10 Girond(^ . . . . . . 22 Hérault. . . 29 Tarn ... . 3 Ill«-(i|.Vilaine 8 Tarn-et-Garonne l(i Indre. . . 1 Tunisie.. Indre-et-Loire l Var. Vaucluse . 1 Isère Jura 07 1 Vendée Landes ... 24 Vienne (J Loir-et-Cher 2 Vienne (Haute-). Vosp;es o o Loire 13 Loire (Haute-) Loire-Inl'èrieure. . 3 5 Yonne 3 SUR L'EXISTENCE DANS LA NATURE D'UN VIRUS RABIQUE RENFORCÉ Par le D-' Alphonse CALABRESE Préparateur à l'Institut et à la Clinique. (Travail de l'Institut antirabique de Naples, dirigé par le Professeur Cardarelli.) On sait que le virus rabique peut changer de virulence par Je passage au travers de certaines espèces d'animaux, s'atténuer, par exemple, par passage au travers du singe (Pasteur ') ou par le chien (Celliet Marino Zuco ^); s'exalter, au contraire, par pas- sage au travers du cobaye ou du lapin (Pasteur % Hôgyes*), ou au travers du chat (de Blasi et Russo-Travali ^). De là, la dis- tinction entre le virus des rues, ou virus des chiens errants, et le virus fixe, ou virus de laboratoire : le premier donnant la rage en 15 à 18 jours à des lapins de moyenne taille, inoculés dans l'œil ou par trépanation; le virus fixe déterminant la rage en 7 jours chez le lapin, en 4 à 5 jours chez le cobaye. Cette distinction n'est pas absolue. On s'est aperçu, en effet, que le virus des rues est de virulence très variable. Voici, en effet, un tableau qui donne la période d'incubation rabique de 280 lapins qu'on a inoculés ici depuis la fondation de l'Institut jusqu'à aujourd'hui, avec du virus des rues, pour faire le diag- nostic de la rage chez divers animaux. On n'a fait figurer dans ce tableau que les cas non douteux, c'est-à-dire ceux où l'expé- rience de contrôle avait bien montré que le lapin inoculé était mort rabique. 1. Acad. des Sciences, 19 mai 1884. 2. Annali delV Istituto d'Igiene sper. délia R. Univ. di Roma, t. II, nouv. série, fasc. 1. 3. Acad. d. Sciences, février 1884. 4. Annales de Vlnstilut Pasteur, t. II, n" 3. 5. Giornale d. R. Accad. di medicina di Torino, XLII, fasc. 4 et 5. 98 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. * NOMBRE DE JOURS D INCUBATION du viRDs 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 30 32 33 TOTAL Chien .1 f, G 4 10 20 24 36 28 25 16 15 7 b (i 10 5 5 2 1 3 3 2 2 i 244 Chat. , . . . . » 1 » I) » » )) 6 3 5 » 2 » » » » » » n >) 1 Porc » » » » » » » 3 » 2 1 » » I » >i 11 11 » » 11 Mouton .... i> 1 )) i> » 1) 1) 1) 1) » » >i >i 1) 11 1) i> 11 11 • 11 11 Ane » » » » » >i 2 11 d )) » 1 11 1 11 11 )i 11 11 i> 11 Génisse. ... » » » >> » » » » 1 1 » » n » » i> » » » » n Loup >i » » » » 1 » » » » » 11 » 11 1) » » » Il 11 i> Homme. ... n >i >' » » » >^ » 2 » îi » » » i> » » >i u « n » » » lï » » « ï 1) 1) 11 i 1> 11 11 o 1) 11 i> a >i i> » 1 -7 11 »> 11 Somme... 3 7 i 10 21 20 45 35 33 17 18 7 7 10 5 5 2 1 4 3 2" 2", r~2'sÔ' Oa voit dans ce tableau que la période d'iacubation du virus de rueavariéde 7 à 33 jours '. Cellede 14jours estlaplus fréquente. On a fait avec soin le contrôle pour les incubations les plus longues et pour les plus courtes, en s'entouranl des précautions nécessaires pour éviter toute espèce de doute au sujet du résultat. Le virus le plus lent a conservé sa période d'incubation dans le lapin de contrôle, ou ne l'a diminuée que de 1 à 5 jours. Les incubations les plus courtes se sont retrouvées pareilles dans le lapia de contrôle. Il n'y a eu exception que pour deux cas ; 1° Un lapin de taille moyenne, inoculé le 29 août 1888, avec le bulbe d'un chien suspect de rage, est mort le 9" jour et a servi à inoculer un autre lapin qui est mort seulement après 15 jours; 2" Un gros lapin, inoculé le 16 juillet 1895, avec le bulbe d'un chien, est mort en 8 jours, et son lapin de contrôle au bout de . 20 jours seulement. Sauf ces deux exceptions, la période d'incubation n'a pas changé sensiblement, de sorte que l'on peut assurer qu'il y a des virus de rue aussi virulents que le virus fixe. Bordoni-Uffreduzzi, qui a appelé en 1889 (/. c.) l'attention sur ce fait, a inoculé des lapins avec le bulbe d'un homme mort de rage paralytique, et a obtenu la mort en 8 jours dans quatre pas- sages consécutifs. Il conclut qu'il y a dans la nature des virus renforcés par des voies encore inconnues. J'ai retrouvé cette année deux cas de très courte incubation, qui figurent au tableau ci-dessus : le premier se rapporte à un ' mouton d'Ottaïano (Naples), mort avec des symptômes rabiques une vingtaine de jours après avoir été mordu par un chien suspect et mordeur. Les lapins inoculés avec le bulbe de ce mouton sont tous morts le 8^ jour. Le second cas se rapporte à i. Bordoni-Uffreduzzi {La rabhia canina e la cura Pasteur, Turin, 1889) a vu une période de 203 jours d'incubation chez un lapin. VIRUS RENFORCE NATUREL. 99 un chien de S. Cipriano Picentino (Saleriie), abattu parce qu'il avait mordu des personnes et des animaux ; les lapins ino- culés avec son bulbe sont morts en 7 jours. Dès que j'ai été en possession du l*''" cas, je me suis proposé de rechercher si ce virus renforcé par des voies natu- relles ressemblait au virus de laboratoire pour sa stabilité, ou bien si sa virulence était accidentelle et contingente. J'ai donc cherché comment se comportaient ces deux virus actifs : 1° par passage en série sur le lapin; 2° vis-à-vis d'autres animaux; 3° vis-à-vis des agents externes. 1° Passages par le lapin. Le virus de laboratoire est fixe. Le nôtre, qui en est à son 450^ passage depuis qu'il est sorti du laboratoire de Pasteur, rend le lapin rabique à la fin du S^ ou au commencement du 6^ jour. J'ai cherché si les deux virus naturels se comportaient de même. Par prudence, j'ai inoculé à chaque passage deux ani- maux. Je ne cite que celui qui est mort le plus vite etqui a servi, par suite, à faire le passage suivant. MOUTON DOTTAL\xNO CHIEN DE S. CIPRIANO N. de jouis Durée d'inmliation. de la survie. 7 9 7 9 ti 8 7 8 Numéro Poids dulapiu N. de jours Durée Poids du la du passage. en kilog. d'incubal tien. de la survie. en kilog 1 1.890 S 10 1.340 2 1.730 8 11 1.280 •A 1.380 8 9 1.720 i 1.340 8 10 1.580 3 1.283 7 10 1.340 6 1.110 7 10 l.o30 7 1.935 8 9 1.680 8 1.630 8 10 1.363 9 1.320 7 9 J.980 10 1.8«0 8 10 1.720 H 1.330 8 11 1.630 12 1.480 7 10 1.340 13 1.360 7 9 1.270 w 1.920 8 10 1.520 15 1.890 7 9 1.280 16 1.720 8 10 1 . 640 17 1.680 8 10 1.740 18 1.43a 7 9 1.960 19 1.270 9 1.725 20 1.423 8 10 1.330 21 1.270 8 10. 1.280 22 1.470 8 10 1.8i0 23 1.52a 8 10 1.320 24 1.630 8 10 1.123 25 Oit interrompt la série. 1.533 26 1.230 27 1.345 28 1.790 / 9 6 9 6 8 6 -8 7 9 7 9 7 10 i; 8 (■> 8 6 8 6 9 7 10 7 9 7 9 7 9 6 8 7 8 7 9 7 10 7 8 6 8 7 9 7 9 6 9 Oh interrompt la série. 400 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR On voit que ces deux virus se comportent comme des virus fixes par passage au travers du lapin. [I eût été intéressant de poursuivre la série : les ressources dont nous disposons ne me Font pas permis. 2° Action sur d'autres animaux. La moelle du mouton d'Ottaïano, conservée 12 jours dans la glycérine, m'a servi à inoculer : 1° Deux chiens (4^,200 et .^^800), morts le 13« et le 16« jour; 2" Deux cobayes (480 grammes et 650 grammes), morts le 7« et Je 8" jour; 3" Un lapin de contrôle, pesant 1,780 grammes, mort en 8 jours. La moelle du chien de S. Cipriano, conservée 10 jours dans la glycérine, a servi à inoculer : 1° Deux chiens de 6S4.^i0 et 4is200, morts le 16'^ et le 14*" jour; 2^ Deux cobayes de 540 grammes et 525 grammes, morts le 5*' et le 6'' jour; 3° Un lapin de contrôle, pesant 1,760 grammes, mort le 7« jour. Ces deux virus se comportent donc vis-à-vis des animaux comme le virus renforcé de laboratoire, 3*^ Résistance aux agents extérieurs. Je me suis contenté d'étudier la résistance à la dessiccation, à la chaleur, et à quelques agents chimiques (sublimé et acide phénique). Toutes les notions qu'on a à ce sujet ne concernent que le virus fixe. On sait que la dessiccation des moelles ne commence à produire son effet que le second jour, et finit par supprimer la virulence le 12« jour. Babès ' est le seul à avoir constaté des résultats positifs en inoculant une moelle de 14 jours. Quant à l'action de la chaleur, Celli - a vu que le virus était détruit, après 30 minutes, à 100"; ou après une heure, entre 50'^ et 60"; ou après 24 heures, à 45°; tandis que Babès =• trouve qu'il -1. VirchotP's Archiv., 1887, t. CX. 2. Bollettino d. B. ace. med. di Roma, 1886-87, f. VIII. 3. Journal des connaismaceS médicales, 1887. VIRUS RENFORCÉ NATUREL. 101 suffit pour cela de 1 minute à 65°, 3 minutes à 60", o minutes à 38" et 60 minutes à 40". De Blasi et Russo-ïravali ' ont vu qu'à robscurUé, une émulsion de moelle devient inactive après 96 heures à 35°, 66 heures à 40°, 20 heures à 43", 4 heures à 30", 1 h. 20 min. à 53", tandis qu'à la lumière diffuse il faut 60 heures à 33", 36 heures à 40", 18 heures à 43", 3 heures à 30", et 20 minutes a oo". Au sujet des agents chimiques, Celli (/. c.) a vu que le suhlimé à 1 100,000 détruit instantanément l'activité du virus. Babès trouve qu'il faut pour cela 3 heures au sublimé à 1/1,000, ou à l'acide phénique à 1/100. De Blasi et Russo-Travali ' disent que le virus est détruit en 30 minutes par l'acide phénique à 3 0/0, en 1 heure par l'acide à 3 0/0, en 2 heures par l'acide à 2 0/0. Aucune de ces recherches ne se rapporte au virus de la rage des rues ; c'est pourquoi j'ai dû faire des essais préliminaires sur un virus des rues, que l'on peut considérer comme typique, provenant d'un chien de Minori (Salerne), dont le bulbe donnait aux lapins une période d'incubation de 18 jours. Je l'ai étudié comparativement au virus fixe de l'Institut, dont la période d'incubation est de 3 à 6 jours. Pour étudier l'intluence de la dessiccation, j'ai employé le système Pasteur pour la conservation des moelles dans un flacon en présence de la potasse caustique, à 20'\ Il y a là, intervenant, d'autres influences (chaleur, lumière, oxygène), que j'ai laissées confondues avec la première dans mon expérience de comparaison. Tous les deux jours, on émulsionnait un fragment des moelles, et on l'inoculait par trépanation à deux lapins. Voici les résultats. La lettre R signifie que le lapin inoculé avec la moelle desséchée a résisté, après une période d'observation de 40 jours pour le virus fixe, de 3 mois pour le virus de rue. On a fait l'expérience de contrôle, au sujet de la mort rabique des lapins inoculés, toutes les fois que cela a paru nécessaire. Durée de la dessiccation, en jours. 2 3 4 6 7 8 9 10 12 U Durée , ' Virus fixe 10 » 13 » 19 » 2-2 B R R de la survie, 1 Virus de rue. . . . )) 25 » 33 44 R R R R » » en jours, 1 Virus d'OUaïano. U » 17 » 16 » 2d » 38 R R avec le 1 L V. de S.Cipriano. » IS » 19 » 20 )) 30 R R » 1. Ri forma medica, avril 1889. 2. Bollett. d. Soc. d'Igiene di Palermo, n»» U et 12, 1889. 102 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Pour étudier l'action de la chaleur, j'ai fait des émulsions de 1 c. de longueur de la moelle avec environ 2 c. c. dVau, et après avoir entouré les verres d'un papier noir, je les mettais, l'un dansl'étuve à 35'^ qui nous sert aux cultures de diphtérie, etTautra dans une étuve à S5°. Au bout de temps vaiiés de séjour, on étudiait la virulence par inoculation intra-crâuienne. Voici les résultats : Durée du séj( 4 jur à 35» Durée du à 00 séjour 0_ / Virus fixe 24 h. » 48 h. 72 h. 96 h. 120 h. 30' 10 Ih. 21 1 h. 30' Durée 20 31 R R R de la survie, \ Virus de rue. . . . 28 36 R R )) 2-2 R R en lours, ) Virus d'Otlaïano. 12 20 28 R » 14 R R avec le [ V. de S. Gipriano. 13 27 41 R » 17 29 R Enfin, pour étudier l'action de l'acide phénique à 1 0/0 et du sublimé à 1/10,000, j'émulsionnais directement le fragment de moelle dans des solutions à ces litres. De plus, au lieu d'injecter ces émulsions dans le péritoine comme le faisaient mes prédé- cesseurs, j'ai inoculé sous la dure-mère; je me suis assuré au préalable, par des expériences multipliées, qu'on peut inoculer impunément sous les méninges 5 à 8 gouttes de ces solutions, c'est-à-dire la quantité employée dans les inoculations intra-crâ- niennes. Voici, comme précédemment, mes résultats : Durée de contact, avec Acide phénique à 1 p. 100. Sublimé corrosif à i p. 10,000. 30' Ih. 2 h. 2h.3u' 3 h. 4 h. Ih. 2h. 3h. 4h » 12 23 » R 24 R R ). R » 21 28 R R R R » 10 13 28 R 33 R R n 13 20 R » Durée / Virus fixe de la survie, I Virus de rue.... en jours, i Virus d'Oltaïano. avec le ( V. de S. Gipriano. « 13 25 » R » 21 30 R » Pour toutes ces expériences sur l'action des agents externes, je me suis servi, non des fragments de moelle conservés dans la glycérine, qui ne m'auraient pas suffi, mais de la moelle de chiens inoculés sous la dure-mère soit avec les 2 virus à l'étude, soit avec le virus de la rage des rues (chien de Minori) ; je n'ai pas voulu me servir de moelles de lapin, de peur que ce passage n'ait suffi à renfoncer la virulence. On voit que le virus du mouton d'Oltaïano et le virus du chien de S. Gipriano se rapprochent plus du virus fixe que du virus de rue, à quelque point de vue qu'on les envisage. Ils se sont mon- VIRUS RENFORCE NATUREL. 103 très, comme le virus fixe, virulents jusqu'au 10*' jour de dessicca- tion, subissant à peu près de la même façon que ce virus l'in- fluence de la chaleur et celle des antiseptiques. Au sujet du virus du mouton d'Ottaïano, on pourrait se deman- der siTorganisme du mouton n'a pas contribué àrenforcer le virus du chien qui avait mordu ce mouton une vingtaine de jours auparavant. J'ai cherché à me débarrasser de ce doute en inocu- lant le virus typique de rage des rues, emprunté à mon chien de Minori, à un t^ès beau mouton pesant 22 ^, 300. Seize jours après l'infection intra- oculaire, le mouton ne buvait plus, man- g-eaitpeu, grinçait des dents, cherchait à donner des coups de corne, et avait pris une voix étrange. Puis la paralysie commença par le train postérieur, gagna tout le corps, et l'animal mourut au bout de 18 jours, c'est-à-dire comme l'aurait fait un lapin inoculé avec la même moelle. Deux lapins irioculés avec le bulbe de ce mouton moururent, l'un (l,o00 gr.) en 18 jours, l'autre (1,890 gr.) en 20 jours. La bulbe du premier lapin a servi à inoculer deux autres (1,560 gr. et 1,630 gr.), qui donnèrent tous deux des signes de rage au bout de 17 jours. On voit donc que l'organisme du mouton est inca- pable, au moins par un passage, de modifier la virulence du virus de la rage des rues. Il faut donc conclure qu'il existe, dans la nature, des virus présentant tous les caractères du virus artificiellement renforcé. D'où viennent ces variations de virulence, on l'ignore. Pour l'atté- . nuatiou, on peut invoquer l'hypothèse de nombreux passages par le chien, en se basant sur les résultats expérimentaux de Celli et Marino Zuco (l. c). Pour le renforcement, comme le cobaye et le lapin ne sont pas des agents naturels de transmission, on pourrait invoquer le loup dont le virus a une activité spéciale, ou le chat, qui renforce naturellement le virus, comme l'ont montré de Blasi et Kusso-Travali. Mais ce ne sont là que des conjectures. Il me suffit d'avoir démontré expérimentalement qu'on peut trouver dans la nature des cas de virus stable et virulent à l'égal du virus fixe des laboratoires. Je termine en remerciant de sa bienveillance et de ses pré- cieux conseils mon maître, M. le professeur Cardarelli, directeur de l'Institut. Naples, 31 décembre 1895. RECHEROHES SUR LA PHAGOCYTOSE Par le D>- Jules* BORDEÏ Préparateur à l'Institut Pasteur. (Travail du Laboratoire de M. Metchnikoff.) ' • Les propriétés que les leucocytes mettent en jeu pour effec- tuer la phagocytose et combattre les parasites microbiens ont fait l'objet de nombreux travaux. On sait que les globules blancs sont capables d'englober les microbes, et que l'accomplissement de cette fonction phagocytaire est grandement facilité par la sensibilité des leucocytes vis-à-vis du contact et des substances chimiques sécrétées par les microbes. On sait qu'ils sont doués d'un pouvoir bactéricide très manifeste, capable d'anéantir les microbes dont ils se sont emparés. Les matières microbicides des phagocytes peuvent même, lorsque ces cellules souffrent ou ont été retirées de l'organisme, se diffuser dans le milieu ambiant : c'est ainsi que le pouvoir antiseptique du sérum peut être regardé comme l'émanation de celui des leucocytes. Les faits essentiels qui servent de base à la théorie d'après laquelle l'immunité est due, pour la plus grande part au moins, au fonctionnement régulier de la phagocytose, sont aujourd'hui presque universellement acceptés. Il est cependant quelques points sur lesquels l'accord ne s'est point encore fait. Le rôle de la chimiotaxie dans l'infection et l'immunité a été récemment mis en doute. D'autre part, les altérations que les microbes présentent à l'intérieur des phagocytes méritent d'être étudiées avec de nouveaux détails, d'autant plus qu'en ces derniers temps, divers observateurs ont reconnu que certains microbes subissent, au contact des substances bactéricides de l'organisme, des modifications morphologiques extrêmement intéressantes. Cette question fera avec la chimiotaxie des leucocytes, et parti- culièrement la chimiotaxie négative, l'objet des lignes qui vont suivre. Dans un prochain article, nous reprendrons la question de l'influence des leucocytes sur les propriétés actives du sérum, RECHERCHES SUR LA PHAGOCYTOSE. 105 pour faire suite au mémoire publié en juin 189S dans ces Annales. I. — Phénomènes de chimiotaxie dans f infection streptococcique par voie péritonéale. Sélection par les phagocytes. L'infection streptococcique des cobayes par voie péritonéale permet d'étudier facilement des phénomènes de chimiotaxie intéressants. Décrivons rapidement cette infection. Le streptocoque employé est très virulent ; il nous a été obligeamment fourni par M. Marmorek '. Des doses très faibles de ce microbe tuent les lapins ; les cobayes sont plus résistants, mais succombent cependant à l'injection de doses encore légères. Signalons que le sérum de cobaye n'est pas bactéricide pour le streptocoque, pas plus que le sérum de lapin. Si l'on injecte à un cobaye, dans le péritoine, une forte dose du virus, 3 à 5 dixièmes de c. c. par exemple, d'une jeune culture en bouillon additionné de liquide d'ascite, voici ce qu'on observe : Rapidement, on trouve que quelques microbessont déjà conte- nus dans l'intérieur des phagocytes, d'ailleurs peu nombreux au début. Au bout d'une heure, les leucocytes polynucléaires appa- raissent, mais ils sont encore rares ; on trouve néanmoins que bon nombre d'entre eux englobent des microbes ; le nombre de ces phagocytes augmente ensuite rapidement jusqu'à devenir bientôt considérable. Au bout de trois heures, on trouve que les cellules sont de beaucoup plus nombreuses qu'il ne faudrait pjour englober tous les microbes présents dans. Vexsudat. La quan- tité des microbes injectés est du reste peu considérable, et ces microbes n'ont pas encore eu le temps de se multiplier abon- damment. Toutefois, si grand que soit le nombre des phagocytes, on trouve dans le liquide ambiant des microbes qui n'ont pas été englobés. Alors commence une seconde phase de l'infection. Les microbes non englobés se multiplient et donnent naissance à de nouveaux individus qui se distinguent en ce qu'ils sont petits, presque toujours groupés en diplocoques, plus rarement •1. A. M.\RMOREK, Le streptocoque et le sérum antistreptococcique. de?, Annales , juin 1895. 106 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUK. en chaînettes courtes, et entourés d'une auréole peu colorable, légèrement teintée parl'éosine, ou qui, dans la coloration simple par le bleu de méthyle phéniqué, roug-it un peu le réactif et se teint en rose violacé pâle '. Au bout de six heures environ, l'exsudat se trouve contenir à la fois un nombre très grand de microbes et de phagocytes. Mais ces phagocytes sont presque tous vicies. L'etiglobement du virus, observable au début, ne se produit plus du tout. Le fait est d'autant plus surprenant que microbes et phagocytes doivent se trouver incessamment en contact : à elle seule, la sensibilité au contact que possèdent les phagocytes devrait, semble-t-il, déter- miner la phagocytose. Les leucocytes ne sont point paralysés, au contraire, ils présentent des mouvements en tous sens d'une remarquable activité, ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'exa- men à 37°. Ici intervient un facteur important, la chimiolaxie négative, et nous insistons sur ce point, parce que le rôl»^, dans l'infection et l'immunité, de la chimiotaxie -, et en particulier de la chimio- taxie négative % a été récemment mis en doute par divers obser- vateurs. Le liquide injecté attirait les leucocytes : le bouillon, même dépourvu de microbes, produit déjà très bien l'afflux de ces cellules. Les microbes répandus dans ce liquide attiraient pour la plupart les globules blancs : c'est pourquoi beaucoup d'entre eux ont été englobés. Cependant, parmi eux, il s'en trouve qui n'attirent les leuco- cytes que très faiblement ou pas du tout; ces microbes par- viennent à se dérober à l'action des phagocytes, ils se multiplient, et finissent, sous l'influence d'un milieu nutritif, l'exsudat, très favorable au développement de la virulence, par constituer une nouvelle culture dépassant notablement en pouvoir pathogène celle qu'on a introduite dans l'organisme. Cette nouvelle culture présente même des caractères spéciaux (dimensions des coccus, présence d'une auréole) mais elle se distingue surtout en ce quelle 1. On peut produire chez les cobayes, en se servant de cultures un peu an- ciennes, une affection où le streptocoque n'apparaît en grand nombre et ne tue l'animal qu'après plusieurs jours. Dans ces cas, les microbes se présentent sou- vent dans l'exsudat en chaînes extrêmement longues, entourées d'une auréole, très manifeste. 2. WoRONiN, Centralblatt f. Bakteriologie 189S. 3. WÉRiGo, Développement du charbon chez le lapin. Ces ^ ««a/es, janvier 1894. RECHERCHES SUR LA PHAGOCYTOSE. 107 repousse les leucocytes. Ceux-ci, malgré leurs mouvemenls si actifs, malgré les contacts incessamment répétés, n arrivent pas à les englober. Cet accroissement de la virulence du streptocoque doit être attribué à d»"ux causes : d'abord à la nature chimique d'un milieu très approprié, l'exsudat; cette influence est incontes- table et se révèle même en ce que les microbes présentent bientôt un aspect particulier ; en second lieu, à la sélection opérée par les phagocytes; ceux-ci englobent les microbes les plus attirants et laissent alors se reproduire en paix ceux qui ne jouissent que d'un pouvoir attractif plus faible ; la culture ino- culée s'épure ainsi, dès le début, des individus les moins dange- reux, les moins adaptés àla lutte. Celte manière de voirimplique que les phagocytes, guidés par leur sensibilité chimiotaxique, peu- vent choisir entre les divers microbes avec lesquels ils se trou- vent en contact. Cette faculté de « faire un choix » peut être très nettement mise en relief par l'expérience de chimiotaxie que voici, et dans laquelle les phénomènes d'attraction d'une part, de répulsion d'autre part, sont en même temps très visibles : Reprenons le cobaye injecté de streptocoque au moment où il est très malade, et où son exsudât péritonéal fourmille à la fois de microbes et de leucocytes (presque tous vides). Injectons-lui 1 c. c. d une culture en bouillon d'un microbe peu virulent, le Proteus vulgaris. Au bout d'un temps très court, on constate que ces leucocytes qui refusaient énergiquement d'englober le streptocoque, se sont avidement emparés du microbe nouveau qu'on leur offre; au bout d'une demi-heure, la totalité de la culture est à l'intérieur des phagocytes. Faisant preuve d'une grande délicatesse de sensibilité, les cellules distinguent fort bien l'une de l'autre les deux espèces de microbes; elles absor- bent chacune plusieurs bâtonnets de Proteus^ mais elles conti- nuent à refuser les streptocoques qui restent parsemés dans le liquide ambiant. Dans ces conditions, les leucocytes n'ont pas perdu du tout le pouvoir d'agir sur la substance des microbes englobés. Si l'on retire un peu d'exsudat, qu'on le laisse quel- ques heures en chambre humide, et qu'ensuite on eu fasse des préparations colorées, on trouve que les leucocytes contiennent des bâtonnets presque tous colorés par l'éosine ; en dehors des 108 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cellules se trouvent des streptocoques nombreux tous colorés en bleu. On peut, au lieu d'injecter \eProteus, injecter un autre microbe tel que le bacille de Lœffler et obtenir les mêmes résultats. On peut aussi extraire de l'animal infecté de streptocoque un peu d'exsudat qu'on mélange avec une petite quantité de bacilles diphtériques : l'eng^lobement de ce microbe, à l'exclusion complète du streptocoque, se produit alors in vitro. Cette culture de diph- térie peut être indifféremment jeune ou ancienne et très toxique: la toxine diphtérique n'entrave pas la phagoc3'tose. La rôle de la sélection par les phagocytes dans l'exaltation de la virulence par la méthode des passages, paraît être impor- tant. Mis en présence des microbes, les leucocytes, guidés par leur sensibilité chimiotaxique, eng^lobent d'abord les individus microbiens qui les attirent le plus, c'est-à-dire les moins dange- reux, et donnent ainsi, aux individus mieux armés pour la lutte, le temps de se reproduire tout en s'adaptant aux conditions d'existence où ils se trouvent, et de fournir une génération virulente, débarrassée des g-ermes aptes à se laisser capturer facilement parles cellules *. Le fait que les races virulentes d'un microbe attirent les leucocytes moins fortement que les races atténuées, a été d'ailleurs bien établi, en particulier par les recherches de Massart^. Ces phénomènes de sélection inter- viennent très probablement aussi dans les infections par asso- ciations microbiennes. II. — Pouvoir bactéricide des phagocytes — Microbes éosinophiles. Granulations microbiennes. Les leucocytes, guidés par leur sensibilité chimiotaxique, aidés par leur sensibilité au contact, peuvent englober les microbes. On sait depuis longtemps qu'ils peuvent les détruire. Mais il est important d'observer, avec de nouveaux détails, les altérations de forme, de colorabilité, que les microbes peuvent présenter, au bout d'un temps plus ou moins long, lorsqu'ils sont contenus dans le protoplasme phagocytaire. Certains 1. J. BoRDET, Adaptation des virus aux organismes vaccinés. Ces Annales, mai -1892. 2. J. Massart, Chimiotaxisme des leucocytes et immunité. Ces Annales, même fascicule. RECHERCHES SUR LA PHAGOCYTOSE. 109 microbes subissent facilement, ainsi que l'ont montré M. Pfeif- fer, M. Dunbar, des modifications de forme lorsqu'ils se trou- vent en présence des matières antiseptiques de l'org-anisme : de telles modifications sont surtout observables chez les animaux vaccinés. Si, comme nous avons cherché à le prouver antérieu- rement, le leucocyte est la source de la matière bactéricide, c'est dans son protoplasme, on peut le prévoir, que les microbes présenteront, autant qu'il est possible, les altérations dénotant l'action de ce principe nuisible. De là la nécessité de poursuivre l'examen des microbes devenus la proie des phagocytes. 11 existe un procédé très simple qui permet d'examiner à ce point de vue, en un temps assez court, un nombre suffisant de microorganismes. La phagocytose est susceptible de se produire, non seulement dans l'intérieur des organismes, mais encore in vitro. Il suffît de récolter chez un animal un peu d'exsudat riche en leucocytes, d'ajouter à cet exsudât un peu d'émulsion micro- bienne, de placer le mélange en chambre humide, à la tempé- rature de SS'^ ou 37°, pour que la phagocytose s'accomplisse avec rapidité '. Un moyen efficace d'obtenir un exsudât où les leu- 1. La phagocytose iii vitro se produit très facilement et sans qu'il soit néces- saire de recourir à des pFécautions fort délicates. L'exsudat riche en globules peut être recueilli à une température assez basse : les mouvements des cellules réapparaissent très bien et la phagocytose s'exécute si on transporte à l'étuve cet exsudât mélangé à l'émulsion microbienne. Des changements sensibles dans la concentration saline du liquide où baignent les cellules n'empêchent pas l'englo- bement, pourvu qu'ils ne soient pas trop considérables. Si l'on mélange l'exsudat avec partie égale de solution de NaCl à 2 0/0, la raotilité persiste ainsi que la faculté d'ingérer les microbes. Si l'exsudat est mêlé à partie égale de solution de NaCl à 3 0/0, les mouvements sont abolis; mais si. après un contact de 2 heures à 37», on dilue sensiblement le liquide en lui ajoutant un volume à peu près égal de solution de NaCl à 0,60 0,0, chargée de microbes, on constate que bon nombre de phagocytes peuvent encore capturer les micro- organismes. * Lorsqu'on emploie, de la même manière, une solution de sel marin, non plus à 3 0, mais à 4 ou o 0/0, on observe chez les globules blancs improprement appelés polynucléaires (amphophiles) une curieuse modification : les différentes pièces qui composent le noyau se réunissent de façon à constituer un noyau com. pact, de forme arrondie; parfois la réunion n'est pas complète, et l'on trouve, au lieu du noyau fragmenté primitif, deux corps arrondis. Les leucocytes à noyau fragmenté acquièrent ainsi, pour la plupart, l'appa- rence de leucocytes mono ou dinucléaires. Quant au protoplasme, il reste normal. Certaines subtances, toxiques pour certaines cellules de l'organisme, paraissent n'avoir pas grande action sur les leucocytes. Si l'on mêle l'exsudat riche en glo- bules, à des solutions (dans l'eau contenant 0,60 0/0 de NaCl) de chlorhydrate de morphine à i ou même 2 0, d'antipyrine à 1 ou 2 0, 0, de chlorhydrate de cocaïne ou d'atropine à 1 : 500, et qu'après un contact de 2 à 3 heures on ajoute un peu d'émulsion de microbes, on constate que la phagocytose s'effectue, et l'on HO ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cocytes abondent, consiste à injecter dans la cavité péritonéale d'un cobaye quelques centimètres cubes de bouillon peptonisé. Le lendemain, l'exsudation péritonéale renferme des globules blancs très nombreux, ainsi que Fa reconnu M. Issaeiî'. Cet exsudât est riche surtout en leucocytes pluriiiucléaires ampho- philes ; il contient aussi quelques grands mononucléaires et parfois de rares éosinophiles vrais. Nous laissons en général la gouttelette d'exsudat additionnée de microbes séjourner pendant quatre heures à l'étuve. Durant cet intervalle, les microbes n'ont pas le temps de se développer outre mesure, tandis que la phagocytose et les alté- rations des microbes par les sécrétions leucocytaires peuvent en général se manifester d'une façon très visible. D'ailleurs, la phagocytose s'elfectue rapidement; au bout d'un quart d'heure, et même moins, de séjour à l'étuve, on peut déjà le constater. Les préparations faites au moyen de rexsudat additionné de * obtient des préparations où les leucocytes ont leur aspect normal, et ont mani- festé envers les microbes leur action aliérante habituelle. L'examen des cellules vivantes à 37° permet d'ailleurs de constater que les mouvements persistent mal- gré la présence de ces diverses substances; toutefois, dans les solutions concentrées (mélanges avec la morphine ou l'antipyrine à '2 0/0), ces mouvements sont deve- nus moms actifs, tout en étant encore visibles. Les solutions de cocaïne, d'atro- pine à 1 0/0, mises de la même manière en présence des globules blancs, les immobilisent et donnent lieu a des lésions que la coloration révèle ; le noyau devient irrégulier, peu colorable, le protoplasme se teint en bleu et apparaît trouble. Les solutions de quinine (chlorhydrate), même à faible dose, immobilisent rapi- dement les leucocytes; l'exsudaf, mis au contact d'un volume égal de solution de quinine à 1 0/00, ne contient plus que des leucocytes incapables d'opérer la phagocytose. Le toxine diphtérique n'a guère d'action sur les phagocytes. L'exsudat peut être mis en présence, pendant 3 ou 4 heures, avec un volume égal de toxine diphtérique active, sans que les leucocytes qu'il contient aient rien perdu de leurs propriétés phagocytaires vis-à-vis des microbes ulléneuremenl introduits. La toxine diphtérique ne inaniteste pas d'action paralysante sur les cellules, pas plus dans l'organisme qu'in vitro. Si l'on injecte dans le péritoine d'un cobaye de la culture de diphtf'rie (culture abondante dans un mélange de bouillon et de sérum de lapin), l'animal meurt au bout de 24 heures. Une demi-heure après la mort, on lui retire un peu d'exsudat qu'on met en présence de streptocoques et qu'on porte à l'étuve ; la phagocytose se manifeste avec intensité. Une toxine cho érique active(tuant le cobaye à dose de 1/2 c. c. et même moins) qui nous a été obligeamment fournie par M. Salimbeni, mélangée, à parties éga- les, avec l'exsudat leucocytaire, entrave, d'ailleurs incomplètement, les mouvements des leucocytes. Mais celte action empêchante diminue notablement d'intensité si l'on a soin de neutraliser au préalable la réaction alcaline très forte que présente cette toxine; il n'est donc pas certain que l'influence paralysante relative que l'on observe soit due en réalité au poison proprement dit que renferme le liquide toxique. * 1. IssAEFP, Zeitschrift f. Hygiène, t. XVI, 1894. RECHEaCHES SUa LA PHAGOCYTOSE. m microbes sent tixées à l'acide picrique en solution aqueuse saturée, colorées ensuite par l'éosine (solution de 08% 50 d'éosine dans 100 grammes d'alcool à 60°), puis par le bleu de méthylène en solution aqueuse saturée ' . Les cultures employées sont des cultures jeunes, âgées de 24 heures environ. Les leuco- cytes proviennent de cobayes neufs, n'ayant subi aucune inocu- lation microbienne. Voici la liste de quelques microbes que nous avons mis en présence des phagocytes, avec l'indication des phénomènes que nous avons pu observer. Vibrion cholérique. — Les leucocytes ont englobé des vibrions nombreux. Les vibrions qui n'ont pas été englobés ont gardé intacte leur colorabilité ; la forme également est restée normale, sauf pour quelgues-uns qui se sont transformés en granules arrondis. Dans les leucocytes, cette transformation des vibrions en granules est extrêmement répandue. Ces granulations sont identiques à celles dont M. Pfeiffer a signalé la présence dans la cavité péritonéale des animaux vaccinés auquels on a injecté le vibrion. Dans les leucocytes, et là seulement, leurs caractères de coloration sont fréquemment changés. Elles se teignent en nuances variables, bleu, bleu pâle, rose pâle, rose vif; au lieu d'absorber leur colorant naturel, elles fixent souvent une couleur acide, l'éosine. On trouve parfois aussi, dans le leucocyte, des vibrions dont la forme n'a pas changé, mais qui prennent la teinte de l'éosine. Bacterium coli, bacille d^Eberth, de Friedldnder, choléra des poules, Hog-choléra, pyocyanique, microbe de M. Danysz (entérite des petits rongeurs). — Tous ces microbes se comportent d'une façon très analogue lorsqu'ils sont mis en présence de phagocytes; ces analogies existent aussi entre eux et le vibrion cholérique. Les microbes non englobés conservent intacts leurs caractères de forme et de colorabilité. Parmi les microbes englobés, un grand nombre se transforment en granulations arrondies, générale- ment volumineuses, parfois ovales, et qui prennent des teintes variables, du bleu au rouge. D'autres microbes ingérés sont 1. Les divers échantillons de bleu do méthylène que l'on peut se procurer ne se prêtent pas tous à l'obtention de doubles colorations. Ils ne se comportent pas toujours de même : il en est qui enlèvent la teinte de l'éosine non seulement des granulations pseudo-éosinophiles, mais aussi des globules rouges et des granu- lations éosinophiles vraies. 412 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. restés normaux; d'autres paraissent simplement dilatés, d'autres encore, normaux quant à leur forme, se colorent par l'éosine. La teinte des granulations est parfois tellement pâle, qu'il est malaisé de les distinguer. Diphtérie. — Phagocytose très intense. La forme des microbes englobés reste remarquablement constante, même après un long contact avec le protoplasme phagocytaire, mais les caractères de colorabilité se modifient d'une manière frappante. Au bout de trois à quatre heures, les bacilles englobés se colorent pour la plupart en rouge vif et n'absorbent plus le bleu; un certain nombre d'entre eux cependant se colorent encore en bleu ou en violet. En dehors des leucocytes, le bacille (même après un con- tact de 48 heures) absorbe la couleur basique et conserve donc sa colorabilité normale. Les leucocytes mononuQléaires ont une affinité très marquée pour le bacille diphtérique, et les englo- bent en grand nombre. Toutefois les modifications de la colora- bilité s'observent plus rarement chez les microbes englobés par les mononucléaires que chez ceux qui sont devenus la proie des microphages. Proteus ruhjaris. — La transformation, au sein du phagocyte, du Proteus vulgaris en a microbe éosinophile », est tout à fait typique. Au bout d'un quart d'heure de contact avec l'exsudat riche en leucocytes, on trouve déjà des microbes englobés qui ne fixent plus le bleu, mais absorbent l'éosine. Au bout de quel- ques heures de contact, la majorité des microbes ingérés se colore en rouge pur. Parfois ces microbes, colorés en rouge, sont légèrement dilatés. Les microbes dispersés dans le liquide ambiant ont leurs caractères normaux. Streptocoque. — Nous employons un streptocoque très viru- lent; le microbe est cultivé dans un mélange de sérum de cheval et de bouillon. Mis en présence de leucocytes de cobaye neuf, le streptocoque est rapidement englobé ; mais il résiste assez énergiquement à l'action modifiante du protoplasme. Au bout de cinq à six heures, la plupart des microbes englobés se colorent encore par le bleu de méthylène. Cependant on trouve quelques phagocytes renfermant des chaînettes streptococciques colorées en rouge ; quelquefois i ou 2 des coccus composant la chaînette se teignent encore en bleu ou en violet. Charbon. — La transformation dans les phagocytes de la bac- IIECIIERCIIES SUR LA PHAGOCYTOSE. H3 téridie charbonneuse en microbe colorable par l'éosine est fré- quente. On trouve parfois de longs bâtonnets colorés en bleu dans toute leur étendue, sauf au point où ils sont en contact avec le protoplasme d'un leucocyte. La forme du microbe ne subit pas de changement bien appréciable. Les autres microbes, dont nous nous sommes encore occupé, peuvent aussi, à l'intérieur des phagocytes, se colorer par l'éosine. En dehors des cellules, ils restent normaux. Ce sont : le gono- coque, le staphylocoque, les B. miiscoïdes, rouge de Kiel. L'examen de ces résultats donne lieu à deux remarques princi- pales. Voici la première: au bout d'un temps, variable d'ailleurs suivant la nature du microbe, on voit qu'un certain nombre des microorganismes contenus dans les phagocytes ne sont plus sus- ceptibles de fixer leur colorant naturel. Ils se teignent alors par une couleur acide, l'éosine. Ce n'est pas là, hàlons-uous de le dire, un fait nouveau. M. Metchnikoff, le premier, a vu des vibrions cholériques englo- bés qui lixaient l'éosine. Après lui, M. Cantacuzène ' a constaté le même fait pour le Vibrio Metchnlkovi. M. Mesnil - a fait des observations analogues pour la bactéridie charbonneuse. Nous complétons ces données en montrant que ce fait, loin d'être exceptionnel, peut se rencontrer chez les divers microbes essayés dans nos expériences. On est porté à admettre, en pré- sence de la régularité avec laquelle ce phénomène se produit, qu'une partie tout au moins des granulations pseudoéosinophiles contenues dans les microphages est d'origine microbienne. Cette opinion, qui est celle de M. Metchnikoff, est parfaitement corroborée par les expériences ci-dessus indiquées. Ces granu- lations ne seraient en partie que des débris microbiens qui ont acquis, pour la couleur acide, une affinité particulière. Dans le cas surtout où les microbes englobés sont des coccus, on est frappé de la grande ressemblance que présentent, au bout d'un certain temps, les microbes devenus éosinophiles avec les gra- nulations que les leucocytes possèdent dans les conditions habituelles. Tous les microbes d'une même culture ne sont pas aptes à 1. Cant.vcuzène, Mode de destruction des vibrions cholériques dans l'orga' nisme, Paris, 1894. 2. Mesnil, Sur le mode de résistance des vertébrés inférieurs aux invasions microbiennes. (Ces Annales, mai 1893.) 8 144 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. présenter, avec la même facilité, le genre d'altération dont il s'agit. Injectons à un cobaye 3 c. c. de bouillon dans la cavité péritonéale; le lendemain, inoculons-lui, dans celte même région où les leucocytes sont devenus fort nombreux, 1 c, c. de culture en bouillon de Protons vulgaris (la culture, âgée de 24 heures, est jeune et par conséquent aussi homogène que possible). La pha- gocytose est presque instantanée. Au bout de 12 minules, on trouve déjà dans les phagocytes des microbes qui se teignent en rose. Au bout d'une heure, on ne trouve plus de microbes libres, et le nombre des microbes fixant l'éosine augmente progressivement. Et cependant, 12 heures après l'injection, quelques microbes encore persistent à se colorer en bleu. Les microbes virulents^ ou habitués à vivre dans des milieux orga- niques tels que le sérum, ne se prêtent plus très facilement à subir le changement de colorabililé. Le microbe diphtérique dont nous nous sommes servi pour l'expérience citée plus haut avait été cultivé pendant longtemps dans le bouillon. A ce momejit, il devenait, dans le phagocyte, rapidement apte à lixer l'éosine. Plus tard, ce microbe a subi plusieurs passages et a été cultivé dans un mélange de bouillon et de sérum de lapin. Dès lors, l'altération par les phagocytes se produisit beaucoup moins rapidement. Pour ce qui concerne l'influence possible de l'âge des cul- tures, notons que les bacilles diphtériques provenant de vieilles cultures sont tout aussi aptes que les bacilles jeunes, à fixer l'éosine sous l'action des sécrétions leucocytaires. La deuxième remarque que suggère l'examen des prépara- tions a trait à la transformation, dans le protoplasme phagocy- taire, de certains microbes en granulations arrondies (vibrion cholérique, coli, Eberth, choléra des poules, hog-choléra, Fried- lander, pyocyanique, microbe de M. Danysz). Le fait que, dans nos expériences, cette modification régressive ne se produit, en général, que dans l'intérieur des phagocytes, indique clairement la supériorité, au point de vue du pouvoir bactéricide, que pos- sèdent ces cellules sur le milieu liquide où elles sont répandues. Cette transformation en granules est, à n'en pas douter, due à une substance élaborée dans les cellules. Ce n'est cepen- dant pas dans les leucocytes que ces granulations ont été, pour la première fois, étudiées et décrites. C'est dans l'exsudat péri- RECHERCHES SUR LA PHAGOCYTOSE. Ho tonéal d'animaux immunisés soit par une série d'injections de culture, soit par le sérum préventif, que M. Pfeiffer ' a signalé la métamorphose du vibrion cholérique en corps arrondis, sans reconnaître du reste le rôle des leucocytes dans la production de ce phénomène. Plus tard, M. Pfeiffer et M. Dunbar- ont fait des observations analogues pour ce qui concerne les bacilles typhique, coli, pyocyanique... Les granulations que ces savants observent, même en dehors des cellules, dans l'exsudat des animaux soli- dement immunisés auxquels ils injectent ces microbes, se voient sur nos préparations clans les leucocijtes provenant cVani- maiix neufs. On constate donc que les microbes (vibrion cholé- rique, B. typhique, coli, pyocyanique) reconnus susceptibles de se transformer en granulations même en dehors des cellules, chez les vaccines, peuvent également subir, chez les animaux neufs., la même modification. Mais ils ne la présentent, quand on opère sur des ani- maux neufs, que là oii la matière bactéricide est le plus concentrée, c'est-à-dire dans le phagocyte. — Ce fait confirme l'idée que la substance bactéricide des humeurs est d'origine phagocytaire. La matière bactéricide qui siège dans les leucocytes de nos animaux neufs peut, il est vrai, lorsque l'on observe la phago- cytose in vitro, se ditfuser en partie dans le milieu ambiant. Mais en s'y diffusant, elle perd nécessairement de son énergie et ne produit plus alors, en dehors des cellules, qu'une métamorphose granuleuse limitée du microbe (vibrion cholérique) ou même, dans la plupart des cas, ne provoque aucune transformation extracellulaire (coli, typhique, Friedlauder, etc). Mais si les leu- cocytes proviennent d'un animal immunisé contre le microbe soumis à l'expérience, ou bien encore si les leucocytes d'un animal neuf sont mis en présence du sérum préventif contre ce microbe, le pouvoir bactéricide, à l'égard de ce dernier, devient beaucoup plus énergique *. La modification granuleuse des microorganismes se produit i. VfEiftER. Zeitschrift fur Hy(/iéne,t.X'VlU, p. 1, 1894. 2. Dlnbar, Zum Slande des bakteriologischea Choiera Diagnose (Deutsche medicinisclte Wocheashrift, février 1893). '■'}. Nous avons exposé dans notre précédent article, pour ce qui concerne les vibrions, quelle est la cause présidant à cette augmentation du pouvoir bacté- ricide (concours de deux substances dilTérentes : l'une, la substance préventive, propre aux vnccinés et spécilique; l'autre, la substance bactéricide, non spéci- fique, présente chez les animaux neufs comme chez les vaccinés). J16 ANNALES DE L INSTITUT PASTEUR. alors, ainsi que l'ont vu MM. PfeifFer, Dunbar, non plus seule- ment dans les cellules, où la matière bactéricide est la plus abon- dante, mais encore dans le liquide ambiant où elle s'est en partie répandue. C'est pourquoi M. MetchnikolF le premier a pu, pour le vibrion cholérique, observer, in vitro, la métamorphose extracel- lulaire (phénomène de Pfeitïer) en mélangeant une émulsionde vibrions additionnée de sérum préventif, avec des leucocytes extraits de la cavité péritonéale d'un cobaye neuf. C'est parce que le sérum contient, ainsi que nous l'avons montré, une certaine quantité de la subtance bactéricide leucocytaire que nous avons pu constater in vitro la production du phénomène de Pfeififcr dans un mélange d'une trace de sérum préventif, d'émuision de vibrions, et de sérum neuf, ou même simplement dans le mélange d'émuision et de sérum préventif, à condition que celui- ci soit bien frais '. Puisque la matière qui détermine l'apparition des granules est une substance leucocytaire, on doit s'attendre à ce que les microbes inaptes à se changer en corps arrondis dans l'intérieur des leucocytes ne donnent pas lieu non plus à de pareilles trans- formations dans la partie liquide de l'exsudat, même si cet exsudât appartient à un animal immunisé par le sérum préventif spéci- fique. C'est en effet ce qui arrive. Quand on injecte dans le péri- toine du cobaye des bacilles diphtériques mélangés à du sérum antidiphtérique, on constate, quelque temps après, que les microbes non encore englobés gardent leur apparence et leur colorabilité normales. Au bout de deux heures environ, les leuco- cytes polynucléaires commencent à aflluer en grand nombre, et la phagocytose se fait complètement. Dans les phagocytes on peut observer bientôt la modificationéosinophiiique du microbe, mais la forme du bacille reste très longtemps la même; dans l'exsudat, les microbes, jusqu'au moment où ils sont englobés, restent ce qu'ils étaient. Observations analogues si l'on injecte dans le péritoine d'un cobaye un mélange de culture tétanique et de sérum antitétanique très actif. Bientôt la phagocytose se fait et finit par être complète. Tant qu'il reste encore des microbes libres, ces microbes gardent leurs caractères habituels. Dans les phagocytes, il ne se produit pas de gra- 2. Voir, pour les détails de ces deux expériences, le mémoire de M. MetchnikolT Destruction extracellulaire des bactéries), et le nôtre (juin 1895, ces Annale.^]. HIXIIKIICIIES SUR LA IMIACOCYTOSE. H7 iiiilalions ; il se produit seulement un alfaiblissement progressif bien évident do la colorabilité; les bâtonnets prennent bientôt, parle bleu de Kuhne, une teinte verdàtre très paie. Cinq heures après l'injection, on ne distingue plus guère dans les leucocytes que les spores rondes et claires. Dans le mélange de sérum de cobaye neuf et de sérum antitétanique, les bacilles conservent absolument leuraspect normal, sauf qu'ils se réunissent en amas, phénomène sur lequel nous reviendrons plus lard. On peut se demander si la substance phagocytaire qui agit sur les microbes de façon à les rendre éosinophiles est identique à celle, également phagocytaire, qui provoque leur transforma- lion en granulations. Il est difficile d'en juger, puisqu'il s'agit de substances dont la nature chimique nous est complètement inconnue. Mais ces substances présentent, dans leur manière d'agir, des dillérences assez nettes. La transformation éosinophi- lique reste confinée au protoplasme leucocytaire. Si l'on mélange à des leucocytes d'animal neuf un peu d'émulsion de vibrions cholériques et de sérum préventif contre ce vibrion, ce n'est que dans les leucocytes qu'on rencontre des granulations colorables par l'éosine. La transformation en granules, dans ce cas, se pro- duit au contraire très bien dans le liquide ambiant; mais ces g-ranulations extracellulaires continuent à se colorer, faiblement il est vrai, par le bleu de méthylène, même après un contact prolongé (30 heures) avec le liquide qui les baigne. De même, les granules cholériques produits aux dépens de vibrions plongés dans du sérum neuf additionné de sérum préventif, se colorent par le bleu et non par l'éosine. Tandis que la présence de sérum préventif favorise beaucoup la production de granules, le nombre relatif de microbes aptes à se colorer par l'éosine, dans les leu- cocytes, ne paraît pas plus grand en présence de ce sérum qu'en son absence (vibrion cholérique). L'intervention du sérum anti- diphtérique ne paraît pas non plus favoriser sensiblement l'alté- ration éosinophilique du bacille de Loeffler. H8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. EXPLICATION DE LA PLANCHE I L — Englobement in vitro, par les phagocytes, du bacille diphtérique. Les microbes ingérés se colorent soit par Je bleu, soit par l'éosine. Les bacilles non absorbés se teignent tous en bleu. Le mélange d'exsudat et de culture est resté 3 h. 1/2 à 37". IL — Exsudât péritonéal de cobaye à qui on a injecté en premier lieu, dans le péritoine, des streptocoques virulents (0,5 c. c. de culture) qui, en se multipliant, ont produit des microbes à auréole, exerçant sur les leucocytes une chimiotaxie négative et ne se laissant pas englober. Ce cobaye a reçu ensuite, au moment où il est déjà très malade de l'infection streptococcique (6 à 7 heures) une injection intrapéritonéale de 1 c. c. de Protem vulgaris; ce dernier microbe est rapidement englobé. L'exsudat a été retiré 1/2 heure après l'injection de Proteus, puis laissé quelques heures à froid en chambre humide avant d'être étalé sur lames. Les microbes Pro- teus, phagocytés, se colorent par l'éosine ;4es streptocoques, épars dans le liquide, par le bleu. in. — a, h, c, cl, e, f, g. Phagocytose in vitro du vibrion cholérique par des leucocytes d'animal neuf. Granulations et microbes intra- phagocylaires, prenant le bleu ou l'éosine. IV. — Phagocytose in vitro du liog-choléra. Granulations arrondies, microbes éosinophiles (dans les leucocytes exclusivement). 4 heures d'étuve. V. — Phagocytose in vitro du bacillus coll. Mêmes observations que pour le hog-cJioléra. VI. — Phagocytose in vitro du streptocoque. Chaînettes se colorant par l'éosine; quelques grains toutefois absorbent encore le bleu (6 h. à 37"). Yjl — Streptocoques en longues chaînes, à auréole, développés dans la cavité péritonéale d'un cobaye mort plusieurs jours après une injection intrapéritonéale de streptocoque. lŒVUES ET ANALYSES LE POliVOIR FEiniEH ET L'ACTIVITÉ D'UNE LEVURE REVUE CRITIQUE La notion du pouvoir ferment que Pasteur a introduite dans la science sem))le avoir quelque peine à se faire place dans les esprits. Il est fréquent qu'on la confonde avec la notion de Vactirité d'une levure, c'est-à-dire de la rapidité de la fermentation, et, jusque dans des mémoires récents, on pourrait relever traces de cette confusion. Peut-être ne sera-t-il pas inutile, avant d'entrer dans l'examen parti- culier d'aucun de ces mémoires, de revenir sur les différences et les ressemblances des deux notions qu'ils ne séparent pas. Je n'ai qu'à reprendre pour cela les enseignements épars dans ma Microbiologie, en leur donnant la forme condensée à laquelle m'ont conduit plusieurs années d'enseignement sur ce sujet. Quand Pasteur a eu découvert que toutes les fermentations étaient produites par des êtres vivants, il a été tout de suite frappé de la disproportion qui existe entre le poids de la matière détruite par le ferment et le poids du ferment lui-même. Tandis qu'un homme, un chien, un oiseau ne consomment par jour qu'un poids de nourriture égal à 1/30. à 1 25, à 1 6 au plus de leur poids, il y a des ferments qui transforment dix fois, cent fois leur poids de matière fermentescible. C'est à cause de cette disproportion, de la puissance de destruction qu'elle traduit, que les microbes peuvent suffire à la lâche qui leur incombe dans l'économie générale du monde. La notion de pouvoir ferment fait donc partie de leur histoire, lorsqu'on définit sous ce nom le rapport entre le poids de l'aliment transformé et le poids des cellules du microbe qui l'a détruit. La notion de temps n'entre pas dans cette définition. Peut-être Pasteur eût-il bien fait de l'y introduire, et de dire que le pouvoir ferment est le rapport du poids de l'aliment transformé en 24 heures au poids du ferment. Il eût rendu ainsi la notion plus intelligible et l'eût fait plus facilement accepter. Mais, dans sa pensée, le molpouvoir ferment correspondait à la notion mécanique du travail, dans la défi- nition duquel le temps n'entre pas non plus. Pour élever une tonne 120 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. d'une marchandise quelconque à une hauteur déterminée, il faut toujours le même travail, quelles que soient la nature de la marchan- dise et la durée de l'opération. De même, pour détruire un certain poids d'une matière fermentescible quelcomjue, et l'amener a n'être plus - alimentaire pour le microbe qui la consomme, il faut dépenser un travail indépendant du temps consacré à cette œuvre, et lié à la nature et aux propriétés du microbe entré en action. Envisagé comme cause de destruction, le microbe est une source de force, quelque chose d'analogue à une grue qui permet d'élever un certain nombre de tonnes à une certaine hauteur. Qu'on mette cinq ou dix heures à faire ce travail, cela ne change rien à la puissance de la grue, à ce que Pasteur aurait pu appeler par analogie son pouvoir élévateur. Elle ne peut toujours qu'élever, dans chaque opération, un ceitain nombre de kilogrammes dépendant de ce qu'on appelle sa force, à une certaine hauteur maximum dépendant de la hauteur de sa poulie supérieure. Pourtant Pasteur n'a jamais songé à faire du pouvoir ferment, ainsi défini, la caractéristique d'un ferment. Il a montré en effet lui- même que ce pouvoir ferment est variable avec les conditions de l'expérience. Par exemple, avec la levure de bière, il dépend, dans une large mesure, de la présence ou de l'absence de l'oxygène. Comme c'est là un des points vifs du débat, on me permettra d'insister un peu. Semons une trace impondérable de levure dans un vase plat, con- tenant un liquide nutritif et sucré étalé sous une faible épaisseur et à température convenable : arrêtons l'expérience dès les premières heures, aussitôt que la levure aura formé au fond du vase une couche saisissable à la vue et appréciable à la balance. A ce moment, les globules de levure formés n'auront pas encore eu le temps de se gêner les unes les autres en se disputant l'oxygène dont ils ont tous besoin. Nous trouvons dans ces conditions que le poids de levure produite est environ le quart du poids du sucre disparu : le pouvoir ferment de la levure est donc égal au nombre 4. Laissons cette même expérience durer environ 48 heures, jusqu'au moment où tout le sucre aura disparu de la liqueur. L'épaisseur de la couche de levure sera plus forte, la gêne et privation d'oxygène plus grande. Le poids de levure aura augmenté, mais aussi et dans une proportion plus grande le poids du sucre disparu : le poids de levure ne sera plus que le 4/8 du poids du sucre, et le pouvoir fer- ment de la levure dans ces conditions deviendra égal à 8. Au lieu de faire notre culture dans une cuvette plate, à la surface de laquelle l'air se renouvelle facilement, faisons-la dans un tïacon à fond plat, où elle n'occupe qu'une faible hauteur, où elle a au-dessus d'elle un volume d'air, très grand par rapport au sien, mais limité. REVUES ET ANALYSES. 121 Son aération continue sera plus difficile que tout à l'heure, d'abord parce que l'oxygène absorbé ne se renouvellera pas, puis parce que l'acide carbonique formé restera sous forme découche à la surface du liquide dans ce vase clos et en repos, dette fois le pouvoir ferment sera de 20 à 25. ll(!mplissons à moitié notre flacon, de façon à diminuer le volume de l'air et à augmenter le volume du liquide, du sucre, de la levure, c'est-à-dire celui des parties prenantes : le pouvoir ferment monte à 7o. llemplissons notre ballon totalement, de façon à ne laisser à la disposition de la levure que l'oxygène primitivement dissous dans le liquide sucré et nutritif. Le pouvoir ferment monte à 90. Enfin arrangeons-nous pour que le liquide sucré soit à son tour privé d'oxygène au moment où nous y ensemençons la levure : le pouvoir ferment monte à 175 ou 200. Réduite à ces termes très simples, la notion du pouvoir ferment ressort avec une netteté parfaite. 11 est clair que le poids de sucre, dont un poids donné de levure peut provoquer la destruction, est d'autant plus grand que l'oxygène est plus rare; c'est là une notion évidemment très importante au point de vue physiologique, et dont M. Pasteur a fait sortir toute une théorie de la fermentation. C'est aussi une notion importante au point de vue pratique. Le fabricant de levure, par exemple, qui vise à obtenir, aux dépens d'une même quantité de sucre, le plus de levure possible, devra évidemment se rapprocher des conditions dans lesquelles le pouvoir ferment est faible, et le poids de levure considérable par rapport au poids du sucre consommé. 11 devra favoriser de son mieux l'interven- tion de l'oxygène. C'est le contraire que devra faire le brasseur qui vise, non à la production de la levure, mais à celle de l'alcool. Mais rien qu'en prononçant ce mot d'alcool, nous nous apercevons que nous navons pas tout dit dans l'exposé qui précède, et qu'il faut compliquer davantage la notion du pouvoir ferment, pour la. mettre d'accord avec les faits. Nous n'avons jamais en effet tablé que sur la quantité de sucre disparu, pour calculer notre pouvoir ferment. Nous n'avons pas tenu compte des transformations subies par ce sucre. Or, au contact de l'air, la plus grande partie de ce sucre est brûlée, totalement convertie en eau et en acide carbonique. Il n'y en a qu'une faible pai'tie qui ait subi la fermentation alcoolique et qui soit représentée par environ la moitié de son poids d'alcool. Brûlé ou fermenté, il est devenu dans les deux cas inutilisable pour la levure; mais on peut prévoir tout de suite qu'elle aura à en consommer davantage lorsqu'elle le brûlera àmoitié, et que, par suite, le mode de transformation, dont nous avions 122 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. fait bon marché dans l'étude et la définition du pouvoir ferment, ne saurait en être éliminé. Toutes choses égales d'ailleurs, le pouvoir ferment, tel que nous l'avons défini, doit s'élever à mesure que l'ali- ment est plus mal utilisé et qu'il y a plus d'alcool produit. Or c'est quand il y a le moins d'air que l'alcool est proportionnel-' lement le plus abondant, si bien que, dans notre dernière expérience, celle d'où nous nous sommes attachés à éliminer tout l'oxygène libre, il n'y a plus de sucre brûlé aux dépens des éléments de l'air, et tout le sucre qui disparaît subit la fermentation alcoolique qui est une combustion intérieure. L'augmentation notable du pouvoir ferment, que nous avons constatée dans cette expérience, est certainement en rapport avec ce fait. Et voilà que nous découvrons que notre pouvoir ferment, tel que nous l'avons défini, dépend non seulement de la. quan- tité de transformation, mais de la. qualité de cette transformation. Ce n'est pas tout, il y a un autre , élément que nous n'avons pas fait intervenir dans notre définition, mais qui, pourtant, s'introduit dans l'expérience : c'est le temps de faction. Il a fallu 24 heures à la levure cultivée au large contact de l'air, pour faire disparaître quatre fois son poids desucre. Il a fallu 3 mois ou 90 jours au même poids de levure cultivée à l'abri total de l'air, pour faire disparaître IT.'j fois son poids de sucre, ce qui revient à dire que, dans ce dernier cas, la levure ne transformait par jour que deux fois environ son poids de sucre. Malgré son pouvoir ferment plus grand, elle avait donc une activité plus faible. Et voilà précisément que se dresse devant nous cette contradiction que je visais en commençant cette Revue. En pré- sence de l'oxygène, l'activité de la transformation est grande et le pou- voir ferment de la levure est faible; en l'absence de f oxygène, c'est l'inverse. Que vient donc faire dans l'espèce ce pouvoir ferment si bien défini mécaniquement, mais physiologiquement si complexe, et prati- quement si peu important? se sont dit beaucoup de savants et encore davantage d'industriels. Ce qui nous frappe et nous intéresse, c'est l'activité du phénomène. Tant pis pour le pouvoir ferment s'il ne s'accommode pas à cette notion, ou s'il la contredit! C'est la loi de la science que tout ce qui est inutile en disparaisse. 11 il est certain que la notion de l'^/c//r«7t' d'une levure est à beaucoup d'égards plus simple que celle de son pouvoir ferment. H y a entre ces deux notions le même rapport qu'entre la vitesse et l'espace par- couru. C'est ce qu'il est facile de montrer. Appelons aciivité d'une levure la quantité de sucre que l'unité de poids de cette levure fait disparaître dans l'unité de temps, dans REVUES ET ANALYSES. 123 les conditions de l'expérience, et admettons, pour simplilier, que cçltc activité soit constante durant toute la fermentation. La quantité de sucre que transformera pendant le temps t une quantité de levure l est évidement ait, en appelant a l'activité de la levure telle que nous venons de la définir. S'il s'agit d'une fermentation ensemencée avec une trace de levure et où la levure s'est multipliée pendant l'action, la quantité l de levure ne sera ni la quantité introduite comme semence ni la quantité trouvée à la fin. L'une serait trop petite, l'autre serait trop grande. C'est une quantité de levure intermédiaire, égale, comme je l'ai montré dans ma Microbiologie (p. 419), au tiers du poids de levure trouvé à la fin de l'expérience, lorsque la culture a eu à sa disposition tout l'oxygène dont elle a eu besoin. Le facteur serait un peu différent dans les cas de fermentations ordinaires, mais peu importe. 11 existe toujours une quantité de levure telle, qu'agissant sous un poids constant d'un bout à lautre de la fermentation, elle aurait produit, dans le même temps, le même effet que celui qu'ont produit les quantités variables de levure qui ont réellement agi. Ce sera cette quantité / de levure que nous introduirons dans nos calculs, La quantité ait de sucre entré ainsi dans le mouvement vital de la cellule de levure ne représente pas la quantité totale de sucre S intro- duite dans le flacon de fermentation. Une partie de ce sucre a servi à fabriquer la quantité de levure /. et se trouve représentée dans ses matériaux de construction, conjointement avec une certaine quantité d'hydrogène et d'azote qu'on peut supposer avoir été empruntée à de l'ammoniaque, car M. Pasteur a montré qu'on pouvait obtenir une fermentation régulière dans un liquide où il n'y a que du sucre, des sels ammoniacaux, et des sels minéraux que nous laissons en dehors de notre exposé. Quel est le poids de sucre qu'il a fallu pour fabriquer la quantité l de levure. Diverses considérations, dans le détail desquelles il est inutile d'entrer pour le moment, indiquent que ce poids de sucre est très voisin du poids /, et peut être représenté par ml, m étant un facteur très voisin de l'unité, de sorte qu'en ajoutant celte quantité ml au poids ait de sucre détruit par la levure, on a la totatilé du sucre introduit dans le flacon. S = ml -\- ait Or, comme nous avons appelé pouvoir ferment de la levure le rapport y on a, en appelant /j ce pouvoir : p = m -j- at. 124 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. On voit, en comparant cette formule à celle du mouvement uniforme en mécanique, que p est en quelque sorte un espace parcouru, et a une vitesse. D'une manière plus générale, on voit que le pouvoir ferment est quelque chose de plus complexe que a, et dépend à la fois' de l'activité de la levure et du temps laissé à la fermentation pour s'accomplir. Nous pouvons même nous faire une idée plus précise des deux termes de la somme entrant au second membre dans la valeur de S et dans celle de;;». ^ - Dans celle de S, par exemple, la quantité ml est la quantité de sucre qui a servi à former la levure; c'est ce que j'ai désigné dans ma Microbiologie sous le nom de dépense de construction. La quantité ait est la quantité de sucre transformée par la levure dans son fonc- tionnement, et dont l'équivalent se retrouve soit à l'état d'eau et d'acide carbonique, quand il y a eu combustion complète comme cela a lieu au libre contact de l'air, soit sous forme d'acide carbonique, d'alcool, de glycérine, d'acide succinique, etc., lorsqu'il y a eu fermen- tation véritable. Cette quantité ait est ce que j'ai appelé dépense d'entretien. La levure n'en a pas profité, sinon temporairement, et elle se retrouve à l'extérieur du globule de levure sous une forme désor- mais inassimilable pour lui : c'est sa dépense alimentaire, et a est sa ration alimentaire par jour, si on prend le jour pour unité de temps. Cette dépense augmente évidemment avec la durée de l'action, peut acquérir un niveau élevé si a est faible et t très grand, et c'est le cas des fermentations à l'abri de l'air, de même qu'elle peut rester petite si a est plus grand et t beaucoup plus petit, comme c'est le cas dans les cultures de levure au contact de l'air. Nous retrouvons donc là une explication naturelle de la contra- diction signalée au commencement de cette Revue; mais nous pouvons pousser plus loin l'examen des phénomènes, et remarquer que l'augmentation du pouvoir ferment à l'abri de l'air ne dépend pas uniquement de l'augmentation de t. La quantité a représente, nous l'avons vu, la ration alimentaire de l'unité de poids de levure pen- dant 24 heures : c'est la quantité daliment dont elle a besoin pour son fonctionnement vital pendant ce temps. Nous ne savons pas ce qu'est, au fonJ, le mécanisme de ce fonctionnement, mais la facilité avec laquelle la levure passe par tous les degrés intermédiaires entre la vie aérobie et la vie anaérobie indique (ju'il ne doit y avoir guère de chan- gements de l'un à l'autre, et comme, en vivant de sa vie anaérobie, la levure utilise notoirement beaucoup moins bien son aliment, puisqu'elle en laisse une moitié à l'état d'alcool, on peut conclure que, pour entre- tenir son mouvement vital, elle devra dépenser par 24 heures plus de REVUES ET ANALYSES. J25 sucre à l'abri de l'air, en d'autres termes que sa ration alimentaire à l'abri de l'air devra être plus grande que sa ration au contact de l'air. Mais il y a une autre cause qui produit un effet inverse, c'est l'action de l'oxygène. A son contact, l'activité protoplasmique est certainement plus grande. Que dans une fermentation anaérobie, qui commence à se ralentir par suite de l'épuisement de la levure, on fasse arriver au contact du liquide une bulle imperceptible d'air ou d'oxygène, on verra le dégagement gazeux augmenter notablement. « Une fermentation est en marche : soutirez, même rapidement, le liquide et reversez-le aussitôt dans la cuve. Au bout d'une heure au plus vous constatez un accroissement marqué de la fermentation, accusé par un dégagement plus abondant d'acide carbonique... Les cellules qui ont subi le contact de l'air deviennent plus fermes d'aspect et de contour, leur plasma intérieur est plus nourri, plus jeune, plus translucide, moins vacuoiaire. Les granulations moléculaires sont moins visibles... Le bourgeonnement recommence s'il était suspendu (Pasteur, Études sur la bière, p. 3o7). Bref, si la vie anaérobie s'accom- pagne d'une augmentation de a à cause de la mauvaise utilisation de la matière alimentaire, la vie aérobie agit dans le même sens par suite de l'augmentation dans l'activité protoplasmique. L'appétit augmente, la ration alimentaire doit augmenter aussi. Il faudrait des expériences spéciales pour mesurer a et m, expé- riences dans lesquelles tout demeurerait constant, nature du liquide sucré et de la levure, température, etc., tout, sauf le temps laissé à la transformation. Les expériences de Pasteur, que j'ai résumées en com- mençant, ne satisfont pas à ces conditions, n'ayant pas été faites pour être comparables à ce point de vue. On peut pourtant en tirer quelques indications générales sur la valeur de a et de m dans les cas d'aéra- tion parfaite et de suppression complète de l'air. Dans le cas oij la vie est surtout aérobie, nous avons vu que la valeur du pouvoir ferment, dans une culture de la levure arrêtée après :2i heures, é'ait égale à i. Si on prend la période de :2i heures pour unité de temps, on a dans ce cas m -f- a = 4, et on aurait pu trouver pour cette somme m + a une valeur plus petite si on avait interrompu l'expérience plus tôt. Gela nous donne pour m et a des valeurs voisines de l'unité. Nous sommes sûrs d'avoir des valeurs par excès si nous prenons fl ^ 2 et m = 2. Prenons maintenant la fermentation très anaérobie qui nous a donné pour p la valeur 176. Ici l'expérience a duré 3 mois, c'est-à-dire 00 jours : on a donc ITG = m + 90 a 426 ANiNALES DE L'INSTITUT PASTEUll. Ce qui, avec m = 2, nous donne a~ i, 9. Les deux valeurs de a, dans ces ca^ extrêmes, sont donc très voisines, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne varieront pas beaucoup plus pour des mélanges con- venables de la vie aérobie et anaérobie. Dans la valeur de p p = m 4- (it on voit que, lorsque le temps de la transformation est court, c'est-à-dire dans la vie aérobie, c'est la dépense de construction qui l'emporte. Si on pouvait n'introduire dans le liquide qu'une cellule, la peser au moment où elle aurait parachevé son premier bourgeon, et apprécier la quantité de sucre qu'elle a consommé pour cela, on trouverait peut-être que le premier bourgeon pèse le même poids que le sucre consommé pour le produire par le globule mère, et que par conséquent m est égal à l'unité. A ce moment, pour ce bourgeon, t est nul, puisque sa vie commence, et sa seule dépense est la dépense de construction. Au contraire, dans une fermentation anaérobie qui trame, où il s'est produit peu de levure, c'est la dépense d'entretien qui l'emporte de beaucoup. Qu'est dans l'équation précédente, 176 = m -4- 90 a la valeur de m, toujours voisine de l'unité, vis-à-vis du nombre 176? On peut presque en faire abstraction. Comme ce sont là les conditions des fermentations ordinaires, nous pouvons tirer de ce qui précède une dernière conclusion. Nous ne savons pas quel est le signe thermochimique de la transformation de la quantité ml de sucre en la quantité / de levure ; en d'autres termes, nous ne savons pas si cette organisation de la levure aux dépens du sucre absorbe ou produit de la chaleur. .De quelques nom- bres donnés par M. Berthelot (Comptes rendus, 3 février 1879), il semble qu'on puisse conclure qu'elle en absorbe. Mais on n'a aucune incertitude sur le signe tbermochimique du terme qui correspond à la dépense d'entretien. Celui-ci produit nettement de la chaleur; beaucoup dans la vie aérobie, moins dans la vie anaérobie, pour une même dépense de sucre. Mais la réaction est toujours exothermique, et comme la quantité de sucre qui correspond à la dépense d'entretien est toujours de beaucoup supérieure à celle qui correspond à la dépense de construction, on voit qu'elle donne son signe thermochimique à rensembie. Telles sont les notions principales que l'on peut faire ressortir de UEVUIÎS ET ANALYSES. 127 notre conception des phénomènes présentés par le globule de levure. Il nous resterait à les appliquera l'examen et à la criti ikoff.dd V. Roussel lith linp. A. Lfifontaine &. Kils, Pii" 10™e ANNEE MARS 1896 N» 3. . ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE (PREMIER MEMOIRE) Par m. E. DUCLAUX La puissance hygiénique de l'action solaire prend une telle place dans les préoccupations des savants que je crois devoir publier les études actinométriques que j'ai poursuivies depuis quelques années. Dans quelles conditions se manifeste celte activité spéciale de la lumière ? Comment varie-t-elle avec l'alti- tude, la latitude, les conditions climalériques? La présence des nuages l'interrompt-elle? Des jours également lumineux sont- ils également actifs au point de vue de leur action sur les mi- crobes, leurs milieux de culture, leurs sécrétions, leurs toxines? Voilà quelques-unes des questions qui se posent. Elles sont tellement vastes et tellement complexes que je n'ai pu me pro- poser que d'en ébaucher l'élude, et je voudrais seulement exposer les premiers résultats auxquels j'ai été conduit. Pour laisser la question sur le terrain de l'hygiène qui est celui où elle a le plus d'importance, il aurait fallu employer comme réactifs de l'action à étudier des microbes convenable- ment choisis, des virus ou des toxines capables d'atténuation. J'ai pensé qu'il était beaucoup plus simple et qu'il serait beau- coup plus rapide de s'adresser à un phénomène chimique, à une de ces réactions oxydantes que la lumière peut provoquer, et auxquelles on se trouve conduit, en dernière analyse, quand on cherche le mécanisme profond de l'action de la lumière sur un être vivant, sur son alimentation ou sur ses sécrétions. On se 9 130 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUli. heurte toujours alors à un phénomène chimique, c'est-à-dire à un phénomène qui dépend surtout de la partie chimique du spectre solaire, à l'exclusion des rayonnements purement calorifiques ou lumineux. C'est en somme de l'aclinométrie que j'ai voulu faire, mais par une méthode permettant de séparer, mieux qu'on ne Ta fait jusqu'ici, les trois sortes d'action, chimique, calorifique et lumineuse qui voyagent ensemble dans un rayon de soleil, et qui sont inégalement absorbées par les milieux qu'elles traversent. De ces trois actions je voulais, autant que possible, n'étudier que la première. Pour cela, je ne pouvais recourir à la méthode employée par MM. Bunsen et Roscoë au début de l'ac- tinométrie, méthode qui repose sur l'emploi d'un mélange de chlore et d'hydrogène qu'on expose à la lumière. On juge de l'in- tensité de l'action chimiqueparla quantité d'acide chlorhydrique formé dans un temps donné, ou plutôt par la diminution de volume qui en est la conséquence. Cette méthode a deux défauts graves. Le premier est que la réaction peut se produire sous l'effet de la chaleur aussi bien que sous celui des rayons chimiques, et qu'elle laisse confondues deux actions qu'il s'agi- rait d'isoler. Le second, beaucoup plus sérieux, est que la réaction est extrêmement exothermique, et par suite se continue, une fois commencée, sous l'influence delà chaleur qu'elle déve- loppe. L'action initiale est seulement excitatrice, et met en jeu un mécanisme qui fonctionne en dehors d'elle. On s'efforce, il est vrai, de réduire au minimum le jeu de ce mécanisme en n'opérant que sur de faibles quantités de gaz, et en multipliant les surfaces do refroidissement, de façon que le phénomène ait sans cesse besoin d'une excitation nouvelle pour se continuer. Mais on n'échappe pas à ce défaut de proportionnalité entre la cause et Teffet, qui rend les mesures presque illusoires. On retrouve les même défauts, sensiblement atténués, dans la méthode souvent utilisée qui repose sur la réduction du peroxalate de fer à la lumière. Depuis l'observation initiale de Dubereiner, H. Draper, Marchand, G. Lemoine ont utilisé cette réaction. Comme dans la précédente, le mélange de perchlorure de feret d'acide oxalique se réduit sousTinfliience de la chaleur seule, et, bien que cette réduction soit lente, elle intervient comme cause d'erreur. De plus, le liquide est coloré et se décolore à mesure ETUDES sua L'ACTION SOLAIRE. 13 que l'action progresse. Les conditions d'absorption sont donc modifiées pendant la mesure, et par un phénomène en quelque sorte extérieur. Enfin la réaction est encore assez exother- mique pour qu'il faille en tenir compte. Tous ces défauts ont été corrigés le mieux possible par M. G. Lemoine, qui fait depuis longtemps une élude attentive et soigneuse du procédé. Mais les précautions à prendre ne laissent pas à la méthode une sim- plicité suflisante pour le but que je voulais atteindre. L'idéal serait de découvrir un liquide limpide et transparent, ne changeant pas pendant la réaction, ne donnant pas de pré- cipité, et devenant le siège d'un phénomène chimique facilement mesurable qui ne pourrait être produit par l'action de la chaleur. Peut-on aller plus loin dans ces exigences? M. Berthelot ne le croit pas et pense que l'apport d'énergie provenant de l'absorp- tion de radiations calorifiques, lumineuses ou chimiques, serait insuffisant pour produire un phénomène chimique, si celui-ci ne produisait pas un peu de chaleur. Je ne vois pas bien pourquoi une absorption calorifique de lumière solaire ne pourrait pas compenser une chaleur de combinaison, et permettre à des réactions, môme un peu endothermiques, de se manifester. J'ai cherché à en découvrir de pareilles, dont riulerprétation fût sans ambages. Je n'en ai pas trouvé. J'ai été forcé de revenir à une réaction anciennement connue, l'oxydation que subissent à la lumière les solutions d'acide oxalique. Ces solutions sont transparentes. L'acide oxalique devient au soleil de l'acide carbonique qui disparaît, de sorte que l'oxy- dation subie s'apprécie facilement par un dosage acidimétrique fait avant et après l'exposition à la lumière. La réaction produite est faiblement exothermique dans des solutions aussi étendues, car nous verrons qu'il ne faut pas dépasser 3 grammes d'acide oxalique par litre. De plus, je me suis assuré que le dégage- ment de chaleur produit par la réaction, alors même qu'il serait plus sensible, serait sans effet, car l'acide oxalique ne -s'oxyde qu'avec une lenteur extrême sous l'influence de la chaleur seule. Exp.— 10c. c. de solution d'acide oxalique titrant 19,0 c. c. d'eau de cliaux sont chauffés au bain-marie, à 95" environ, dans des ballons de 125,0 c. c. Après 4 heures de chauffe, le litre est de 18,3, perte 2,6 0/0. — 8 — _ ^ . 18,0 — 5,2 0/0. ■ 132 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Exp. — 10 c. c. d'une autre solution titrant 16,6 ce. d'eau de chaux sont chauffés de même une demi-heure et une heure à 115o; le titre tombe à 16,1 c. c. et 16,2 c. c. Pendant les journées de plus forte chaleur, la température- dans les cuvettes oii j'expose l'acide au soleil ne dépasse pas 40°; on peut donc admettre que ni la chaleur solaire ni la chaleur produite par la réaction n'ont une influence sensible sur la combustion au soleil, qui peut dépasser 50 0/0 de l'acide oxalique. Les rayons calorifiques étant à peu près sans action, il serait souhaitable de pouvoir éliminer de même Faction des rayons lumineux. Peut-être pourrait-on y arriver, car, comme nous le verrons bientôt, la portion utilisée de la radiation solaire est surtout la portion chimique. Je n'ai pas jugé que la chose soit utile. C'eût été trop s'éloigner des conditions hygiéniques, car, même dans les climats les plus froids, la lumière agit en même temps que les rayons chimiques. J'expose donc sans écran ma solution au soleil. Etudions ce qui s'y produit. Exposé à la lumière, l'acide oxalique absorbe de l'oxygène et se transforme à peu près intégralement en acide carbonique. Il se forme aussi un peu d'acide formique, mais en quantités presque infinitésimales. Il en résulte que l'acide oxydé peut s'apprécier par un simple dosage acidimétrique. Injlacnce de la concenlralion. Pour faire l'étude du procédé actinométrique, la première chose à faire était de chercher quel est le degré de concentration de la liqueur qui donne la sensibilité maxima. Pour le savoir, j'ai exposé au soleil dans les mêmes conditions, du 4 au 6 juin 1885, pendant trois belles journées comprenant environ 36 heures d'insolation, dO c. c. de quatre liqueurs contenant respectivement 63 grammes, 31s^5, 12f''',6 et 6s'\3 d'acide oxalique par litre, soit 1, 1/2, i/o et I/IO d'équivalent par litre. Voici quelles ont été au bout de ce temps les quantités absolues et les proportions d'acide brûlé dans ces liqueurs. Liqueur à 63gr 31gi',5 Quantité d'acide brûlé.. 0g'-,023 0gr,028 Proportion d'acide brûlé. 0,04 0,09 Les solutions concentrées se brûlent donc moins vite que les solutions étendues, et donnent une plus faible variation de 12gi\6 eg>',3 0g'-,047 0g>',033 0,38 0,52 ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 133 titre. Il faut d'un autre côté que les solutions ne soient pas trop étendues pour que réchelle de mesure ne soit pas trop réduite. Je me suis arrêté à une liqueur dont la variation de titre pendant les journées les plus favorables ne dépasse guère la moitié du titre initial : c'est une solution demi-décime renfermant environ 3 grammes d'acide oxalique par litre. 10 c. c. de ce liquide sont saturés par environ le même volume d'eau de chaux ordinaire. La variation de titre jour- nalière ne dépassait donc pas 5 c c. d'eau de chaux, qu'on appréciait au 1/100 environ dans une burette graduée. La précision obtenue est ainsi plus que suffisante. Influence de l'épaisseur du liquide. La quantité d'oxygène nécessaire pour transformer en acide carbonique la quantité d'acide oxalique contenue dans 10 c. c. de notre liqueur précé- dente est notablement supérieure à celle qui existe en solution dans le liquide. Il faut donc l'étaler en surface à Tair, et, quelle que soit la facilité de pénétration de l'oxygène dans un liquide exposé en surface pendant 8 à 10 heures à l'insolation, on peut se demander si une solution d'acide oxalique se brûle de la même façon dans un vase à fond plat, un verre conique ou un tube cylindrique. Exp.— Les 16, 17, 18 et 19 août j'expose au soleil 10 c. c. d'une solution demi- décime d'acide oxalique : a, dans un verre conique; b, dans un tube à essai ordinaire; c, dans un matras de Bohème à fond plat. Pour assurer l'unifor- mité de température, le tube b est introduit debout dans le matras c. L'ex- position dure de 8 h. du matin, à 3 h. 30 du soir. Voici les proportions d'acide brûlées : a. b. c. 16 août 29 0/0 — 65 0/0 17 » 34 14 0/0 97. 18 » 34 13 84 19 » 31 14 87 Ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, la proportion d'acide brûlé est notablement plus grande dans un vase à fond plat que dans un tube cylindrique. La différence est même tellement no- table que les difficultés de pénétration de l'oxygène ne suffisent pas à l'expliquer. La combustion de 13 0/0 d'acide, produite en 7 heures dans le matras b, n'exige pas plus de 0,4 c. c. d'oxy- gène, c'est-à-dire environ G fois la quantité normalementdissoute i34 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dans le liquide. Quand on songe à la rapidité avec laquelle une eau s'aère, il est difficile de croire que ce soit l'oxygène qui ait manqué, et on se trouve conduit à penser que c'est l'action chi- mique qui a fait défaut. Si le faisceau incident de rayons solaires' n'apporte avec lui qu'une faible provision d'énergie chimique, les couches superficielles du liquide oxydable absorbent pour elles ce qui est disponible, et forment écran pour les couches profondes qui restent intactes, alors même qu'il y aurait de l'oxygène pour brûler l'acide présent. Cette conception, qui nous présente la radiation solaire comme pauvre en rayons chimiques, ou l'acide oxalique comme très exigeant à l'égard de ces radiations, mérite qu'on s'y arrête. Eu Tétudiant, nous pourrons peut-être nous renseigner sur le qiiaitlmn d'action chimique à attendre de la lumière au voisi- nage du sol, et par conséquent sur le degré d'absorption atmo- sphérique. Pour nous renseigner à ce sujet, opérons sur des cuvettes cylindriques à fond plat, ayant au plus une hauteur de 1 centimètre, de façon que l'oxygène y ait toujours un facile accès. Si c'est l'influence actinique qui est rare ou qui fait dé- faut dans la lumière iucidente, nous devrons pouvoir mettre en évidence les influences de la surface et de l'épaisseur du liquide. Pour des épaisseurs égales, la combustion devra être proportion- nelle à la surface. Pour des surfaces égales avec des épaisseurs dilïérentes, la combustion devra se faire surtout dans les couches superficielles et ne pas augmenter avec l'épaisseur, c'est-à-dire avec le volume du liquide, ou du moins, à cause de l'influence des parois et des mouvements du liquide, ne pas augmenter aussi rapidement que ce volume. Exp. — Dans deux -vases c^iindriques très plats, j'introduis dO c. c. et 20 c. c. d'une solution demi-décime d'acide oxalique. Après une journée assez sombre, un peu orageuse, je trouve que les quantités absolues d'acide brûlé dans les deux cuvettes sont de 28 et de 46. La combustion est donc proporlionnellement plus forte dans le vase où l'épaisseur du liquide était moindre. Exp. — Je me suis procuré deux cuvettes cylindriques de même hauteur, dont les surfaces étaient dans le rapport de I à 2, et que j'exposais au soleil, la première avec 10 c. c, la seconde avec 20 c. c. de liquide, de façon que les épaisseurs étaient les mêmes. Les quantités d'acide brûlé ont toujours été dans le rapport de 1 à 2, dans une nombreuse série d'expé- *riences comparatives, avec une approximation égale à celle, que comporte ETUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 135 le procédti de dosage. Du reste, point n'est besoin d'expériences spéciales, car deux cuvettes égales, exposées au soleil pendant le même temps, donnent à la fln de la journée le même titre, s'il n'est survenu aucun accident, cliute de poussière ou autre chose. Tl y a donc un tamisage efficace de rayons actiniques par les premières couches traversées, et soit que ces rayons soient peu abondants, soit que le milieu soit très opaque pour eux, l'affai- blissement est rapide lorsque l'épaisseur augmente. Nous aurons à utiliser tous ces résultats quand nous chercherons la cause de l'absorption atmosphérique. Contentons-nous pour le moment d'en tirer une conclusion pratique, c'est qu'il faudra opérer dans des cuvettes d'égale dimension, avec des quantités égales de liquide, si on veut avoir des nombres comparables. Je me sers pour cela de petites cuvettes soufflées, en verre de Bohême, à fond plat, qu'on trouve dans le commerce, et que je choisis de môme dimension, ce qu'on voit très facilement en les abou- chant, et en cherchant si elles ont le même diamètre extérieur et la même épaisseur. Il n'est pas nécessaire de pousser plus loin la précision, étant données les autres incertitudes du pro- cédé de mesure. Celles dont je me suis servi dans toutes mes expériences avaient environ 5 c. de diamètre, et 10 c. c de liquide y avaient une hauteur d'environ 5 mill. Quand j'opérais à la campagne dans le Puy-de-Dôme ou dans le Cantal, oii la poussière n'est pas calcaire, je les laissais ouvertes au soleil, sur une tablette exposée au midi. L'échauiïement y est tempéré par l'évapo- ration, et j'ai dit plus haut que je n'avais jamais vu la tempéra- ture dépasser 40°; quelquefois pourtant, surtout lorsqu'il y a du vent, il faut craindre de voir l'évaporation faire disparaître tout le liquide. Il est facile d'éviter cet inconvénient qui fausse les mesures, en mettant la cuvette sur un bain d'eau dans un large cristallisoir, sur lequel elle flotte. On peut aussi augmenter le volume de la liqueur actinométrique, et opérer sur 20 c. c. au lieu de 10 c. c. ; un facteur facile à trouver donne le coefficient de réduction qu'il faudra appliquera lasecondedes deux séries d'expériences pour la rendre comparable à la première. Influence de l'âge de la dissolution. Nous arrivons ici à un fait imprévu, c'est qu'une dissolution récente d'acide oxalique ne se comporte pas comme une solution vieille de même concentration, 136 ANNALES DE L'INSTITUT P.VSTEUR. et se montre beaucoup plus rétive à l'action solaire. Ce n'est que peu à peu qu'elle se sensibilise. Il lui faut pour cela quel- ques semaines si elle est exposée à la lumière diffuse, et quel- ques heures seulement si elle est exposée au soleil. Exp. — Le 5 septembre, je compare deux liqueurs contenant chacune lgr,573 d'acide oxalique par litre, l'une vieille, l'autre que je viens de préparer. Le titre commun est de 22,8c. c. d'eau de chaux pour 10c. c. Alafin delajournée, qui a été un peu brumeuse, les titres sont de 16,2 c. c. dans deux cuvettes con- tenant de l'ancienne liqueur, de 21,7 c. c. dans deux cuvettes contenant la liqueur neuve. Les pertes sont donc de 0,7 ce. et de 1,1 c. c. La vieille liqueur est donc six fols plus sensible que l'autre. . Le lendemain, la journée ayant été plus belle, les pertes sont de 8,5 c. c. pour l'ancienne liqueur, de 1,5 c. c. pour l'autre, c'est à peu près le même rapport que la veille. Le 12 septembre, après une belle journée, deux essais couplés me donnent .de même des pertes de 9,3 c. c. pour l'ancienne liqueur, de 5,9c. c. pourlanou- velle. La dilïérence de sensibilité a déjà beaucoup diminué après 6 jours passés à la lumière diffuse. Le 23 septembre, après 20 jours, les perles sont devenues 8,6 c. c. pour la première liqueur, 7,7 c. c. pour la seconde. Ce n'est pas encore l'égalité, qui n'est atteinte que dans le courant d'octobre, après plus d'un mois. Le fait que deux liqueurs, l'une ancienne et l'autre jeune, atteignent, au bout de quelque temps, le même degré de sensi- bilité, prouve qu'il y a un maximum. Quand elle l'a atteint, la solution d'acide oxalique ne se différencie en rien de ce qu'elle était à l'origine, ni au point de vue physique, ni au point de vue chimique. Elle donne par évaporation le même acide cristallisé qu'à l'origine, et n'a même pas changé de litre acidimétrique, si on la protège, en la sensibilisant au soleil, contre l'action de l'oxy- gène. Il y a pourtant un travail moléculaire qui s'y est accompli, travail qui demande un certain temps, et qui ne se traduit que par une plus grande oxydabilité en présence de la lumière. ' Le seul phénomène qu'on puisse, à ma connaissance, com- parer à celui que nous venons de découvrir est l'augmentation de sensibilité qu'on observe dans un coUodion quand on le laisse vieillir quelques jours. Le fait est bien connu des photographes, mais est encore trop obscur pour nous éclairer sur le nôtre. Du même ordre sont les faits que j'ai observés en faisant des instantanés avec des plaques au gélatino-bromure. On peut abréger très sensiblement le temps de pose en ne découvrant ETUDES SUR L'ACTION SOLAIllE. 137 la lentille qu'après le passage d'un verre dépoli qui illumine un instant la plaque avant qu'elle ne reçoive l'impression de l'image à recueillir. On lui donne aussi une sorte d'ébranlement initial qui semble faciliter la gravure de l'image. On peut ainsi songer, comme analogie, à la variation du pouvoir rotatoire de quelques solutions sucrées après leur préparation. Mais ici les liqueurs semblent tendre à un état plus stable, tandis que nos solutions d'acide oxalique font des progrès du côté de l'instabilité. Quoi qu'il en soit, il y a évidemment avantage à laisser les solutions d'acide oxalique acquérir celle sensibilité avant de s'en servir; cela est d'autant plus facile que ces liqueurs peuvent se sensibiliser lorsqu'elles sont concentrées, et conserver cette sen- sibilité lorsqu'on les dilue. D'ordinaire, je préparais un ou deux litres d'une solution normale à 63 grammes d'acide oxalique cristallisé par litre, que je diluais par fractions, au vingtième. La provision d'une solution de sensibilité constante est ainsi assurée pour longtemps. Dans toutes les expériences comparatives dont il sera question dans ces études, j'ai toujours eu soin d'opérer sur des liqueurs identiques et ayant même sensibilité. Nous voilà maintenant en possession de notre procédé opé- ratoire qui est celui-ci : exposer au soleil, pendant la journée, une cuvette plate, renfermant un volume déterminé d'une solution sensibilisée d'acide oxalique, et mesurer à la fin du jour, par un titrage à l'eau de chaux, la quantité d'acide oxalique disparu par oxydation. MESURES ACTLNOMÉTRIQUES J'ai fait, depuis 1885, plusieurs séries de ces mesures actino- métriques, surtout pendant la belle saison, aux vacances, aux époques où j'étais assez maître de mon temps pour leur assurer la régularité qu'elles exigent. Toutes ces séries, faites à de grands intervalles et dans des lieux différents, ne sont pas abso- lument comparables, les liqueurs d'épreuves ayant pu subir, d'une année à l'autre, de petites variations. Ces variations sont nulles, cependant, dans une même année, ainsi que j'ai pu le constater à diverses reprises, car toutes les fois que je changeais de liqueur d'épreuve, j'exposais simultanément deux ou plusieurs cuvettes de l'ancienne et de la nouvelle, et j'ai toujours vu que 138 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. la combustion solaire était la même pour toutes, au degré d'approximation que comportent ces mesures. Quand on opère avec deux ou plusieurs cuvettes contenant un même liquide en quantités égales, il n'arrive pas toujours' qu'on trouve pour toutes exactement la même variation de titre, à la fm de la période d'exposition. Il y a dans ces mesures des irrégularités dont nous nous expliquerons bientôt quelques- unes, et dont les autres échappent à toute explication par leur soudaineté et leurs bizarreries. Il est certain qu'il y a là des infiuences dont l'effet est parfois hors de proportion apparente avec la cause, et qui sont fortuites, c'est-à-dire qu'elles appa- raissent tout à fait inopinément sur certaines cuvettes et non pas sur d'autres. Si elles étaient fréquentes, elle rendraient toute mesure incertaine et illusoire. Heureusement elles sont rares, et on peut toujours en éliminer l'influence en faisant chaque jour l'essai actinométrique sur 3 ou 4 cuvettes, et en ne gardant dans les chiffres trouvés que ceux qui sont concordants : on réduit ainsi assez la part du hasard pour la rendre négligeable. C'est ainsi qu'ont été faites les observations qui vont suivre. Les temps d'exposition ont été généralement les mêmes, de 8 heures matin à 4 heures soir. Pour chacune d'elles on a noté la proportion d'acide oxalique brûlé. On a, en outre, noté en gros l'état du ciel et les principaux incidents de la période d'insolation. Une attention particulière a été apportée, à l'origine, à la consta- tation des lueurs solaires et antisolaires, qu'on a notées avec les abréviations S. et A. S. dans les tableaux suivants. Ces lueurs étaient très fréquentes dans les deux premières années où ont été faites ces observations, et n'ont jamais été absentes depuis. J'ai décrit, dans une note insérée en 1883 dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, l'aspect qu'elles prenaient dans le pays où j'ai commencé ces études. Plus je les étudie, plus je les considère comme dues à l'existence de la vapeur d'eau à de très grandes hauteurs dans l'atmosphère. S'il en est ainsi, elles ne doivent avoir qu'une faible influence sur les phénomènes de combustion solaire, tandis qu'il pourrait en être autrement, si elles étaient dues, comme on le pense communément, à un nuage de matières très ténues, flottant dans l'atmosphère. Les tableaux qui suivent vont nous montrer les variations considérables que subit, non seulement d'une année à l'autre, ÉTUDES SUR L ACTION SOLAIRE. 131) mais d'un jour à l'autre, la radiation chimique du soleil, tra- duite par la quantité d'acide oxalique qu'elle fait disparaître par combustion. Cette combustion, presque nulle pendant les jours sombres et pluvieux, atteint, en général, son maximum pendant les jours clairs et lumineux, mais s'y montre très inégale. Il y a des jours très clairs oii la combustion est faible, d'autres 01*1 elle est active et qui ne se difTérencient nullement, à l'œil, des premiers. Par un ciel pommelé ou avec des cumulus légers, la combustion solaire peut être plus active qu'avec un ciel bleu ou légèrement voilé de cirrus. En un mot, la beauté apparente d'une journée n'est nullement en relation avec son activité chimique et sa puissance hygiénique. C'est là une notion qui n'étonnera pas beaucoup les photo- graphes, surtout ceux qui font du paysage et qui savent que des journées également chaudes et lumineuses ne donnent pas les mêmes résultats pour les mêmes temps de pose, et qu'il y en a pen- dant lesquelles, sans que rien en avertisse^ l'impression chimique est beaucoup plus lente que dans d'autres. Il m'est arrivé, à deux reprises, dans un jour oii l'acide oxalique indiquait une action chimique faible, de manquer des photographies par insuffisance de pose, trompé que j'étais par l'éclat apparent de la journée oi^i j'opérais. EXPÉRIENCES DE I880 Observations faites à Fan (Cantal). Altitude 630". Pays de prairies et ter- rain volcanique. S. et A. S. signifient lueurs solaires au conchant et lueurs antisolaires. Dates Combustion solaire 0/0. 15 août. 21 16 — W 17 — 3-'i 18 — 32 19 — 32 20 — 30 21 — 2i 22 — 24 2.3 — 22 24 -^ 27 23 - 23 26 — 30 27 — 26 2 sept. 32 Observatioas. Beau. Légers cirrus. Beau. Vent d'E. Ciel pur. Cirro-cumulus. Temps frais. Ciel voilé le matin. — Cumulus. Ciel pommelé. Temps orageux. Pluie le soir. — Cumulus. Pluie la veille. Temps clair. S. faibles. Dates. Combustion solaire 0/0. 3 sept, 4 — 7 5 — 13 6 — 7 7 — 7 8 — 28 10 - 35 11 — 28 12 — 36 13 - 22 440 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR Observations. Journée pluvieuse et orageuse. Pas de soleil. Quelques échappées de soleil. Le bar. remonte. Journée mi-partie soleil et pluie. Pluie le matin, un peu de soleil le soir. Comme hier. Journée en apparence semblable aux deux précé- dentes. 9 — 7 Bruine et pluie le matin, soleil le soir. S. et A. S. pendant plus d'une heure. Très belle journée, S. et A. S. Pluvieux le matin, éclaircies le soir. S. et A. S. trè vives. Belle journée, couronnes autour de la lune. S. et A. S» Très belle journée. Quelques cirrus. Le soir, au cou- cher du soleil, quelques nuages au couchant jettent leur ombre au levant sur la lueur antisolaire. Il y a aussi, au voisinage de ces lueurs, des nuages dont la couleur rouge violacé est exactement la même, à la dilution près, que celle de la lueur anti- solaire. Couronne irrégulière autour de la lune, frangée et allongée dans certaines directions par des bandes de cirrus. 14 — 21 Journée très belle et très chaude. S. et A. S. très belles. 15 — 27 Journée très belle. S. et A. S. faibles. 16 — 35 Très belle journée. Légers cirrus. Pas de S. et d'A. S. 17 — 21 — Cirrus et cirro-cumulus. Le soir, orage. 18 — 17 Assez beau le matin. Couvert le soir. Pluie et orage à six heures. 19 — 17 Journée mi-partie nuages et soleil. 20 — 34 Belle journée. S. et A. S. 21 — 29 Belle journée, cirrus et cirro-cumulus. S. et A. S. 22 — 33 Belle journée sans nuages. S. et A. S. belles, mais peu durables, comme la veille. 23 — 32 Comme la veille. 24 — 29 Cirrus nombreux. Le soir, cumulus et orage. Bar. en baisse. 25 — 1 Journée sombre et froide. Halo lunaire. 26 — 13 Journée médiocre; quelques échappées de soleil. 27 — Temps pluvieux le matin, sombre et froid toute la journée. 28 — 4 Rares échappées de soleil. 29 — 3 Brouillard et pluie toute la journée. 30 — 2 Pluie le matin, le soir bruine. Pas de soleil. "> ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 141 Dates. CombuslioQ Observations, solaire 0;0. 1er oct. 3 Pluie le matin. Très peu de soleil le soir. S. et A. S. Brouillard violet dans la vallée. 12 Assez belle journée. Le soir, lueurs violacées très sen- sibles au voisinage de Vénus, dont l'éclat est très vif. Ciel voilé toute la journée. Beau le matin, le soir sombre. Belle journée. Très rares nuages. S. et A. S. .Tournée brumeuse. Pluie tout le jour. Belle journée d'automne. Soleil un peu embrumé. Pluie le matin, soleil le soir. Pluie tout le jour. Très rares échappées de soleil. Pluie le matin, un peu de soleil le soir. Temps couvert, soleil rare. Ciel couvert, temps froid, vent du N. Gelée la nuit. Beau le matin, couvert le soir. Journée sombre et pluvieuse. Pluvieux le matin ; le soir quelques trouées dans les nuages. Très belle journée d'un bout à l'autre. Très belle journée. Le soir, cirrus et halo de 22o. Bar. en baisse. 19 — 18 Sombre le matin, un peu de soleil le soir. Après trois heures, pluie continue. Journée pluvieuse, pas de soleil. Vilaine journée, temps sombre. Comme la veille. Assez belle journée, malgré un vent d'E. qui devient très fort à neuf heures. Journée pluvieuse d'un bout à l'autre. Mi-partie soleil et pluie. Deux courants aériens : l'un du S., supérieur, emportant des cirrus; l'autre, du N., inférieur, avec nuages en flocons. Ce dernier finit par dominer, et, après avoir donné des pluies intermittentes et légères, amène une nuit fraîche. Journée pluvieuse. Bourrasque la nuit. Journée assez belle. Journée pluvieuse. Journée pluvieuse, rares éclaircies. Ces deux mois d'observation prouvent déjà que la combus- tion solaire passe par des valeurs très différentes à 24 heures de distance. Faible ou nulle avec la pluie, elle s'élève notablement pendant les belles journées de soleil. Mais elle paraît subir d'autres 3 — 20 i - 11 o — 24 6 — 12 7 — 1 8 - 24 9 — 13 10 - 6 11 — 13 12 12 la — 7 14 — 22 15 — 4 16 — 13 17 — 19 18 — 18 20 — 5 21 — 9 22 4 23 — 24 24 — 3 2o — 14 26 — 2 27 — 15 28 - 3 29 — 5 142 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. influences que celles que nous traduisons par les mots de belle journée, beau temps, etc.. Si, d'une part, nous voyons, en elTel, les journées du 20 au 24 août, très semblables de physionomie extérieure, se ressembler aussi beaucoup au point de vue actinométrique, nous avons, d'un autre côté, les exemples des 17, 18 et 19 septembre où le degré de combustion est à peu près resté le même et oii, pourtant, le temps a été très beau pendant les deux premières journées, et très médiocre pendant la dernière. Un exemple inverse nous est fourni par les 6, 7 et 8 septembre, qui ont différé beaucoup au point de vue actinométrique, tout en se ressemblant beaucou extérieurement. Il serait intéressant de découvrir sous quelles influences se produisent ces variations. En attendant que nous y arrivions, remarquons que la combustion des plus belles journées d'octobre n'atteint pas celle des plus belles journées de septembre ni daoût. On pourrait croire que c'est parce que la durée du jour est plus courte en octobre, mais la durée d'exposition au soleil a toujours été la même, de 8 h. 30 minutes du matin à 4 h. 30 minutes du soir. Il y a donc, il semble, une influence de la saison qu'il faudra essayer de rapporter à sa véritable origine. Continuons, pour le moment, à recueillir des documents pour cette étude. EXPÉRIENCES DE 1886 Même station de F au (Cantal). Observations. Belle journée. Rares cumulus. Vent d'E. après jour- nées pluvieuses. Cirrus, ciel voilé, temps assez chaud le matin. Bar. en hausse. Jour blanc, vapeurs avec rares éclaircies. Courant du S. dans les hautes régions. Assez belle journée. Cirrus légers. Bar. stalionnaire. Sombre le matin. Pluie à midi, le soir éclaircies et averses. Sombre le matin. Le soir un peu meilleur qu'hier. Soleil voilé le matin; éclaircies le soir. Journée sombre, pluvieuse, froide, presque sans soleil. Comme hier; une heure de soleil en tout. Journée froide, pluvieuse, sans soleil. Bar. en légère hausse. Dates. Combustion solaire 0/0. 31 mai. 31 1er juin. 18 2 12 o o — 18 4 — 2 5 — i 6 — 11 7 — 3 8 — 6 9 — 1 Dates. Gûiiilnislion solaire 0/0. 10 juin 1 11 — 8 12 — 2 13 - 10 li — 11 15 — 16 — 30 17 — 32 18 — 17 19 — 11 20 — 11 21 — 17 2-2 — 12 23 — 6 2i — 23 ETUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 143 Oliservalions. Pluie tout le Jour. Quelques éclairdes. Bar. en hausse. Pas de soleil. Pluie, brumes, un peu de tonnerre vers 3 heures. Averses abondantes, mais courtes. Ciel couvert, rares éclaircies. Soleil intermittent. Cumulus emportés par un vent de N. W. Journée sombre. Bruine et pluie le soir. Belle journée; air sec ; vent du N. Nuages blancs. Comme hier. Journée assez sombre; temps un peu orageux. Matinée sombre ; soiréeavecunpeudesoleil. Vent duN. Pkiie le matin. Le soir, soleil et orage. Journée sombre. Soleil rare. Sombre, pluvieux, presque pas de soleil. Belle journée, surtoni le soir; cirrus le matin, cumu- lus le soir. 25 — 42 Très belle journée. Rares cirrus le matin. Le soir, bandes de cirrus orientées E. 0. Journée sombre et pluvieuse. Très rares éclaircies. Assez belle journée. Cirrus et cirrocumulus. Comme hier. Temps plus couvert et très chaud. Matinée assez belle; soirée un peu orageuse. Belle journée. Lueurs S. faibles. Très belle journée. Belles lueurs A. S. Beau le matin, orageux le soir. Beau le matin. Le soir très couvert et orage. Très belle journée. Très rares nuages. S. et A. S. Très belle journée; brume de beau temps. S. et A S. Très belle journée, presque pas de brume. S. et A. S. Un peu brumeux. Menaces d'orage. Le soir, roule- ment continu de tonnerre pendant un quart d'heure, dans une couche de nuages très mince venant du N. W., et glissant entre une couche inférieure im- mobile et une couche supérieure venant du S. W. et emportant des cumulus. La nuit, orage. Pluie le matin, soirée médiocre. Sombre le matin. Soleil le soir. Un peu couvert vers midi. Le reste beau. Belle journée; rares cumulus. S. et A. S. Belle journée, temps calme. Belles lueurs A. S. Ciel un peu brouillé, menace d'orage. 26 — 3 27 — 25 28 — 23 29 — 38 30 — 41 1er juill. 31 2 19 3 — 13 4 — 25 o — 25 6 — 31 7 — 14 8 — 5 9 — 13 10 — 18 11 — 39 12 — 45 13 — 21 144 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Dans cette série, les mesures actinométriques sont mieux d'accord avec l'aspect extérieur du temps. Mais il y a encore des discordances. On voit aussi que les cirrus et cirro-cumulus, et même les cumulus n'empêchent parfois pas la combustion d'être' active. Enfin, on n'observe encore aucune dépendance entre l'action chimique et la présence des lueurs solaires et antisolaires. Si elles accompagnent parfois une combustion active, c'est qu'elles n'apparaissent que pendant le beau temps. Mais on en observe aussi bien pendant les journées à combustion très forte que pendant les journées moyennes. Cette même année, j'avais fait à Paris d'autres observations dont j'ai perdu le détail, mais qui, dans leur ensemble, m'avaient fourni des nombres plus faibles, dans les belles journées, que ceux que j'ai relatés jusqu'ici. La combustion solaire m'appa- raissait donc moins intense à Paris qu'à la campagne, et j'étais confirmé dans cette idée par une autre longue série d'expériences dans lesquelles j'étudiais l'actionde la lumière solaire sur diverses substances organiques», plus résistantes que l'acide oxalique, et que j'étais obligé d'exposer au soleil pendant des semaines et des mois, avant que leur combustion fut terminée. Elles totalisaient ainsi les influences subies pendant la durée de l'exposition. Or, le temps nécessaire était toujours plus grand à Paris qu'à la campagne. Parmi les faits de cet ordre, je ne puis citer que celui-ci, parce que je me trouve l'avoir consigné, par hasard, dans un travail qui ne visait pas cette question. Une solution décime d'acide tartrique, exposée de 10 heures à 2 heures, chaque jour, au soleil de Paris, n'avait perdu par combustion, en 7 mois et demi, que 10 0/0 de son acide, tandis que, dans le Cantal, une solution identique en avait perdu 47 0/0 au bout de 2 mois. La durée d'exposition journalière avait été, il est vrai, plus longue dans le Cantal, et de plus, comme nous le verrons, la quantité d'action produite augmente plus vile que la durée d'exposition. Mais cela ne suffit pas à combler la différence. Dans une autre expérience, pour une combustion de glucose en liqueur alcaline, j'ai vu durer 2 ans à Paris ce qui n'avait demandé que 3 mois dans le Cantal. i. Annales de l'Institut agronomique, t. X, 1886. ETUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 145 La première explication qui s'olTrait à l'esprit est une inQuence d'altitude. A Paris, on est presque au niveau de la mer. Dans le Cantal j'étais à 6y0 mètres. Je me suis installé en 1887 à 1,000 mètres environ, à Orcines, sur le plateau volcanique qui porte le Puy de Dôme. La maison que j'habitais, et où j'ai fait quelques observations malheureusement très contrariées par le temps, était séparée du sommet du Puy de Dôme par une dis- tance d'environ 4 kilomètres comptée sur la carte, sans tenir compte de la différence d'altitude qui était d'environ 400 mètres. J'ai profité de ce voisinage pour faire, avec le concours de M. Plumandon, directeur de l'observatoire, deux séries d'expé- riences comparatives destinées à me renseigner sur Tin- fluence propre de l'altitude. Je commence par donner les résul- tats recueillis à la station d'Orcines. EXPÉRIENCES DE 1887 Station d'Orcines, au pied du Puy de Dôme, altitude 1,030 mèiies environ. Pays de bruyères, très peu arrosé et très peu fertile. Dates. Combustion Observations, solaire 0/0. 9 août. 44 Ciel couvert de 12 à 2 h. Journée très chaude. S. et A. S. Journée très belle. Vapeurs blanches à l'horizon. Vent du N. W. un peu froid. Journée très belle. Même vent, plus faible, ciel bleu. Baromètre bas. Cirrus le matin. Temps demi-couvert. Journée très belle après une série de gros temps. Cirrus à l'W. ; ciel voilé. Vent d'W. et du S. Temps orageux, cirro-cumulus, puis cumulus. Orage du S. W. à 2'', 30. Cirro-stratus le matin. Cumulus à l'horizon. Beau temps jusqu'à 2 heures. Cirrus, cirro-stratus, puis cumulus. Couvert, rares éclaircies. 15 — 8 Mauvais temps depuis le 12. Un peu de vent, quelques éclaircies. 16 — 13 Temps un peu plus beau, ciel couvert par intervalles. 17 — 8 Assez beau, mais ciel couvert. 18 — 8 — "19 — 6 Journée médiocre. 22 — 40 Très belle journée dès le matin. 10 10 — 55 11 - 66 12 — 49 lo — 23 23 — 47 24 — 23 25 — 20 26 — 23 11 septembre. 16 12 — 10 J46 ANNAL! Dates. Combustion solaire 0/0. 23 août 7 24 — 15 25 — 29 26 — 24 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, Observations. Un peu de brume le malin. Soirée très belle. Très belle journée. Très belle journée.. Un peu brumeux le matin. Le soir beau. Les belles journées d'août dépassent notablement les belles journées de septembre, et en moyenne ces nombres sont supé- rieurs à ceux que j'avais trouvés les années précédentes dans le Cantal. Mais on ne saurait tirer de celte comparaison aucune conclusion relative à l'intluence de l'altitude. Il faut nour cela des observations simultanées. L'année a été trop mauvaise pour que j'aie pu les organiser avec quelque suite à Orcines et au sommet du Puy de Dôme. J'ai pourtant pu faire 7 jours d'obser- vations comparatives, avec la même liqueur exposée pendant le même temps dans les mêmes conditions. Yoici les résultats aux 2 stations : Station du Puy de Dôme. Station d'Orcines. 15 septembre. 7 8 16—8 8 22 — 45 40 23 — ' 13 7 . 24 — 19 5 25 — 30 29 26 — 45 24 Les combustions au sommet du piton de la montagne mar- chent à peu près du même pas que sur le plateau au voisinage : elles sont un peu supérieures en moyenne, mais sans parallélisme, et sans que l'effet de l'altitude soit très accusé. L'augmentation d'action le 26 tient sans doute à ce que le plateau était le malin couvert d'un peu de brume au milieu de laquelle émergeait le sommet de la montagne. Il en a été de même le 23. Si on fait abstraction de ces 2 jours, l'influence de l'altitude paraît médiocre ou nulle, et il demeure évident que ce n'est pas à des actions de cet ordre que nous devons demander l'explication de la différence des résultats observés à Paris et dans le Cantal. Je me suis alors demandé s'il n'y avait pas une influence de la transparence ou de l'opacité de l'air, et, par transparence, j'entends non pas seulement la transparence pour la lumière, mais aussi et surtout la transparence pour les rayons chimiques. Ne pourrait-il pas se faire que la radiation solaire s'appauvrisse ETUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 147 quand elle rencontre sur son passage des substances qui absor- bent les rayons chimiques, ou qui s'oxydent en les éteignant? C'est là une question qui se pose tout naturellement, et qu'on peut résoudre sans peine par des expériences comparatives faites le même jour dans un même lieu. Exposons par exemple au soleil deux cuvettes pareilles, l'une flottant sur l'eau, l'autre à la surface d'un bain d'essence de térébenthine placé au fond d'un large cristallisoir; on trouve toujours que la combustion est nota- blement moins avancée dans la seconde que dans la première. Ces expériences ont été faites à Paris, en 1888, et perdues. Mais M. Elfving, professeur à l'Université d'Helsingfors (Finlande), à qui j'en avais écrit le résultat, en a recommencé une sur l'essence de térébenthine, et je la cite d'après une de ses lettres. « J'ai répété et confirmé vos expériences. Le 30 août 1888, de 8 à 4 heures, par un ciel clair, il y eut 53 0/0 de l'acide brûlé au-dessus de l'eau, et 39 0/0 au-dessus d'un bain d'essence de térébenthine. Le lendemain, où le jour est resté clair de 9 heures jusqu'à midi, les chiffres ont été de 47 et 23 0/0 pour la même durée d'exposition. Il est donc bien sûr que la présence dans l'air de substances oxydables diminue sensiblement l'action comburante au niveau du sol. » M, Elfving a appuyé cette conclusion de l'expérience suivante que j'ai à mon tour répétée et confirmée : elle consiste à tamiser les rayons solaires au travers d'une solution de sulfate de quinine, qui absorbe en partie les rayons chimiques, avant de la faire agir sur la liqueur oxalique. Un autre tamis, formé d'eau, donne un terme de comparaison. On pourrait à la rigueur se passer de ce dernier, car la quantité de vapeur d'eau ou d'eau liquide ou solide qu'ont traversée les rayons avant d'arriver au sol dépasse l'épaisseur de l'écran liquide qu'on emploie d'ordi- naire, et l'absorption par l'eau est du reste très faible. Dans mes essais, j'avais supprimé cette complication. M. Elfving se servait de deux cloches de verre à double paroi, contenant l'une de l'eau, l'autre une solution de sulfate de quinine. II m'écrivait le 17 juin: « La lumière qui a traversé une couche d'eau est cinq fois plus active que celle qui a passé au travers dune solution de sul- fate de quinine de même épaisseur. Je continuerai les observations au temps du solstice...» et, le 9 juillet, « j'ai fait encore une expérience avec le sulfate 148 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de quinine. Le 27 juin, tandis qu'il fut brûlé en plein air pendant toute la journée 87 0/0 de l'acide oxalique total, et sous une cloche de verre remplie d'eau 78 0/0, la décomposition ne fut que de 10 0/0 sous une cloche iden- tique remplie de solution de quinine. » Voilà donc, en résumé, une cause de variation trouvée pour le deg-ré actinomélrique. Toutes les huiles essentielles, les odeurs que la végétation répand dans l'air sont une cause d'affaiblissement dans la puissance actinique des radiations qui arrivent à la surface du sol. Comme les rayons chimiques ont un rôle incontestable dans la végétation d'après les expériences de MM. Bonnier et Mangin, la production de ces effluves odorants et oxydables est peut-être pour la plante un moyen de protec- tion. On a le droit de supposer, a priori, qu'il doit en être de même pour les matières grasses, très oxydables aussi, et cons- tamment présentes dans l'air. Seulement, pour vérifier cette conclusion par l'expérience, il faut se rappeler que l'oxydation solaire de la matière, grasse s'accompagne d'une production d'acide qui élève le titre de la solution oxalique en même temps que la combustion solaire le diminue. Il faut donc, ou mettre très peu de matière grasse, de façon à ce qu'elle forme seule- ment au-dessus du liquide un voile imperceptible, soit, ce qui vaut mieux, la répandre en voile transparent sur une surface de verre interposée sur le trajet des rayons lumineux. Voici quel- ques expériences à ce sujet. EXP. Le 2-4 juin 1885, j'expose au soleil pendant six heures sept cuvettes de même dimension, contenant chacune 10 c. c. d'une solution d'acide oxa- lique demi-décime. Deux de ces cuvettes, 1 et 2, ont leurs parois nettes. La cuvette 3 a été mouillée avec une solution de beurre dans le sulfure de car- bone, qui a laissé sur les parois une couche graisseuse qui les ternit à peine. En outre, ces parois ont abandonné à la liqueur oxalique, en vertu du jeu des tensions superficielles, une couche invisible de matière grasse. Pour en distinguer l'action de celle du dépoli des parois, on amène une quatrième cuvette au même degré d'opacité que la cuvette no 3 en la frot- tant extérieurement avec de la craie. Enfin, à la fois pour augmenter la quantité de matière grasse dans le liquide et pour savoir l'effet qu'y pro- duirait un peu d'opacité, on a préparé les cuvettes 1 6/5, 2 bis et 3 bis comme les cuvettes 1, 2 et 3, en y ajoutant seulement en plus 2 gouttes de lait, soit environ 5 milligrammes de matière grasse. Cuvette no 1 l^arois nettes 33 0/0 — 2 Parois nettes 32 0/0 — Parois mates, surface graisseuse. 29 0/0 ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 149 Cuvette n'' 4 Parois mates par la craie 32 0/0 — 1 bis, comme l + ^ goultes de lait 16 0/0 — 2 bis — '2+ — 17 0/0 — 3 bis — 3+ — 17 0/0 D'autres expériences, dont les détails sont perdus, confirment ces résultats, et la matière grasse contenue dans le liquide ou répandue en couche invisible à sa surface, de même que celle qui couvre la paroi d'une cloche recouvrant la cuvette à acide oxalique, diminue, quoique dans une proportion plus faible que les huiles essentielles, l'effet actinique des rayons solaires. Enfin, il en est de même de beaucoup de substances, plus ou moins facilement oxydables, qui exercent aussi un effet protec- teur, ou retardateur, contre les radiations chimiques. Tel est par exemple l'alcool. EXP. Le 26 juin 1883, 2 cuvettes avec 10 c. c. de solution d'acide oxalique à 1/13 d'équivalent me donne une combustion de 33 0/0, la même pour les deux. Deux autres cuvettes identiques, additionnées de 2,3 c. c. d'alcool à 93o ne me donnent qu'une combustion de 21 0/0. Le 1-4 septembre 1888, deux cuvettes avec une solution à 1/20 d'équiva- lent d'acide oxalique me donnent deux combustions identiques, s'élevant à 10 0/0. Elles sont seulement de 4 0/0 dans deux cuvettes pareilles, addi- tionnées de quelques gouttes d'alcoolat d'oranges, où l'huile essentielle et l'alcool ont agi à la l'ois. J'ai fait de nombreux essais, dont j'ai perdu les détails, sur divers corps oxydants et oxydables. D'une manière générale les premiers activent l'action, et les seconds la retardent. Il y a aussi des phénomènes d'entraînement que je ne peux étudier ici, d'abord parce que ce n'est pas mon objet, puis parce que je dois auparavant refaire une expérience dont les détails sont perdus. Je me contente de tirer de l'ensemble de mes résultats la conclu- sion que voici : c'est que la nature et la proportion des éléments oxydables présents dans l'air se traduisent dans la combustion solaire de l'acide oxalique, qui est d'autant plus faible à la surface du sol que les radiations ont trouvé sur leur passage plus d'éléments instables à oxyder. Les matières organiques de l'atmo- sphère sont donc une protection contre une action trop intense des rayons chimiques, et l'effet qu'elles produisent est non seulement mesurable, mais encore parfois très puissant. En d'autres termes, nous ne savons pas quelle est la puissance chimique de la lumière solaire à son entrée dans l'atmosphère. 150 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mais, en arrivant à la surface du sol, elle est si appauvrie qu'une petite couche de vapeur cVessence de térébenthine, de sulfate de quinine ou de substances sensibles suffit à la dépouiller presque com- plètement. C'est une conclusion à laquelle nous étions arrivé 3u début, et que les résultats présents confirment. Cette conclusion a une contre-partie, c'est que l'atmosphère doit à chaque instant être le siège de combustions, de sorte que l'action d'assainissement qui ne se fait pas au niveau du sol doit se produire dans l'air, tant sur les matières organiques en vapeurs que sur les microbes en suspension. Ici nous retrouvons cette action hygiénique sur laquelle j'insistais tout à l'heure et dont nous commençons à connaître le mécanisme. EXPÉRIENCES DE 1888. Cette première question de l'influence possible des matières en suspension dans l'atmosphère se trouvant suffisamment ébauchée par les constatations qui précèdent, je me trouvais conduit à me poser la question suivante. C'est un fait connu que l'activité des procès végétatifs dans les régions du nord de l'Europe. Il faut, pour le blé de printemps, 145 jours en moyenne en Alsace entre la semaille et la récolte : il n'en faut plus, d'après M. Tisserand, que 133 à Halsno, par o9°30 de latitude, et que 114 à Skibotten, par 69°30 de latitude. La température moyenne de la période de végétation est pour- tant plus basse à mesure qu'on se rapproche du pôle. Cette diminution du nombre de jours de végétation à mesure que la latitude augmente semble une loi générale. D'après M. Arnell, l'orge met 117 jours à pousser dans la Suède méri- dionale, 92 dans la -Suède moyenne, 89 en Laponie. Il est vrai qu'une partie de ces difl'érences tient à une accommodation de la plante, car, semé chez nous, le blé de Norvège y pousse plus vite que le nôtre, tandis que le nôtre est en retard en Norvège sur le blé acclimaté. Mais il y a aussi une influence du climat, et même, d'après M. Grisebach, l'accélération constatée dans la végétation des plantes cultivées dans l'extrême Nord ne porte que sur la période comprise entre la germination et la floraison. Elle ne s'applique donc qu'aux organes verts, et, dès lors, met enjeu une question de lumière qui, d'après le résultat obtenu, ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 151 semble prépondérante sur la question de la température. En somme, avec ce que nous savons, l'influence actinique des rayons solaires semble augmenter avec la latitude. A quoi est due cette augmentation? Et d'abord semanifeste- t-elle sur nos solutions d'acide oxalique? Tel était le premier point à examiner. C'est pour cela que j'ai sollicité le concours de M. Elf- ving, dont j'ai cité plus haut une intéressante expérience. Je lui ai envoyé à Helsingfors une liqueur oxalique et des cuvettes pareilles à celles dont je me servais, de façon à assurer l'identité des conditions expérimentales dont nous pouvions disposer à notre gré. Malheureusement il y en avait d'autres tout à fait hors de notre portée. L'idéal eût été de trouver une série de jours également beaux en France et en Finlande. Mais il y a, comme on sait^ des raisons pour que ces coïncidences ne soient pas fré- quentes, et il aurait fallu, pour les rencontrer, plusieurs mois d'observations continues que ni M. Elfving ni moi ne pouvions entreprendre. Le mot beau jour implique d'ailleurs, comme nous l'avons vu plus haut, de telles incertitudes dans sa définition actinométrique, que l'on pouvait se contenter à moins de frais dans une première approximation. Il suffisait de comparer la combustion actinométrique des plus belles journées au fond du golfe de Bothnie à celles de France à la même époque de l'année. Ce n'est pas tout. La durée du jour est plus longue dans le Nord que dans le Sud pendant la période de végétation, et la durée de l'insolation a, nous le savons, une grande influence sur la qualité de la combustion. Aussi avais-je demandé à M. Elfving de faire par jour 2 séries d'expériences, une avec des cuvettes laissées à la lumière de 8 heures du matin à 4 heures du soir, comme celles sur lesquelles j'opérais en France, l'autre sur des cuvettes laissées exposées toute la journée, du lever au couchei du soleil. M. Elfving a fait à Helsingfors, du 27 août au 4 septembre 1887, o expériences que je ne peux comparer avec celles que je faisais à ce même moment au pied du Puy de Dôme, parce que le mauvais temps avait interrompu les miennes. Mais je puis les comparer avec celles que j'avais demandé à un jeune élève de l'Ecole polytechnique de faire au même moment au bord de la 1. Voir à ce sujet ma Météorologie. Paris, Ilermann, 1891. 152 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mer, sur les côtes de la Manche. Elles se trouvent plus compa- rables à celles de M. Elfving, ayant été faites aussi dans une station maritime. Tout ce qu'on peut noter, au sujet de ces nombres relevés au bord de la mer, en Normandie, c'est qu'ils étaient en moyenne du même ordre que ceux que j'obtenais au même moment sur le plateau que porte le Puy de Dôme. Voici d'abord les observations recueillies en France sur les côtes de la Manche de 8 heures du matin à 5 heures du soir : Observations. Dates. Combustion solaire 0/0. 13 août. u 4G — 38 17 — 31 18 - 23 Temps clair jusqu'à l'i,30. Plus tard voilé. Pluie jusqu'à 2 heures, puis couvert. Très clair de 11 heures à 3 heures, puis voilé. Aux 3/4 couvert jusqu'à 10 heures, clair de 10 heures à 3 heures. 19 — 33 Demi-couvert le matin. Puis assez clair. Légère brume. 20 — 21 Demi-couvert toute la journée. 21 — 28 Légèrement couvert le matin, puis clair. 22 — 30 _ _ _ 23 — 36 Beau temps. 24 — 39 — _ 25 — 42 Chaud, très lourd, temps clair. 26 — 32 Convertie matin, clair de 12 à 3 heures. Couvert le soir. 27 — 23 Couvert, pluie de 10 heures à 11 heures. 29 — 24 Pluie incessante. On voit que la combustion solaire aug-mente avec le beau temps, diminue par les ciels couverts ou la pluie. Cette série de 1887 est tout à fait comparable a la série trouvée en 1885 dans le Cantal, à 700 mètres d'altitude, et cela confirme ce que nous avons dit plus haut sur la faible influence de l'altitude, en tant qu'altitude; c'est que ce n'est pas l'air qui a la puissance absor- bante la plus notable, mais bien les substances qui y sont con- tenues. Voici maintenant les 5 expériences de M. Elfving faites en 1887. ETUDES SUIl L'ACTION SOLAIRE. 153 Helsinfjfors. — Latitude 60* 10'. — Durée du jour 14 heures. Hcmléur du soleil au-dessus de l'horizon à midi, 30'' environ. Dates. Combustion solaire U/0 De S h. m. à i h. soir. Toute la journée. 27 août. 42 53 28 — 50 65 29 — 53 61 2 sept. 74 87 4 — 77 89 « La différence entre les 3 premiers jours et les 2 autres est assez grande, elle tient sans doute à ce que l'atmosphère avait été purifiée par de fortes pluies les 30 août et !•''' et 3 septembre. Déjà, en mars, j'avais observé cet effet des pluies. » (M. Elfving-.) Les chiffres de la première colonne sont en moyenne supé- rieurs aux chiffres correspondants et comparables du tableau qui précède, et celte supériorité doit d'autant plus frapper que, par suite d'une erreur dans les conventions, l'exposition a duré, en France, une heure de plus qu'en Finlande. Il faudrait donc augmenter ces derniers, pour les rendre comparables aux autres, d'une certaine quantité. Mais ces expériences îie sont pas assez nombreuses et, d'un commuii accord, on les a recommencées en 1888. Voici celles que j'ai faites à Paris, dans le jardin de l'Institut ag-ronomique, dans les mois de mai et juin 1888. Mes obliga- tions fonctionnelles m'ont astreint à ne les terminer qu'à u heures du soir et m'ont empêché de les faire en série continue. Je supprime 3 observations faites pendant un vent violent qui avait couvert mes cuvettes d'une couche dépoussières. Exposition de 8 heures du matin à 5 heures du soir. Observations. Belle journée, vent du nord frais. Très belle journée, un peu plus chaude que la précédente. Cirrus le matin. Très belle journée. Ciel couvert. Baromètre en baisse. Ciel couvert. Vent du sud, cirrus. Assez belle journée. Vent du nord. Cirrus et alto-cumulus. 21 — 33 Ciel couvert, quelques éclaircies le soir. Vent d'est, frais. Dates. Combustion solaire 0/0. 12 mai. 46 13 - 29 14 — 50 15 - 23 17 — 52 18 — 23 20 — 27 4er juin. 33 2 — 53 3 - 39 5 - 42 15i ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Dates. Combustion Observations, solaire 0/0. 26 mai. 43 Quelques nuages le matin. Beau le soir. Vent du nord, frais. 27 — 30 Assez belle journée, quelques cirrus. Une bour- rasque approche, lîelle journée, sans vent. Journée chaude et orageuse. Journée très chaude. Vent du raidi. Journée chaude et orageuse, temps un peu couvert. 12 — 64 Belle journée, un peu d'air. La correspondance entre la combustion solaire et l'état de l'atmosphère est moins nette qu'à la campagne, ce qui n'est pas surprenant, étant donnée rtiétérogénéité incessante de l'air d'une grande ville. Voici maintenant les observations de M. Elfving à Combustion solaire 0/0 soir. Toute la journée. 58 76 63 33 72 72 63 70 74 79 77 80 Aux jours marqués d'un -|-> le ciel a été plus ou moins cou vert à Helsingfors. Tous les chiffres de la seconde colonne devraient être un peu augmentés pour être comparables à ceux du tableau précédent. On voit qu'ils leur sont encore en moyenne supérieurs, bien qu'aucun n'atteigne le chiffre réalisé pour la journée du 12 juin à Paris, chiffre qui est à la vérité un chiffre très exceptionnel. Yoici une autre série, d'août à septembre 1888, faitesimul- tanément en France et en Finlande. Exposition de 8 heures du matin à o heures du soir. Helsingfors : Dates. c De 8 h. m. à 19 mars 50 21 — 47 22 — 56 + 23 - 53 + 24 — 37 + 27 — 44 30 — 46 31 — 51 4 juin 48 + 7 - 48 8 — — 9 — 36 10 — 37 11 — 54 Dates. Combustion solaire 0/0. 9 août 20 10 — 19 11 - 18 12 — 19 13 — 18 ÉTUDES SUR LAGÏION SOL.vmE. d55 Station des balm du Mçnt-Dore, à i, 0^0 mètres d altitude. Pâturages et bois de sapins. Observations. Cirrus le matin, augmentant le soir. Belle journée. — ciel légèrement voilé. — comme hier. Cumulo-cirrus le matin; beau l'après-midi, le ciel se couvre le soir. 1-i — 27 Belle journée. Le ciel se couvre un peu le soir; vent du sud. Très belle journée, atnios. limpide. Le soir cirrus. Pluie toute la journée. Ciel couvert et pluie. Belle journée: cumulo-cirrus et cirrus. Cirrus toute la journée, surtout le soir. Pas de baisse barométrique. Grands cumulus blancs. Même temps qu'hier. Journée médiocre. Journée assez belle, cirrus nombreux. Journée médiocre. Journée assez belle. Quelques cumulus le matin. Journée médiocre. Journée assez belle avec quelques nuages. Belle journée, soleil chaud, rares cumulus. Beau le matin, médiocre le soir. Belle journée, très chaude. Très belle journée, comme hier. Journée médiocre, chaude et lourde. Journée mi-partie nuages et soleil. Journée sombre. Superbe journée. Ciel beau le matin, couvert le soir. Journée un peu plus belle que la veille. Assez beau le matin, couvert le soir. Cumulus cachant environ 1/8 du ciel. Un peu plus beau que la veille. Journée un peu voilée, mais sans nuages. Ce qui frappe, enlisant ces chiffres, c'est qu'ils sont faibles, même ceux qui se rapportent aux belles journées. Ce sont les plus petits que j'aie relevés eu moyenne en août et septembre, 16 ■ — 27 17 — — 18 — — 19 — 22 20 — 15 31 15 1er sept. 15 2 — 10 3 — 24 4 — 12 5 — 11 6 — 12 8 — 11 10 — 11 11 — 7 12 — 18 13 — 25 14 — 15 15 — 9 16 — 4 17 — 29 18 — » 19 — 30 20 — 10 21 — 17 22 — 13 26 — 15 27 — 25 28 49 io6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. bien que ce dernier mois surtout ait été assez beau. J'ai attribué ce fait à ce que la station oiî j'opérais est presque entièrement entourée de bois de sapins, répandant dans l'air des vapeurs de térébenthine. Mais je reconnais qu'il faudrait d'autres observa- tions comparatives pour établir solidement ce fait important, où on trouverait peut-être l'explication des bons résultats thérapeu- thiques du séjour dans les bois de pins. On retrouve aussi dans ces nombres le défaut de correspon- dance entre l'aspect de l'atmosphère et le degré de combustion solaire. Ainsi les belles journées du 14 et du 15 septembre ont eu une combustion totale inférieure à 10 0/0 tandis que les jour- nées du 21 et du 28 n'ont pas été sensiblement plus belles que celle du 26, et pourtant la combustion y a été beaucoup plus forte. Ces différences curieuses tiennent peut-cire à la cause que nous invoquions plus haut. Si ce sont les vapeurs d'huiles essen- tielles qui arrêtent au passage le rayonnement actinique, l'effet de ce que nous appelons une belle journée sera fort variable sui- vant qu'elle succédera à une période de pluies qui aura lavé l'at- mosphère, ou à une période de chaleur qui aura augmenté le nuage invisible de vapeurs de térébenthine ou des autres essences odorantes dans la campagne. Mais tous ces points-là ont besoin d'être visés directement pour être touchés, et ce travail préli- minaire n'a pas d'autre prétention que celle d'ouvrir de nouveaux sujets d'études sur l'atmosphère. Voici, maintenant, comme terme de comparaison, les résul- tats de M. Elfving à Helsingfors, pendant la même période de la même année. Combustion so aire 0/0 Dates. De 8 h m. à 4 h. s. Toute la journée. (tliscrvations. 22 août se 66 Ciel clair. 23 — M 60 Presque clair. 26 — 35 45 Nuages. 27 — 56 75 Clair. 28 — 50 68 A demi-couvert. 29 — 55 71 Ciel très clair depuis 9 h. matin. 30 - 53 70 — — 31 — 39 » Ciel très clair de 9 h. à midi. 2 sept. 49 59 Ciel très clair. 3 - 49 67 — 6 — 54 » Presque clair. Dates. De s h Combustion solaire 0/0. .m. à 4 h. s. Toute la journée. 8 sept. 49 » 9 — 52 62 10 - 50 » Il — 59 » li — 51 » do - 40 » 10 - 51 » 17 — 51 » 18 — 42 » ETUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 157 Observations. Clair le matin, couvert ensuite. Ciel très clair. Ciel clair. Nuages. La régularité est plus grande ici qu'en France, et on remar- quera en particulier la ressemblance étroite au point de vue acti- nométrique des jours qui sont notés de même comme très sem= blables dans la colonne des observations (29 et 30 août, 2 et 3 sep- tembre, 14, 15, 16 et 17 septembre). Mais, ce qu'il y a de plus frappant dans ce tableau, quand on le compare à celui qui précède, c'est que les chiffres de la combustion de 8 heures du matin à 4 heures du soir sont notablement plus élevés qu'ils ne l'étaient à ce même moment, en France de 8 heures du matin à 5 heures du soir. C'est ce que nous avions déjà constaté à deux reprises plus haut. Il ne peut donc pas rester de doutes sur ce point : l'intensité actinique de la lumière des pays du Nord, au voisinage du sol, est plus grande que dans nos régions tempérées. Il était curieux de se demander ce qui arrive quand on s'approche de l'équateur. J'ai profité, pour commencer cette étude, de l'offre obligeante de mon ami, M. Gessard, qui, pendant son séjour à Sétif (Algérie), a bien voulu faire quelques observations avec une liqueur que je lui avais envoyée et qui avait la même sensibilité, à peu près, que celles qui ont servi aux essais précédents. Sétif est sur le flanc sud de la chaîne des Babers et des Bibans, et domine une plaine immense, en contre-bas de 2 à 300 mètres, et bornée à 3o ou 40 kilomètres par une petite chaîne de montagnes qui la sépare d'une autre plaine plus étendue, le bassin de la Hodna. Celui-ci n'est plus séparé du Sahara que par un faible relief montagneux. La plaine, au-dessous de Sétif, est donc exposée aux influences désertiques, s'échauffe beaucoup le jour, se refroidit la nuit, et l'appel produit pendant la journée vaut d'ordinaire à Sétif un vent frais du nord. Malgré cela, la chaleur y est grande, l'évaporation forte, et pour que les cuvettes ne perdent pas tout leur liquide par évaporation, il faut y mettre 20 c. c. de liqueur oxalique et les faire 158 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. nager sur l'eau d'un grand cristallisoir. Voici les nombres obte- nus par cette méthode. L'exposition avait lieu de 8 heures du matin à 5 heures du soir. Oljsei'vations. Nuages. Temps orageux, ciel couvert. Nuages plus rares que les deux jours précédents. Temps clair, sans poussière. Nuageux par instants. Bourrasques, beaucoup de poussière. Arrêté avant 5 heures. Temps couvert. Beau temps. Temps couvert; quelques gouttes de pluie. Nuages, rafales, poussières. Beau temps. Orage de grêle à 7 h. du soir. On ne voit pas la montagne du sud à 5 li. du soir. Pas de nuages, horizon très visible. Temps couvert à partir de 2 h. Temps couvert à partir de midi, ondée à 3 h. Ces expériences ont été reprises en août, simultanément à Sétif et dans le Cantal. Yoici celles de Sétif. Les jours où il a été fait des observations correspondantes dans le Cantal, on a mis ce dernier nombre entre parenthèses. Observations. Nuages à partir de midi. Tonnerre et pluie à 4 h. 30. Assez belle journée, rares nuages. Soleil irrégulièrement voilé. Pas de nuages. Soleil et ciel pur toute la journée. Vent du nord. 22 — 8 Pas de nuages. Soleil et ciel pur toute la journée. Vent du nord. Pas de nuages. Soleil et ciel pur toute la journée. Vent du nord. Pas de nuages. Soleil et ciel pur toute la journée. Vent du S. W. Pas de nuages. Soleil et ciel pur toute la journée. Vent du S. W. Quelques nuages dans l'après-midi. Vent du N.-E. Nuages de midi à 3 h. Même jour que la veille. Dates. Combustion solaire 0/0. 2juillet 12 3 — 14 4 — 10 5 — 14 6 — 16 7 — 17 8 — 62 y — 18 11 - 40 12 - 32 13 — 22 15 — 25 17 — 22 18 - 22 19 - 24 20 — 22 21 — 23 Dates. Combustion solaire U/0. 18 août 6 19 - 3 20 — 3 21 - 3 23 — 8 24 - 11 25 — 6 26 — 27 — 8 9(29) ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 159 Dates. Combustion Observations, solaire 0/0. 28 août 8 (42) Pas de nuages. Belle journée, vent du N. etN.-E. 29 — 7 (-il) — — — ;îO — 7(35) Pas de nuages, belle journée, vent du S. W et du N.-E. 31 — 7 (39) — — vent du S.-E. 18 sept. 9 Temps couvert toute la journée. 9 _ dO (27) Beau soleil toute la journée. 22 — 10 Nuages rares. 23 — 11 Beau. Le soleil a brillé toute la journée. 2i — Il Soleil parfois voilé à partir de midi. 25 — 14 Ciel couvert toute la journée, vent du sud. On voit que, sauf la journée exceptionnelle du 8 juillet (pour laquelle on n'a qu'une observation, le vent ayant submergé l'une des deux cuvettes, et peut-être apporté des poussières dans l'autre) tous ces nombres déterminés en Algérie sont notable- ment inférieurs à ceux qu'on trouve en France à la même époque et surtout à Helsingfors. Il est très curieux de voir de belles journées sans nuages à Sétif se traduire par une combustion de 7 à 9 0/0 à la fin d'août, pendant qu'on observe des combustions de3oà40 0/0 dans le Cantal, par de belles journées aussi, et alors qu'à Helsingfors, par de belles journées de septembre, nous trouvons, à la même époque, avec des cuvettes contenant seule- ment 10 c. c, des chitfres dépassant 50 0/0. Une paraît donc pas douteux que la puissance actinique du soleil ne soit plus faible à Sétif qu'en France, et en France qu'en Finlande, et cela bien que la température moyenne aille au contraire en décroissant du Sud au Nord. Si ces résultats se généralisaient, il faudrait en conclure que le climat actinique marche à l'inverse du climat thermométrique, ce qui se comprend du reste, si on admet que la chaleur est le facteur principal de l'expansion dans l'atmosphère des produits organiques combustibles qui arrêtent d'autant plus le rayonnement actinique qu'ils sont plus abondants. J'incline plutôt vers cette explication que vers celle qui mettait en jeu la puissance de l'ozone. Mais ce n'est pas le moment de discuter cette question. Nous en avons une autre à aborder. Nous venons de voir qu'il y a une différence de qua- lité dans la lumière versée sur les différents points du globe. II est clair que les différences de durée d'insolation amènent d'autres différences dans la quantité. 160 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les jours utiles à la végétation clans le Nord sont plus longs que chez nous. Quelle est l'influence de la durée de l'éclaire- ment sur le phénomène chimique qui nous sert de moyen de mesure? L'efîet produit est-il proportionnel à la durée de l'e.x'po- sition au soleil? Croît-il plus ou moins lentement qu'elle? Telle est la question que nous avons à nous poser. Je la crois neuve, parce que, jusqu'ici, dans les instruments météorologiques comme dans les spéculations théoriques, on a toujours envisagé que l'effet d'un éclairement était, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnel à sa durée. Nous allons voir qu'il n'en est pas ainsi, et qu'il croît beaucoup plus vite. INFLUENCE DE LA DURÉE DE l'ÉCLAIREMENT Jusqu'ici nous avons pris, comme représentant l'effet acti- nique total pendant la période d'exposition, le total de l'acide oxalique brûlé. Les conclusions auxquelles nous sommes arrivés subsistent, quelle que soit la loi qui relie la combustion à l'effet actinique, à la condition que Tun augmente ou diminue avec l'autre, et nous savons qu'il en est ainsi. Mais la loi de cette augmentation mérite une étude plus approfondie. Pour la faire, demandons-nous si l'effet total de combustion observé à la fin d'une journée, sur une solution d'acide oxalique exposée au soleil, représente la somme des divers effets actiniques pro- duits aux diverses heures. Pour le savoir, exposons, l'une à côté de l'autre, deux cuvettes renfermant la même quantité de la même solution, l'une que nous étudierons seulement à la fin du jour, l'autre où nous ferons le dosage acidimétrique au bout d'une heure, en la remplaçant de suite par une autre toute pareille, renfermant du liquide neuf, et que nous traiterons de même une heure après. Si les effets actiniques s'accumulent, sans pertes ni empiétements, dans le liquide de la cuvette restée toute la journée au soleil, la quantité d'acide dont nous y cons- taterons la disparition devra être égale à la somme des quan- tités d'acide disparues dans les cuvettes exposées une heure cha- cune. L'expérience, plusieurs fois faite, montre qu'il n'en est jamais ainsi. Le total des quantités d'acide brûlées dans les cuvettes exposées une heure chacune est insignifiant au regard de celles ETUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 161 qu'on trouve brûlées dans la cuvette qui a passé la journée au soleil. La différence est variable d'une journée à l'autre. Elle diminue un peu quand on porte à deux heures la durée minima de temps d'exposition des cuvettes successives, encore plus quand on la porte à 3, à 4. En partageant la journée de dix heures en deux périodes égales, l'une de sept heures du matin à midi, l'autre de midi à cinq heures, le total de l'acide brûlé dans les deux cuvettes correspondant aux périodes d'exposition ne dépasse quelquefois pas la moitié de l'acide brûlé dans la cuvette exposée dix heures au soleil. Nous pouvons donc con- clure de l'ensemble de ces expériences qu'il y a un temps mort au commencement de la combustion, qu'une heure et demie, deux heures sont nécessaires pour que la combustion commence : pendant cetle période le travail est tout intérieur, et ne se traduit par aucune diminution du titre acidimétrique. Ce temps mort du début ne doit pas nous surprendre. Quand on étudie à ce point de vue les diverses réactions de la chimie, on s'aperçoit qu'il n'y en a guère qui commencent immédiate- ment, dès quesontréalisées les conditions ej^^fmmres de leur pro- duction. MM. Bunsen et Roscoë ont observé ce fait dans leurs recherches relatives à l'action de la lumière sur un mélange de chlore et d'hydrogène, et l'ont étudié sous le nom d'induction photochimique. Un mélange de formiate et de permanganate de potasse reste en apparence inerte pendant quelques secondes, après lesquelles commence un dégagement gazeux abondant, et en quelque sorte explosif, d'acide carbonique, provenant de l'oxydation de l'acide formique. Ce n'est de même qu'au bout d'un instant que du chlorure d'argent se réduit à la lumière en présence d'une matière organique, et on constate des temps morts tout pareils dans toutes les opérations photographiques, qu'il s'agisse d'impressions lumineuses, de développement des clichés on de tirage des positifs. En quoi consiste le travail moléculaire qui s'accomplit pen- dant cette période? c'est ce qu'il est difficile de dire. Il est probablement du même ordre que celui qui s'accomplit pendant la période de sensibilisation de notre liqueur oxalique, dont nous avons parlé plus haut. J'ai constaté en effet qu'il est moins ong avec les solutions sensibilisées qu'avec les solutions neuves, de sorte que si celles-ci ne subissent pas au soleil le même degré 11 162 ANNALES DE L'INSTIÏUÏ PASTËUll. de combustion que les autres, c'est en partie parce que le temps mort à l'origine est plus court. Je dis en partie, parce que la combustion commencée, elle ne marche pas, comme nous allons le voir, d'un pas régulier, mais subit une accélération plus ou moins grande. Pour nous rendre compte de sa marche, modifions un peu l'expérience qui précède. Exposons le matin au soleil une douzaine de cuvettes toutes pareilles, et toutes les deux heures, retirons-en deux qui nous donneront le total de la combustion jusqu'à ce moment-là. Il sera facile de tirer de là la marche de la combustion au long de la journée. Voici une expérience que je cite, non pas qu'elle soit la plus complète de celles que j'ai faites, mais parce qu'elle a porté sur un liquide de même sensi- bilité que celui d'autres expériences que j'aurai à citer tout à l'heure. Expérience. — Le 6 septembre 1888, à 8 h. 30 du matin, j'expose au soleil 4 cuvettes que je retire à divers intervalles, et je mesure les pro- portions d'acide oxalique brûlé. Combuslion solaire 0/0 Après 2. heures — 4 heures 3 — 8 heures 10 — 10 heures 12 On reconnaît au départ le temps mort de l'origine. On voit de plus que de la 4"^ à la 8^ heure, c'est-à-dire de midi et demi à quatre heures et demie, la combustion a été deux fois plus rapide que pendant les quatre premières heures; elle a même été plus rapide que de dix heures et demie à midi et demi, malgré la distance croissante du soleil au zénith. De quatre heures et demie à six heures et demie, elle a aussi été très sensible, malgré le soleil déjà bas sur l'horizon. Ce fait est général, et de l'ensemble de mes résultats, je crois pouvoir conclure, comme vérité démontrée, que la marche de la combustion horaire ne reste pas constante, et au lieu de croître vers midi pour diminuer ensuite, subit dans la soirée une accé- lération progressive, qui ne s'éteint que lorsque le soleil est près de se coucher. Tout se passe donc comme si la sensibihté de la solution ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 463 oxalique augmentait avec la durée d'exposition à la lumière. Rien ne nous dit en effet que la sensibilisation que nous l'avons vue subir à l'obscurité, sous l'action du temps, arrive ainsi à son maximum, et rien n'est plus naturel que d'attribuer à la lumière la faculté de prédisposer à la combustion l'acide oxalique qu'elle n'a pu encore oxyder et faire disparaître. L'expérience suivante montre en effet qu'une solution restée exposée au soleil et qui ne s'y est pas complètement brûlée, con- serve pour le lendemain une sensibilité plus grande qu'une solution non insolee la veille. ExpÉRiExcii. — Elle se fait en exposant chaque jour à la lumière 4 cu- vettes identiques, dont 2 sont étudiées le même jour, et deux autres mises en réserve pour le lendemain, jour où on les expose de nouveau au soleil avec deux cuvettes neuves. On compare le total de la combustion dans les deux jours consécutifs à la somme des combustions dans les cuvettes exposées chacune un jour. Voici quelques-uns des résultats. Journée du 2 sept. Combustion 10 0/0 ) ^, „ ,„ o , G,t 34 0/0. — 3 sept. 24 ) Journées des 2 et 3 sept. tiS 0/0. L'oxydation a donc doublé. Voici une autre expérience : Journée du 4 sept. Combustion 12 0/0 > o,r, rx ,r. .- , 1 1 23 0/0. — -i sept. — 11 ^ Journées des 4 et 5 sept. — 38 0/0. La différence est un peu moins grande «jue tout à l'heure parce que les deux journées ont été toutes les deux médiocres, tandis que la journée du 3 septembre, dans l'expérience précédente, avait été assez belle. On voit que la cuvette iiisolée de la première expérience a subi le second jour une combustion de G8 — 10 ^= 58 0/0, alors qu'une cuvette neuve ne subissait qu'une combustion de 24 0/0. Pour la seconde expérience, les chiffres sont 26 et 11. La sensi- bilité de la solution oxalique aug-mente donc par l'insolation, et cette augmentation persisté au moins du jour au lendemain. Des expériences du même ordre, dans le détail desquelles je n'entrerai pas, prouvent que cette exaltation de la sensibilité produite par l'insolation dure jusqu'au surlendemain, dans une liqueur conservée ensuite à l'obscurité, et que ce n'est qu'après trois jours qu'on n'en trouve quasi plus trace. La liqueur insolée revient à la sensibilité de la liqueur mère, qui semble ainsi cor- respondre à une sorte d'état d'équilibre. Il est remarquable en effet que les diverses liqueurs sensibles dont j'ai eu besoin dans 164 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ces expériences, et qui ont été préparées à des époques très diverses, avec la précaution de ne les utiliser qu'au bout de quelques mois, avaient toutes, au moment de l'usage, à peu près la même sensibilité. Précisément les 8 et 9 septembre, j'ai eu à changer de liquide, et j'ai profité de ce que les deux jour- nées étaient médiocres pour comparer l'ancienne liqueur et la nouvelle. La combusion a été la même pour les deux. M. Elt'ving- a comparé de même deux solutions que je lui avais envoyées à un an de dislance et a trouvé, dans quatre jours d'expériences, les nombres correspondants suivants pour l'ancienne et la nouvelle : 58 et 56; 52 et 51; 63 et 60; 42 et 35. L'ancienne solution était un peu plus sensible, c'est ce qui a lieu d'ordinaire, mais la différence était très faible. On peut se demander si l'augmentation de la combustion dans une cuvette insolée la veille ne tiendrait pas seulement à la suppression du temps mort que nous avons constaté au début de l'insolation. Il suffit, pour le savoir, de couper, par une observation intermédiaire, les deux journées d'insolation, et de chercher quelle est la combustion pendant chacun des intervalles. Exp. — Le 12 septembre 1888, par une belle journée de soleil chaud avec rares cumulus, on expose 4 cuvettes, 1, 2, 3, 4. La cuvette 1 est étudiée après 6 heures. La combustion y est de 10 0/0 — 2 — 9 — — 18 0/0 Les cuvettes 3 et 4 sont exposées à nouveau le lendemain avec 2 cuvettes neuves 3' et 4'. Cette journée du 13 est très belle : rares cirrus. La cuvette 3' est étudiée après 6 heures. La combustion a été de 13 0/0 — 3 — 6 — — 44 0/0 La différence est donc considérable et tient certainement en partie à la diminution du temps mort dans la cuvette insolée la veille. Mais il n'y a pas que cela, car, dans la seconde moitié de la journée, cette cuvette conserve l'avance. La cuvette 4' a été étudiée après 9 heures. La combustion y est de 25 0/0 — 4 — 9 — — 62 0/0 ■ L'accélération se conserve donc toute la journée, puisque tandis que dans la seconde moitié du second jour le liquide neuf ne subissait qu'une augmentation de 25 — 13 = 12 dans sa combustion, le liquide insolé la veille passait de 44 à 62, subis- sant ainsi une augmentation de 18 0/0. On peut remarquer de même que le matin il avait augmenté de 26 0, tandis que le liquide neuf n'avait subi qu'une combustion^de^l3 0/0. C'était à ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 165 cause du temps mort. Les deux liqueurs se sont un peu plus égalisées le soir, mais la solution insolée a conservé l'avance. Enfin, ce qui n'est pas moins curieux que tout ce qui précède, c'est que cette sensibilisation exagérée sous l'action de la lumière permet à la solution de subir à la lumière diffuse une combus- tion qu'elle ne subit pas lorsqu'elle est à son degré de sensibilité normale : c'est ce que montre l'expérience suivante. En août 1889, à Noalhac, tout près d'Aurillac, à une altitude de 700 mètres environ, je prépare une liqueur d'acide oxalique sensible dont partie est abandonnée dans un flacon, à une lumière très faible, et partie est enfermée dans un flacon bouché et exposé au soleil : c'était pour voir si la sensibilisation au soleil s'accompagnait nécessairement d'un procès de combustion. L'expérience en flacon clos a montré qu'il n'en était pas ainsi. Le liquide contenu n'a eu à sa disposition que la petite quantité d'oxygène dissous qu'il a consommé en diminuant faiblement de titre, et en un jour d'insolation il a atteint une sensibilité exaltée qu'on a main- tenue quelques jours, en le gardant ensuite à la lumière diffuse. Le 30 août, j'expose au soleil 2 cuvettes, contenant de ce liquide insolé, en même temps que 2 cuvettes du même liquide non insolé. Les chiffres de combustion solaire sont 18 et 19 0/0 pour ce dernier, de 92 et de 92 0/0 pour l'autre. La journée a été fort belle. Le flacon de liqueur insolée est resté au soleil. Le 31 août, on prépare 2 groupes de 2 cuvettes, contenant l'une, du liquide non insolé; l'autre du liquide insolé. L'un de ces groupes est exposé au soleil; l'autre sur l'appui d'une fenêtre exposée au nord, où il ne reçoit que la lumière du ciel, tamisée ce jour-là par un peu de brume sèche. Le chiffres trouvés après 8 heures d'exposition ont été les suivants : Liquide non insolé perd 24 0/0 au soleil. — insolé — 63 0/0 — — non insolé 6 0/0 à la lumière diffuse. — insolé 19 0/0 — Le surlendemain 2 septembre, par une journée sombre avec menaces d'orage, la môme disposition a donné les chiffres suivants : Liquide non insolé perd 13 0/0 au soleil. — insolé — 50 0/0 — — non insolé perd 3 0/0 à la lumière diffuse. — insolé — G 0/0 — Ainsi l'insolation préalable augmente la rapidité de combus- tion non seulement à la lumière directe, mais aussi à la lumière diffuse. L'expérience du 31 août montre pourtant, lorsqu'on la compare à la première, que cette lumière diffuse doit avoir une certaine intensité pour que son effet soit mesurable après quel- ques heures. La liqueur insolée, exposée dans une chambre sur 16Ï) ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. un point éloigné de la fenêtre, ne change pas sensiblement de titre dans l'intervalle de quelques jours, mais elle en change en un mois, et on observe' ainsi chez elle, avec une intensité plus grande, les phénomènes de combustion lente remarqués, depuis Wittstein, dans les solutions titrées d'acide oxalique. Cette sorte d'impression solaire persiste en eiFet après que la solution a été mise dans l'obscurité : . Expérience. — On recommence une expérience identique à celles qui précèdent avec cette différence que le flacon contenant la dissolution in- soiée à, l'abri de l'air est garclé trois nuits et deux jours au laboratoire avant d'être distribué dans les cuvettes le 6 septembre. Malheureusement cette journée du G est troublée par des cirrus et des nuelles. Liquide non insolé perd 7 0/0 au soleil. — insolé — 20 0/0 — Les combustions à la lumière diffuse ont été insignifiantes. La proportion d'acide oxalique brûlée au soleil est donc encore, après trois nuits et deux jours, trois fois plus grande dans la liqueur insolée que dans l'autre. Mais elle décroît ensuite, et après quelques jours la différence cesse d'être mesurable après un jour d'exposition. Nous retrouvons donc là cette rétro- gradation de la sensibilité que nous avons signalée plus haut. ~ Cette impression solaire qui s'efface lentement, se produit au contraire très vite, et en étudiant comparativement des fla- cons exposés au soleil 1, 2 et 3 jours consécutifs, je n'ai pu constater entre eux aucune différence sensible. Si nous revenons maintenant, avec les résultats acquis, à notre étude sur la lumière des régions voisines du pôle, nous voyons que ces régions ont à ce point de vue une double supé- riorité sur les nôtres. L'une, qui tient à la constitution de leur atmosphère, c'est que l'absorption des radiations chimiques de la lumière solaire y est moins complète que chez nous. La puissance actinique, au niveau du sol, dépasse celle que nous constatons autour de nous aux diverses heures de la journée. L'autre, due à leur situation géographique, tient à ce que pendant la période de végétation le jour y est plus long que dans nos régions tempérées, et que la puissance actinique, du moins sur les solutions d'acide oxalique, augmente plus vite que la durée du jour et ne lui est nullement proportionnelle. C'est ÉTUDES SUR L'ACTION SOLAIRE. 467 ce que montrent avec netteté les résultats comparatifs des expé- riences faites à ma prière par M. Elfving et relatées pages 153, 154 et 15(). Après une période de préparation, la combustion com- mence, s'accélère de façon à réparer d'abord la perte de temps du début, et linit par atteindre le soir des chiffres très élevés, inconnus dans nos régions. C'est ainsi qu'elle s'est élevée à 87 et 89 0/0 les 2 et 4 septembre 1887, à 79 et 80 0/0 les 9 et 11 juin 1888, à 7o le 27 août 1888, alors que les nombres les plus élevés, relatifs aux mêmes périodes, et avec les mêmes liquides, ne s'élevaient pas à 50 0/0 dans nos régions et étaient même parfois notablement au-dessous. Non seulement l'effet d'une belle journée augmente sensible- ment plus vite que la durée, mais encore l'effet d'une belle matinée peut suffire à rendre la combustion rapide dans une soi-i rée sombre et nuageuse. Il suffit que le liquide ait été sensibi- lisé, et comme cette sensibilisation doit être d'autant plus rapide que l'intensité actinique est plus considérable, la constitution de l'atmosphère des pays du nord les favorise à ce point de vue plus que nous. Enfin la sensibilisation produite par une belle journée per- siste pendant quelques jours. Si donc une succession de beaux jours ne produit pas, au point de vue chimique, un effet notable- ment supérieur à leur durée, la sensibilité ne s'exaltant pas outre mesure et atteignant rapidement un maximum qu'elle ne dépasse que lentement, une succession de mauvais jours succédant à une belle journée n'est pas une période inerte et perdue, à rai- son de la sensibilité chimique acquise au début. On retrouve là, sous une autre forme, ce système de pondération qui atténue les gros effets, augmente les petits et qu'on a observé dans tant d'autres phénomènes naturels. En somme, il semble qu'on ait fait fausse route jusqu'ici en considérant les actions chimiques de la lumière solaire comme indépendantes des lieux, et comme proportionnelles à la durée de l'insolation fournie par les instruments météorologiques. La puissance actinique d'une journée n'est pas la même à jour égal pour les diverses régions du globe, et son effet croit plus vite que sa durée. Tel est l'enseignement principal qui résulte de ce mémoire. Il y aurait un pas de plus à faire. Nous venons de constater 168 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dans la solution oxalique une sorte d'emmagasinement de la lumière, se traduisant par une sensibilisation de la liqueur. L'oxygène présent dans un liquide ne pourrait-il pas à son tour être sensibilisé et revêtu d'une puissance oxydante qu'il pour- ' rait ensuite exercer à la lumière diffuse? Je n'ai rien trouvé en cherchant dans cette voie avec l'acide oxalique; mais j'avais auparavant été plus heureux avec des substances, non pas plus oxydables, mais à dosage plus précis, de sorte que la plus petite variation de proportion devenait mesurable. Je veux parler des diastases. J'ai montré que de la présure s'oxydait et disparais- sait dans une eau qu'on avait préalablement exposée au soleil, alors qu'elle restait intacte ou à peu près dans la même eau pui- sée au robinet. J'ai fait voir aussi qu'un flacon de verre exposé au soleil emmagasinait sur ses parois ou dans son contenu assez de radiations chimiques pour activer ensuite l'oxydation d'une solution de présure qu'on y laissait séjourner à l'ombre. Les liquides ou solides insolés peuvent donc, comme nos solutions d'acide oxalique, acquérir des propriétés qu'ils n'avaient pas avant. Et dès lors les phénomènes de combustion solaire prennent dans l'économie générale du monde une impor- tance sans doute très inférieure à celle des ferments, mais qui n'est pas négligeable, et de plus présente une flexibilité d'allures et une variété d'actions tout à fait comparables à celle que manifestent les êtres microscopiques. J'ai montré que dans une dissolution de glucose, rendue alcaline par la potasse, l'action solaire donne parfois de l'alcool et de l'acide carbonique par une combustion intérieure analogue à la fermentation alcoolique. Je viens de découvrir que l'on peut produire dans les mêmes condi- tions, non plus quelque chose d'analogue à la fermentation alcoolique, mais quelque chose d'analogue à la fermentation lac- tique. Il n'y a plus d'alcool, ou presque plus, mais il se forme de l'acide lactique. L'action lumineuse, variable en quantité suivant les lieux et les saisons, comme l'ont montré les divers chapitres de ce mémoire, peut donc encore se différencier à son arrivée par la. qualité des effets produits. Tous ces faits donnent à l'étude de celte radiation chimique une importance de premier ordre, et je m'estimerai heureux si les premiers résultats contenus dans ce travail excitent les savants à de nouvelles recherches. VACCINE ET RETROVACCINE A BATAVIA Par le D^ L. J. EILERTS DE HAAN La vaccine a été introduite dans les Indes-Orientales néer- landaises huit ans après sa découverte par Jenner, et depuis ce moment, le gouvernement de ces îles a pris grand soin de sa propagfation. Cette culture de bras à bras a néanmoins été inter- rompue bien des fois dans tel ou tel district, et il fallait attendre alors une nouvelle importation d'un autre district ou de la Hollande. Maintes fois, à raison de la distance, le vaccin venu de Hollande ne donnait que des résultats médiocres ou nuls. C'est pour cela que plusieurs médecins civils et militaires des colonies ont essayé de cultiver la vaccine sur des veaux ou des vaches : chose surprenante, ils n'ont réussi à cela qu'en 1884, année ou le D"" Schuckink Kool a réussi l'inoculation sur une génisse de la vaccine provenant dun enfant. Cette rétrovaccine donna de bons résultats, et, en 1890, l'heureux expérimentateur reçut mission de fonder à Batavia un Institut pour la culture du vaccin animal, destiné à en fournir aux districts qui en manqueraient. Cet Institut n'a eu depuis aucun besoin du vaccin d'Europe, et fournit assez de vaccin pour que j'aie pu proposer l'an dernier de commencer sur une large échelle les inoculations sur l'homme avec de la vaccine animale. Il fallait s'attendre aux objections de ceux qui différencient la rétrovaccine et le cowpox, et n'attribuent pas à la première la puissance de protection de la seconde. J'ai donc dû comparer les deux virus, et voici le résumé de mes résultats dans les 5 dernières années. Les chiffres du tableau sont les nombres d'inoculations réussies, en moyenne, sur dix piqûres faites à chaque enfant vacciné. 170 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cowpox et rétrovacciae fraîche. Cowpox et rétrovaccine cons. — dans la glycérine. 1891. 8S en fan ts europ. 5,3 9o — indig. 6,3 82 enfants indig. 3,3 1802. 237 — europ. 7,1 ni — indig. 7,2 203 — indig. 7,6 1893. 197 — europ. 7,2 133 — indig. 7,0 123 — indig. 6,7 1804. 184 — europ. 7,3 110 — indig. 6,4 65 — indig. 6,3 189a. 5 — europ. 7,8 83 — indig. 7,7 Vaccine humanisée de bras à bras. 125 enfants indig. 5,7 164 enfants indig. 8,5 241 — indig. 7,0 OÏO indig. G,5 La plupart des personnes venues en 1895 ont été inoculées par 2 stries de2 à 3 centimètres de longueur; voici les résultats comparatifs : Rétrovaccine fraîche. Sur 225 enfants européens, 209 ont eu 2 stries réussies. 10 ont eu 1 strie réussie. 4 ont eu moins d'une strie. 2 ont eu stries. (L'un avait eu. la petite vérole en 487i.) Rétrovaccine conservée. Sur 326 enfants indigènes, 226 ont eu 2 stries réussies. 49 ont eu 1 strie réussie, 9 ont eu stries. (Quatre de ces enfants avaient eu la petite vérole en 1894 et 1893.) J Au sujet du premier tableau, je dois ajouter que, depuis le 8 mai 1894, le cowpox d'origine n'a plus été employé à l'Ins- titut de Batavia, et que depuis l'an dernier on n'inocule plus que la rétrovaccine fraîche et conservée dans la glycérine. On voit que les vaccins de ces 3 origines donnent les mêmes résultats sur l'homme, en ce qui concerne la proportion des inoculations réussies. Mais si les pustules sont aussi nombreuses dans un cas que dans l'autre, il n'en résulte pas que les pouvoirs protecteurs soient égaux. Voyons ce que dit à ce sujet l'expérience. l''',s('r/c. — Un singe {Macacus cynomolgus) est rasé sur le dos sur une surface d'environ 10 c. c, qui est lavée au savon, puis avec une solution d'acide borique et salicylique, puis séchée. On fait ensuite 5 piqûres avec de la rétrovaccine fraîche- ment récoltée sur une génisse. Quatre jours après, papules qui montrent des excavations le 7*^ jour, et évoluent à la façon ordinaire. Cette expérience faite sur 6 autres singes donne le même résultat. Le singe peut donc recevoir la rétrovaccine. VACCINE ET RÉTROVACCINE A BATAVIA 171 2'" série. — Ces sept singes sont inoculés à nouveau, dès que les croûtes sons tombées, avec la rétrovaccine fraîche. Aucune pustule. Le singe infecté par la rétrovaccine est donc immunisé contre la rétrovaccine. 3® série. — Un singe est inoculé, avec les mêmes précautions 3'= passage de petite vérole sur le Maeacus cynomolgus, d'après une photographie de M. le D' RoU. que dans la première série, avec le contenu de pustules de variole, trouvée sur un enfant javanais. Sept jours après, papules excavées et entourées d'une aréole. En outie, quelques papules aux lèvres et aux extrémités. Cette génjéralisation ne s'est pro- duite qu'une fois dans sept expériences pareilles, que j'ai faites toutes les fois que j'ai pu rencontrer un cas de petite vérole. Mais toujours j'ai eu des pustules. Le singe peut doac être infecté avec la petite vérole de 472 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. l'homme, et celle variolation ne donne le plus souvent qu'une éruption locale. 4® série. — Un singe est inoculé avec le contenu des pustules d'un des singes de la i'"'* série. Ce second passage donne, après 7 jours, de bonnes pustules. Même résultat jusqu'au 7*^ passage. 5^ série. — Les singes de la 4** série sont inoculés, après que les croûtes sont tombées, avec de la rétrovaccine fraîche. Aucune pustule. La rétrovaccine cultivée par passages sur le singe garde donc son pouvoir infectant et son pouvoir immunisant. 6*^ série. — Les sept singes de la â*" série et les six singes de la 5*' sont inoculés avec le contenu de pustules de petite vérole. Aucune pustule. La rétrovaccine de la génisse, aussi bien que la rétrovaccine cultivée par 7 passages sur le singe, préserve donc le singe contre la petite vérole. 7® série. — La petite vérole du l*"" singe de la 3'' série est inoculée sur un second singe : on n'obtient que des pustules localisées au point d'inoculation. Les 3'', 4% S'', 6" et 7*^ passage donnentles mêmes pustules, toujours en 7 jours. (V.lafig.p.l71.) Cette série d'expériences est répétée 3 fois avec le même résultat. 8^ série. — Avec le 6*^ passage de la 7" série, on inocule un veau. Après cinq jours, ce veau montre des pustules qui ressemblent sous tous les rapports à la vaccine ordinaire du veau. Cette expérience a été répétée avec le même résultat avec le 7" passage de la 7*' série. 9^ série. — Le second veau de la S*' série est inoculé, sept jours après la première inoculation, avec de la rétrovaccine fraîche, et cela sans résultat. On peut donc tirer de ces expériences cette conclusion impor- tante que la rétrovaccine défend l'organisme du singe contre le virus de la petite vérole. Ce fait plaide en faveur de Tidentité de cette rétrovaccine avec la vaccine ordinaire qui produit les mêmes effets. Nous ne savons rien en ce moment sur l'origine du cow- pox, souche de la vaccine, ni sur les relations de ces virus avec VACCINE ET RÉTROVACCINE A BATAVIA 173 celui de la variole. Comme on a observé dès l'origine que le véritable cowpox, transplanté longtemps de bras à bras, ou de génisse à génisse, dégénère, on a cherché une source oii le renouveler, et Badcock a essayé le premier de cultiver le vaccin par inoculation de la variole à la vache. Il a vu ainsi une vaccine magnifique se développer, et il l'a employée avec succès sur 14,000 personnes. Ceely, Yogt, Elernod et Haccius, King ont répété ces expériences, considéré cette variole mitigée comme un vrai cowpox, et l'ont fait servir avec succès à des vaccinations. Seules, les expériences de Chauveau aver- tissent qu'il faut être prudent dans cette voie. Mais il n'en reste pas moins avéré que la petite vérole, mitigée par passage de eau sur veau, peut servir [de vaccin contre la petite vérole, tout à fait comme le véritable cowpox. Dès lors on peut se demander pourquoi le véritable cowpox, la petite vérole mitigée et la rétrovaccine ne seraient pas iden- tiques. Ces trois virus : 1° donnent chez l'homme, en 7 jours, des pustules de même aspect, avec un accès de lièvre plus ou moins fort; 2^ protègent contre la variole; 3° changent de durée de développement quand on les inocule à diverses espèces d'ani- maux; 4" dégénèrent après un nombre plus ou moins grand de passages sur la même espèce. J'insiste sur les deux derniers points. La pustulation de la vaccine et de la rétrovaccine dure 7 jours chez l'homme, 5 jours chez la génisse, 7 jours chez le singe. La variole inoculée au singe évolue aussi en 7 jours dans ses passages successifs, et cette variole de 7*^ passage, rapportée à la génisse, donne en 5 jours des pustules excavées et aréolées, dont le contenu évolue encore en 5 jours chez une seconde génisse. Sur le quatrième point, j'ai à dire que les 3 vaccins contre la petite vérole dégénèrent assez vite sous le climat de Java, plus vite qu'en Europe. Jai fait à ce sujet beaucoup d'expériences avec la rétrovaccine : du 7*' au la" passage, on voit les pustules se rapetisser, s'appauvrir en lymphe, et ne donner sur une nou- velle génisse que des pustules inutilisables. Avec le cow-pox, même résultat : en voici un exemple frap- pant. Au commencement de 1894, j'eus le plaisir de recevoir, du D'' Violi de Conslantinople, un des défenseurs les plus convaincus de la vaccination avec du cowpox véritable, une l'74 ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR. petite quantité de vaccin provenant du coAvpox. Ce vaccin porté sur la génisse a donné de la rétrovaccine excellente pendant les 9 premiers passages. Au dixième, les pustules étaient petites: au 11*^ et au 12% meilleures; au 13'' et 14% moins bonnes; au lo'" et 16% bonnes; au 17% 18% 11>' et 20% moins bonnes. Au 21'' passage, une génisse fut inoculée par 180 piqûres du virus du 20« passage. Aucune pustule ne réussit, le virus était mort. La petite vérole mitigée du singe peut, nous venons de le voir, supporter 7 passages; elle s'aiïaibiit au 8®. Dans une autre expérience, après 6 passages donnant des pustules magni- fiques, le 1^ n'en a plus donné que de petites. Le virus du 4*^ passage de celte dernière expérience a été inoculé à un veau qui a montré de belles pustules le 5** jour. Le contenu de ces pustules, inoculé à un autre veau, a donné de bonnes pustules jusqu'au 8^ passage. Tout cela conclut évidemment en faveur de l'identité entre la vaccine, la rétrovaccine et la variole mitigée. Il me semble qu'il est illogique de les séparer. Pourquoi distinguer le vaccin humanisé, obtenu par cidture de bras à bras du cowpox de la vache, du rétrovaccin provenant de ce vaccin humanisé revenu sur son terrain d'origine? Quant à ceux qui ne croient pas à l'identité de la petite vérole mitigée et de la vaccine, je leur demanderai : l'' si la variole inoculée à l'homme, qui reste localisée et beaucoup moins dangereuse que la variole acquise par voie naturelle, a cessé par là d'être la variole; 2'^ si la variole inoculée à la vache par Badcock, Voigt, etc., a cessé d'être la variole; 3'' si la petite vérole de mes expériences sur le singe n'est plus de la petite vérole? Dans ces trois cas, la variole est-elle devenue une variole atténuée ou une maladie nouvelle? La rage du chien, atténuée sur le singe, n'est-elle pas toujours la rage? Je reconnais qu'il manque à ma démonstration d'avoir rapporté la variole mitigée du singe sur l'homme : c'est une expérience que je ne me suis pas cru en droit de faire. L'expé- rience de Chauveau enseigne à être prudent et je ne me croirais autorisé à faire cette tentative que si le vaccin ordinaire dont je me sers me manquait au moment d'une épidémie. Mais j'espère qu'on répétera mes expériences à ce sujet. VAt:CL\E ET RÉTROVACCINE A BATAVIA. 175 Quoi qu'il en soit, la rétrovaccine est une pratique précieuse dans les pays tropicaux qu'elle rend indépendants de l'Europe au point de vue des vaccins. Peut-être le singe pourrait-il servir de terrain de culture. Il est plus facile à transporter que la génisse. En tout cas, celle-ci peut suffire. 11 faut savoir pour- tant que le premier passage de la vaccine de l'homme sur cet animal ne donne pas toujours de grosses pustules. Mais, à la seconde inoculation, tout va bien. Il en est de même pour le premier passage du vaccin de la génisse sur l'homme. Aussitôt qu'un passage de rétrovaccine de veau sur veau donne des pustules moins bonnes, il est avantageux de renou- veler la culture en reportant le virus d'un enfant sur le veau. J'ai employé cette méthode pendant plus de deux ans, et j'ai réussi à avoir toujours du vaccin excellent à ma disposition sous un soleil tropical. LES MICROBES DES RIVIÈRES DE L'INDE Extrait d'une lettre de M. HANKLN, d'Agra. « J'espère vous envoyer bientôt un résumé de ma découverte au sujet du pouvoir que possède l'eau de certains fleuves de l'Inde, comme la Jumna et le Gange, de détruire le microbe du choléra. Cette action bactéricide me semble due à la présence de certaines substances acides volatiles. Cette découverte pré- sente de l'intérêt, en ce qu'elle explique pourquoi, dans l'Inde, le choléra ne voyage jamais dans le sens du courant dans la vallée du Gange, mais nous arrive toujours de son berceau dans le Bengale. Les cadavres des morts du choléra sont souvent jetés dans les fleuves, et comme on ne connaît encore aucun cas authentique de contamination par cette voie, même chez ceux qui boivent exclusivement de l'eau des fleuves, c'est une des principales raisons pour lesquelles les médecins indiens n'ont pas voulu croire à l'origine hydrique du choléra. « J'ai trouvé qu'au contraire le microbe du choléra se multiplie 476 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. vigoureusement dans l'eau des puits de la région. Les fleuves seuls semblent avoir un pouvoir merveilleux d'auto-purification. Voici, comme exemple, quelques nombres déterminés avec l'eau^ de la Jumna, qui arrose Agra. Cette ville de 160,000 habitants envoie tous ses égouts de surface dans la Jumna. La contami- nation bactériologique ainsi produite s'évanouit à moins de 12 milles et demi dans le sens du courant. Le nombre des bac- téries qui est de 700 ou 750 par c. c. en amont de la ville, en face de la prise d'eau, monte à 16,000 et 21,000 au droit de la ville. Il tombe à 6,200, 7,600, 4,200 entre 3 et 4 milles de distance, à 500 et 760 entre 5 et 6 milles, et au bout de 120 milles est revenu aux chiffres de 125 et 130, tous pareils à ceux qu'on relève à Dhobus Ghat, à 5 ou 6 milles en amont d'Agra. Ces observations datent du commencement de février. Quant au bacille du choléra, l'eau possède la même action bactéricide sur lui, qu'on la puise au-dessus ou au-dessous de la ville, au voisinage d'un cadavre récemment jeté dans le courant ou près d'un cadavre ayant séjourné depuis longtemps dans l'eau. Voici les nombres : Après. Eau de la Jurana A l'origine. 1 h. 2 h. 3h..30' 6h..30' 21 h. 48 h. En amont, filtrée au Berkefeld 1,200 200 En aval 1,500 Près d'un vieux cadavre 1,250 50 o Près d'un cadavre récemment jeté. . 2,000 500 200 En amont, eau bouillie 1.250 1,209 1,-500 200 1,000 2,000 25,000 Eau de puits 1,200 1,250 1,700 1,200 1,500 3,000 16,000 Les nombres du tableau sont les nombres de colonies de bacilles du choléra. On voit que l'eau de la Jumna bouillie et l'eau de puits favorisent la multiplication des microbes. D'autres expé- riences similaires ont donné les mêmes résultats, et la culture en peptone a montré que tous les microbes du choléra dans l'eau de la Jumna étaient réellement tués. « Agra, 19 février 1896. » REVUES ET ANALYSES LE POUVOIR FERMENT ET L'ACTIVITÉ D'UNE LEVURE REVUE CRITIQUE I En rapprochant de ce que l'on sait sur la fermentation alcoolique les considérations développées dans ma dernière iî^'f"?6e critique, on peut voir combien se complique, quand on cherche à le pénétrer dans le détail, ce phénomène qui alongtemps paru si simple qu'on le traduisait par une équation chimique. On peut se le représenter en gros sous la forme suivante. Supposons un liquide nutritif et sucré dans lequel on introduit une semence très faible de levure. Celle-ci va se multiplier. Si nous envi- sageons seulement ses variations de poids, nous verrons qu'elle se multiplie rapidement à l'origine, tant qu'il y a de l'oxygène dans le liquide; plus lentement ensuite, à mesure que l'oxygène se fait plus rare. Si, au moment où elle ralentit ainsi son mouvement de prolifé- ration, il reste encore beaucoup de sucre dans le liquide, ce sucre dis- paraît peu à peu, sans qu'il se forme en quantité sensible de nouveaux globules, et par Teffet de la vie prolongée des globules déjà existants qui s'épuisent, de sorte qu'à l'augmentation de poids survenue pendant la première partie de la vie de la levure, succède une diminution prove- nant de ce que l'augmentation du nombre des globulesne compense pas la dissolution de leurs éléments par suite de l'épuisement. Il y a donc un maximum dans le poids delà levure d'un liquide en fermentation. Ce maximum est d'autant plus voisin de la fin de la fermentation qu'il y a moins de sucre et plus de levure, que l'aération est plus facile, que le liquide est plus nutritif, et, en somme, comme je l'ai montré en 1885, dans ma Thèse, le poids de levure trouvé à la fin d'une fer- mentation accomplie dans les conditions ordinaires n'a.pprend a priori rien sur le poids maximum de la levure réellement entrée en action. Quand le maximum ne s'est pas produit pendant la fermentation, il se produit quand elle est terminée. Les globules abandonnés à eux- mêmes dans le liquide ferm.enté continuent à vivre en liquéfiant leurs matériaux et en donnant même un peu d'alcool au dépens de leurs 12 178 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. hydrates de carbone en magasin. C'est ce que M. Pasteur a appelé la vie continuée des globules de levure, et nos notions à ce sujet datent de son mémoire de 1860 sur la fermentation alcoolique. Elles ont été souvent redécouvertes depuis. Voilà pour|Ce qui concerne le poids de la levure. Si nous passons maintenant à ce que nous avons appelé son activité dans notre dernière Revue, c'est-à-dire à la quantité de sucre que l'unité de poids de cette levure, dans les conditions où elle opère, fait disparaître dans l'unité de temps, nous trouvons que cette activité est très variable et se tra- duit très différemment suivant les conditions de l'expérience. Au .contact de l'air, elle est très grande en apparence et se traduit, non par une abondante production d'alcool, mais par une abondante prolifération de cellules. C'est la plante végétal qui s'accroU. Le sucre disparaît rapidement, et une partie plus ou moins considérable de ce sucre se retrouve à l'état de cellules vivantes. Quand Toyygène se fait rare, l'activité reproductrice de la levure diminue; mais, comme elle devient ferment, et utilise de ce fait beau- coup plus incomplètement son aliment qu'elle ne le faisait lorsqu'elle avait beaucoup d'air, elle a besoin d'en avoir davantage à sa dispo- sition. Enfin, lorsque l'air lui manque, elle ne prolifère presque plus. Tout Faliment qu'elle consomme est employé à nourrir et à sustenter les globules déjà formés, qui ont une vie moins active du fait de la priva, tion d'oxygène, mais qui ont besoin de plus d'aliment, parce qu'ils l'utilisent plus mal que jamais. L'activité, telle que nous l'avons définie, résulte de cette superposition du besoin et de la fonction, de la quantité et de la qualité. Dans ces conditions, la plante végétal ne s'accroît presque plus, c'est la plante ferment qui est consommatrice, et le total du sucre qu'elle transforme en alcool peut atteindre un chiffre élevé, soit que l'activité soit faible et le temps de l'action considérable, soit que l'activité soit encore assez forte et le temps de la fermentation moyen. En envisageant séparément l'un de l'autre le premier et le dernier stade que nous venons de décrire, on peut les considérer comme représentant en gros : le premier, la période de formation des tissus et de construction de l'être vivant; le second, la période d'entretien sans augmentation de poids, sous l'inlluence de la vie protoplasmique. Mais cette séparation est arbitraire et un peu illusoire, car elle fait croire que ces deux actions peuvent être séparées. Dans la réalité, elles s'accompagnent forcément et sont la rançon l'une de l'autre. Je n'ai jamais pu comprendre la fameuse distinction établie par Cl. Bernard, dans ses Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux végétaux et REVUES ET ANALYSES. 179 aux animaux, entre les phénomènes de création vitale ou de synthèse organique et les phénomènes de mort ou de destruction organique, phénomènes qui seraient, les premiers, d'ordre physiologique, les seconds, d'ordre physico-chimique, et qui, dans leur succession, seraient « les deux phases du grand acte vital. » On sait que CI. Ber- nard avait essayé d'isoler les derniers des premiers, en les étudiant là on il pensait qu'ils se manifestaient seuls, dans les fermentations et les putréfactions. L'erreur fondamentale du point de départ de ce raisonnement lui a fait méconnaître le grand fait de la formation de la levure pendant la fermentation. En réalité, dans la vie physiolo- gique, il est impossible de séparer le travail de construction et le travail de destruction qui sont concomitants et liés par une loi encore obscure d'équivalence. Même lorsque la levure semble le plus ne songer qu'à l'édification de cellules nouvelles, son protoplasme respire, brûle ses matériaux et donne de l'acide carbonique. Même lorsqu'elle semble ne se préoccuper que de faire vivre les cellules déjà faites et ne plus songer à la reproduction, on voit, en y regardant de près, qu'il y a encore création de tissus, et que si les vieux globules s'épuisent, c'est en partie au profit de globules jeunes ou de bour- geons nouveaux. Le maximum de poids de la levure a lieu, non pas au moment oi^x de nouveaux globules cessent de se former, mais au moment où le poids total des globules néoformés compense la dimi- nution de poids résultant du travail d'épuisement et de solubilisation des anciens globules. Plus tard, c'est la diminution qui l'emporte jusqu'au moment où la levure, afTaiblie et totalement ou presque totalement vidée, prend de nouveau un poids constant que des années de séjour dans le liquide fermenté font à peine varier. On voit par ce qui précède quelle foule de combinaisons variées entre le poids de sucre disparu, le poids d'alcool et le poids de levure peuvent prendre naissance dans des fermentations mises en train avec des liquides plus ou moins nutritifs, plus ou moins sucrés, plus ou moins aérés, exposés à des températures variées. On pourrait presque indéfiniment multiplier à ce sujet les essais, les analyses et les tableaux d'expérience, et publier des volumes. Mais quand on ren- contre un de ces gros mémoires, bourrés de chiffres, il faut toujours se rappeler ces quelques lignes de M. Pasteur : « Dans l'étude des fer- mentations, dit-il, il n'est pas difficile de constater des faits particu- liers, isolés, nouveaux ou paraissant d'être, tant ils sont nombreux et changeants. Mais si on n'en cherche pas la liaison avec le phénomène principal, si on n'établit pas que celte liaison existe ou qu'elle n'existe pas, souvent, au lieu d'éclairer le sujet, on ne fait que l'obscurcir. » 180 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. II Ceserait porter un jugement trop sévère que d'appliquer cesderniers, mots aux travaux que M. Ad. Brown' a publiés sur V Influence de l'oxy- gène sur la fermentation alcoolique et sur le Caractère spécifique des fonctions fermentatives des cellules de levure, e[. Il suffit d'une trace de substance préventive pour permettre à la substance préformée dans le sérum neuf, d'agir avec une grande énergie, et en même temps pour lui donner le cachet de la spécificité. Si le sérum neuf a été chauffé à S5°, il a perdu la propriété de constituer avec la substance préventive un mélange bactéricide. Le liquide d'œdème, l'humeur aqueuse, etc., d'un cobaye neuf ne sont pas identiques au sérum neuf: mélangés au sérum préventif et à Témulsion vibrionienne, ils ne provoquent pas de métamorphose. Quant à la substance préventive des ani- maux immunisés, elle jiasse plus facilement dans l'œdème que la substance bactéricide. Le liquide d'œdème d'un cobaye vacciné, incapable de donner lieu à la transformation du vibrion, la pro- voque si on l'a additionné au préalable d'une petite quantité de sérum neuf (/. c). Nous avons dû admettre que l'intense pouvoir bactéricide dont est doué le sérum des vaccinés naît de la rencontre de deux substances : l'une, la substance préventive spécifique, résistant à une température de 60" (et même davantage); l'autre, la substance bactéricide proprement dite, non spécifique* MODE D'ACTION DES SÉHUMS PRÉVENTIFS 203 n'ayant par elle-même que peu d'énergie, largement répandue chez les animaux neufs comme chez les vaccinés; cette dernière substance a comme caractère important de se détruire par une conservation prolongée ou par l'action d'une température de 5o'\ Le sérum des vaccinés, à l'état frais, contient à lui seul ces deux substances: on peut facilement le priver de l'une d'elles, mais on peut ensuite, par une sorte de synthèse, faire reprendre au sérum ses propriétés primitives, en lui rendant ce qu'il a perdu, c'est-à-dire en l'additionnant de la matière bactéricide (alexine) du sérum neuf. Puisque l'expérience montre que la présence simultanée des deux substances est nécessaire à la manifestation de l'intense pouvoir bactéricide vis-à-vis du vibrion, il importe de recher- cher quelle est, dans le mélange, la part d'action propre à chacune des deux matières en jeu. Si l'on n'ajoute à une émul- sion vibrionienne que la substance préventive seule, c'est-à-dire si l'on transporte dans cette émulsion un peu de sérum pré- ventif chauffé préalablement pendant une demi-heure à 60", on constate que les vibrions restent intacts quant à leur forme, mais que beaucoup d'entre eux s'immobilisent et se réunissent en amas * . D'autre part, si l'on met en présence des vibrions et du sérum neuf, qui ne contient pas la substance préventive spéci- fique, on constate que certains microbes sont immobilisés et transformés en granules arrondis. Seulement cette transfor- mation n'est que très partielle. 1. Il faut reiuarquerà ce propos que ce pliénomène d'immobilisation et d'agglo- mération est loin (rrtre aussi frappant lorsqu'on emploie du sérum altéré par la chaleur que lorsqu'on met en jeu le sérum intact. De plus, dans le sérum qui a été chauffé, les vibrions poussent rapidement en ne ressentant plus l'influence agglomérante, et l'on se trouve en présence d'une culture formée de microbes disséminés. Or, il y a longtemps déjà, dans son travail sur le Vibrio Metchnikovi (mai 1891), M. Metchnikoff a remarqué que les vibrions poussent sans formel- d'amas dans Texsudal inllammatoire de cobaye vacciné, tandis qu'ils s'agglu- tinent en grumeaux si la culture est faite dans le sérum du même animal. Il y a donc, en rapprochant les faits, une nouvelle analogie à établir entre l'exsudat et le sérum chauU'é, dont les propriétés, on s'en souvient, nous ont toujours paru fort semblables. Ces deux liquides contiennent, en effet (bien entendu lorsqu'ils proviennent d'animaux vaccinés), de la substance préventive; mais leur activité bactéricide est très inférieure à celle du sérum intact. Ajoutons encore que les microbes cultivés dans du sérum préventif altéré par la chaleur, et qui sont disséminés dans le liquide, subissent l'agglomération et la transformation en granules, si l'on ajoute à la culture une certaine dose de sérum neuf. Par l'addition de celui-ci, le sérum a récupéré ses qualités premières, même après avoir servi de milieu nutritif. 204 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Il ressort de ces faits que la substance préventive est à un certain degré immobilisante et agglomérante, mais qu'elle l'est davantage si elle est accompagnée de la substance bactéricide. Des deux substances, la matière bactéricide normale est la seule qui soit capable de provoquer par son action propre, d'une façon fort limitée en général, mais néanmoins visible, la transfor- mation morphologique du microbe. Il paraît probable, en résumé, « que la matière préventive exerce sur les vibrions une certaine influence défavorable (bien que n'étant pas un réel antiseptique) capable de les prédisposer à ressentir plus vive- ment le pouvoir de la substance bactéricide * ». Cette matière répandue chez les animaux neufs comme chez les vaccinés, qu'on retrouve même chez les animaux malades ou morts de diverses infections, et qui prend une part si impor- tante à la transformation des microbes en granules, on en connaît l'origine. C'est elle qu'on retrouve à l'intérieur des leucocytes, et qui, même chez les animaux neufs, se trouve dans ces cellules à un état de concentration et d'activité suffisantes pour déter- miner la modification granuleuse des microbes ingérés par le pro- toplasme phagocytaire. Lors de la coagulation, elle se difluse en partie dans le sérum oii nous la retrouvons avec ses propriétés affaiblies par la dilution, mais qui peuvent encore, avec le secours d'une matière préventive, s'exercer avec activité. Yoilà quel était l'état de la question il y a un an à peu près. Dans une série d'articles récents, M. Gruber a repro- duit fort soigneusement la plupart de ces expériences, ainsi que d'autres, dont il a été question dans les pages précédentes; nous verrons plus loin qu'il en a déduit, au point de vue du méca- nisme de l'immunité passive, des conclusions en partie identiques à celles que nous avons cru pouvoir émettre. Bien qu'une telle confirmation nous soit précieuse, nous croyons superflu d'insis- ter longuement, dans ce bref résumé, sur les passages de ces articles qui traitent surtout d'expériences déjà connues et de con- clusions déjàformulées. Nous nous arrêteronsplusvolontiersaux faits nouveaux et aux interprétations non encore exposées. Tout d'abord, M. Gruber constate que le B. coli, le bacille d'Eberth, soumis à l'action des sérums respectivement préventifs, se com- portent comme le font dans les mêmes circonstances les ditfé- 1. p. 38 de notre article de juin 1895. MODE D'ACTION DES SÉftUMS PRÉVENTIFS 205 rents vibrions, c'est-à-dire qu'ils s'immobilisent et se réunissent en amas. Ensuite, pour expliquer comment les sérums préventifs déter- minent l'amoncellement de» microl)es primitivement épars dans un liquide, M. Gruber admet que, sous l'influence du sérum, l'enveloppe du microbe gonfle et devient visqueuse; ce serait cette viscosité qui provoquerait la réunion et l'adhérence en amas des microbes auparavant disséminés. En raison de cette manière de voir, M. Gruber donne aux matières qui amènent l'agglomé- ration le nom d'agglutinines. Quelle que soit Télégance de celte dénomination, on peut se demander si le fait que la surface du microbe gonfle et devient visqueuse suffirait à expliquer comment des microbes d'abord disséminés se rapprochent les uns des autres pour constituer des amas. On conçoit bien que la viscosité des surfaces puisse s'opposer à la séparation de microbes en contact, mais on ne voit pas clairement comment elle aurait pour efl^et de les faire venir au-devant l'un de l'autre, surtout quand il s'agit de microbes immobiles. Le tétanos, le streptocoque s'agglomèrent sous l'action des sérums. Des microbes mobiles, tels que le vibrion, s'agglomèrent encore quand ils sont immobilisés, tués même (chloroforme). Quand onmetlesvibrionscbolériques encontactavec une dose suffisante de choléra-sérum, on constate l'agglomération et, au bout d'un certain temps, la transformation en granules. Mais l'agglomération se produit très bien même si l'on emploie du sérum conservé depuis longtemps ; en tout cas, la métamorphose du vibrion demande du temps pour s'opérer, tandis que l'amon- cellement se fait très rapidement. Aussi les vibrions, qui, en quelques instants, se réunissent en amas parfaitement définis dans une émulsion additionnée de sérum, ne présentent après coloration par les réactifs usuels (bleu de méthylène, fuchsine de Ziehl) aucune altération constatable *. ïl faut donc reconnaître que cette viscosité des microbes agglomérés n'est pas constatable directement, et doit en conséquence être regardée comme pure- ment hypothétique. Cette modification de la surface des éléments i. Au moment d'envoyer ces pages à l'impression, nous voyons dans le dernier IV de Deutsche med. Woch. (9 avril 1896), que M. Pfeiffer fait à ce sujet la même constatation. â06 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. bactériens, que M. Gruber regarde comme certaine, devient de moins en moins admissible si l'on étudie l'amoncellement produit par les sérums sur des éléments autres que les vibrions cholé- riques. Si l'on examine par exemple les amas formés par le bacille tétanique (sous l'action du sérum antitoxique de cheval), — bacille susceptible de présenter au plus haut degré le phénomène de l'agglomération, — on constate que les microbes, bien que réunis en îlots, n'adhèrent pas fort intimement les uns aux autres. Une constatation analogue pouvait d'ailleurs être déjà suggérée par l'examen avec coloration fZiehl) des amas de vibrions. Les préparations de tétanos aggloméré rappellent l'aspect de paquets d'épingles qu'on aurait laissé tomber par groupes, assez négli- gemment, sur une table. Les bâtonnets rigides et nettement définis s'entrecroisent suivant tous les angles, sans adhérer par des contacts intimes et en laissant entre eux des intervalles souvent assez larges. L'aspect des bacilles est absolument normal, même après un long séjour dans le sérum. L'examen des strep- tocoques agglomérés fournit des constatations analogues. L'agglomération peut sobserver aussi sur des éléments très différents des bactéries; les globules rouges peuvent la présenter de la façon la plus évidente. Si l'on mélange à du sérum de cobaye, tenant en suspension des globules rouges, une petite quantité de sérum de lapin, les globules subissent rapidement une curieuse modification : au lieu de rester uniformément éparpillés, ils se réunissent en amas parfaitement définis, qui ponctuent de points rouges le liquide devenu clair. Mais si, au lieu d'employer du sérum de lapin, on ajoute au sérum de cobaye contenant des globules le séuum d'un autre cobaye, on n'observe aucun changement dans la répartition des éléments. Le sérum de cheval, mis en présence de globules rou- ges de cobaye ou de lapin, les agglomère avec une grande éner- gie. De même, le sérum de rat agglomère les globules de lapin, etvice versa; le sérum de chèvre produit le même effet sur les globules rouges de cobaye. Ces faits semblent indiquer que, d'une façon assez générale, les globules rouges s'amoncellent sous l'in- fluence du sérum fourni par un animal appartenant à une espèce différente. Ajoutons encore que le vibrion cholérique, cultivé dans du sérum de cobaye tenant en suspension des globules, provoque leur MODE D'ACTION DES SERUMS f^RÉVENTIPS. 207 agglomération. Il sera intéressant de rechercher, à ce propos, si les glol)uIes rouges ffui ont subi l'intluence d un sérum étran- ger ou qui proviennent d'un animal infecté ont encore leurs propriétés osmotiqucs normales et se comportent encore de même vis-à-vis des solutions salines. Il existe une analogie frappante entre l'agglomération pré- sentée par les globules rouges traités par un sérum étranger et celle que montrent les microbes intluencés par le sérum préventif. Si donc l'on admet que les bactéries gonflent et deviennent visqueuses, parce qu'on les voit se réunir en amas, on doit être amené à la même conclusion pour ce qui concerne les globules. Or, si Ton examine les amas que forment les glo- bules rouges mis en contact avec le sérum de cheval, on trouve, soit par l'examen à l'état frais, soit par la coloration, que ces globules ne présentent pas de différence sensible avec des globules normaux. Si Ton chauffe à une température voisine de 60*^ une lame portant une ou deux gouttes de liquide contenant ces amas, on voit les globules se dissocier brusquement sous lactionderélévationdetempérature; par refroidissement, l'amon- cellement reparaît, pour disparaître encore si l'on chauffe; on peut répéter cette opération à deux ou trois reprises. Cette influence de lélévation de température peut être constatée aussi sur les bactéries, bien que, pour ce qui les concerne, le phénomène ne soit pas aussi facilement observable*. Les globules ou les bactéries provenant d'amas dissociés par la chaleur ont leur forme et leur colorabilité normales. L'hypothèse que ces éléments différents, microbesd'espèces diverses, globules rouges, subissent tous, au contact d'un sérum actif, les mêmes modifications, n'a guère la vraisemblance pour elle. D'ailleurs cette hypothèse, nous le répétons, rendrait compte de la persistance des amas, mais non de leur formation : elle n'explique pas Taction de la cha- leur ; elle n'est pas en harmonie avec les résultats de l'observation au microscope, puisque des microbes peuvent être agglomérés sans être visiblement altérés et sans adhérer fort intimement les uns aux autres. 11 semble que ces phénomènes d'agglomération ren- trent plutôt dans le cadre de la physique moléculaire. Des influences légères suffisent à produire 1 agrégation de précipités 1. La chaleur dissocie peu les amas de streptocoques; cela tient sans doute à ce que les chaînettes enchevêtrées s'accrochent les unes aux autres. 208 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. chimiques qui auparavant restaient disséminés dans une liqueur. 11 est probable que le sérum, en agissant sur les microbes, change les relations d'attraction moléculaire entre ces microbes et le liquide ambiant. Pour ce qui concerne Faction de la cha- leur, on sait que l'élévation de la température n'est pas indiffé- rente aux phénomènes d'ordre moléculaire, et qu'elle diminue par exemple la tension superficielle des liquides. Cette manière de voir impliquerait que les bactéries en sus- pension dans un liquide, et qui s'agglomèrent sous l'action d'un sérum, se comportent comme des particules inertes. Leur vitalité ne paraît pas entrer en jeu : des vibrions cholériques tués par le chloroforme peuvent encore présenter l'agglomération. Une seconde question reprise par MM. Gruber et Durham * et pour laquelle^ces savants émettent une manière de voir par- ticulière, c'est la question de la spécificité des sérums, et du parti qu'on peut tirer de cette spécificité pour diagnostiquer avec cer- titude à quelle espèce appartient un microbe. Chacun sait quelle est la méthode diagnostique, fondée sur le fait de la spécificité, que M. Pfeiffer a le premier proposée. Le sérum d'un animal vacciné contre le vibrion cholérique, par exemple, injecté en même temps que la culture d'un vibrion identique, dans le péritoine d'un cobaye neuf, provoque, dans cette région, l'immobilisation, puis la transformation rapide des microbes en granulations arrondies. On peut considérer comme vibrions cholériques tous les vibrions qui, en présence d'un tel sérum, offrent nettement ce mode de réaction. D'après M. Pfeitfer, tous les vibrions cholériques véri- tables se comportent de la même façon. De là un moyen de dis- tinguer le vibrion de Koch des vibrions voisins, et en général des autres espèces de microbes. Cette méthode n'a pas paru, aux yeux de tous les observa- teurs, ofïrir des garanties absolues. Quand on dit, en effet, que les sérums sont spécifiques et qu'on peut utiliser cette spécificité en vue des diagnostics, on implique deux faits entièrement indé- pendants l'un de l'autre et qui, chacun, réclament leur démons- tration particulière. On exprime d'abord que l'organisme en cours de vaccination acquiert des propriétés nouvelles qui sont 1. Voir surtout : Gruber und Durham. Eine neue Méthode zur raschen Erken- nungder Choleravibrio und des Typhus bacillus [Mûncheiiei^ med. Wochenschrift 31 mars 1896). iMODE D'ACTION DES SEllUMS PREVENTIFS 209 en relation très directe, très étroite, avec la nature des microbes employés à l'immunisation. Ce point paraît dès à présent justifié par l'expérience; on voit bien, en efiet, qu'un sérum de cobaye vacciné contre le choléra est spécialement bactéricide pour les vibrions cholériques authentiques, et ne l'est pas, ou guère, pour des vibrions notoirement différents du vibrion cholérique * (Vibrio Metchnikovi par exemple). Mais on affirme, en même temps, que des microbes ayant réagi, à un certain moment, d'une façon soit positive, soit négative, sous l'action d'un sérum préventif, se comporteront toujours de même à l'avenir, quelles que soient d'ailleurs leurs conditions ultérieures d'existence. Bien plus, on implique qu'entre des microbes qui réagissent positivement et des microbes qui réagissent négativement, il n'y a pas de transitions; ce manque de transition est en effet nécessaire pour que la méthode soit précise. Cette conception, qui tend à établir entre les espèces microbiennes, pourtant si difficiles à définir et à délimiter nettement, des démarcations tranchées^et infranchissables, ne paraît guère en harmonie avec les notions que l'on a aujourd'hui sur la formation des espèces. Au reste, on connaît un vibrion sûrement cholérique, le vibrion de Massaouah, qui ne se transforme pas en granulations sous l'influence du choléra-sérum. Cependant, dans des cas nombreux, cette méthode peut rendre d'utiles services, et contribuer nota- blement à confirmer les diagnostics. Au lieu d'injecter, dans le péritoine d'un animal, les vibrions et le sérum, oh peut se servir d'un procédé plus commode^ que nous avons décrit comme une modification de la méthode dia- gnostique de M. Pfeiffer, et qui consiste à mettre in vitro le vibrion au contact de sérum préventif bien frais (si ce sérum n'est pas frais, on l'additionne de sérum neuf frais, qu'il est tou- jours facile de se procurer). Si le microbe est sensible à l'action du sérum, s'il appartient à l'espèce contre laquelle l'animal fournisseur de sérum est vacciné, il se transforme en granula- tions, après s'être immobilisé et réuni en amas, ainsi que nous l'avons indiqué. Ce procédé n'a été décrit que pour les vibrions, 1. Faits démontrés en premier lieu par M. Pl'eiffer. Nous avons noté de même, antérieurement, que le sérum d'animaux vaccinés contre le Vibrio Metchnikovi injecté à un cobaye neuf, donne au sérum de ce dernier un pouvoir bactéricide intense contre le Vibrio Metchnikovi, mais n'atteignant pas le vibrion cholérique âlO ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tandis que M. Pfeiffer applique sa méthode non seulement aux vibrions, mais aussi au coli, au bacille d'Eberth. MM. Gruber et Durham font les diagnostics non seulement pour les vibrions, mais aussi entre le coli et le typhique, enutilisant comme critérium unique l'action immobilisante et agglomérante que détermine sur chacun des microbes chacun des sérums préventifs. On reconnaît par exemple qu'une culture est bien formée de bacilles typhiques lorstjue les microbes qui la consti- tuent sont agglomérés par le sérum antityphique. Pour ce qui concerne spécialement les vibrions, on peut dire que la méthode de MM. Gruber et Duiham n'est qu'une mutila- tion delà méthode invitro que nous venons de rappeler aulecteur. Le procédé rappelé plus haut (mise en contact des vibrions et des sérums) permet de recueillir trois signes pouvant faire apprécier la sensibilité des microbes en expérience à l'action du sérum mis en jeu. Ce sont l'immobilisalion, l'amoncellement, la transformation en granules. MM. Gruber et Durham négligent ce dernier signe, pourtant important et facile à recueillir, et ne se préoccupent que des deux premiers. A priori, on peut estimer déjà que pour se tirer avec succès d'une tâche aussi délicate que l'est un dia- gnostic entre deux espèces microbiennes voisines, on ne pour- rait avoir trop de signes distinctifs, et que la suppression d'un des caractères servant de base aux appréciations ne constitue certes pas un progrès. Il faut au moins tirer de la donnée « spé- cificité » tout ce que cette donnée peut fournir. Si, 1°, les matières qui dans les sérums amènent, d'une façon bien nette et bien active, Timmobilisation et l'amoncellement d'une espèce microbienne donnée se trouvaient uniquement dans les sérums d'animaux vaccinés ; si, 2°, l'action d'amoncellement exercée par un sérum préventif atteignait exclusivement les microbes semblables à ceux qui ont immunisé l'animal dont ce sérum dérive ; si, 3°, les microbes de même espèce se compor- taient toujours de même vis-à-vis du même sérum — on pour- rait considérer comme sûrement exacts les diagnostics fondés sur le fait de l'agglomération, sans que l'on soit tenu d'avoir recours à d'autres caractères, parmi lesquels la transformation en granules. — Mais ces conditions précisément ne sont pas réalisées. MODE D'ACTION DES SKIIUMS PRÉVENTIFS. 211 1° L'amoncellement des microbes peut se produire sous l'action de sérnms différents des sérums préventifs spécifiques. Le sérum de cheval neuf mêlé à une émulsion de vibrions cholé- riques produit éiiergiquemeiit la réunion en amas. L'influence est semblable, quoique à un degré plus faible, vis-à-vis du Vibrio Metchnikovi ; elle se constate aussi très nettement vis-à- vis du tétanos, du coli, du bacille d'Eberth et moins nettement à regard du streptocoque (la culture employée est très viru- lente) '. Le sérum de cheval possède encore la même propriété lorsqu'il a été conservé depuis longtemps ou même lorsqu'il a été chauffé pendant une 1/2 heure à 60-62"; toutefois ses pro- priétés sont, dans ce dernier cas, visiblement dimitmées. Deux g-outtes de sérum de cheval, transportées dans un tube contenant 1 c. c. d'une émi)lsion de vibrions (une culture sur gélose, âgée de 24 heures, a été délayée dans 20 c. c. solution de Na Cl à 0,60 0/0) produisent le dé(iôt rapide des microbes et l'on oblient de la sorte, au bout de deux heures, une clarification absolue du liquide. La « propriété amoncelante » est donc par- faitement développée dans le sérum de cheval ; elle l'est même plus, relativement, que la propriété immobilisante. C'est ainsi qu'on remarque, dans les gouttes suspendues d'émulsion mêlée au sérum, des vibrions non encore entièrement immobilisés réunis en amas parfaitement définis ; ces vibrions impriment alors à l'amas un mouvement de vibration ou de tournoiement ; ce fait se remarque encore quand on a mis en œuvre une forte dose de sérum. Mais si l'on fait, suivant le dispositif de M. Gru- ber, le mélange des liquides dans des tubes, le dépôt des micro- bes se fait com{)lètement, car les amas se précipitent malgré les mouvements oscillatoires qu'ils peuvent encore subir. Le sérum préventif spécifi(]ue de cobaye vacciné donne plus faci- lement l'immobilisation complète, le sérum de cheval provoque déjà, avec une grande énergie, lagglomération ; il donne aussi l'immobilisation de la majorité tout au moins des vibrions. Quand on obsei've la clarification dans des tubes de l'émulsion cholérique additionnée d'une très minime dose du sérum spéci- fique, on remarque que la clarification demande beaucoup de temps pour être complète ; elle se fait d'abord en partie par le déitôt 1. Vis-à-vis des divers microbes, le sérum de cobaye neuf n'a qu'un pouvoir agglomérant presque insensible. 212 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, rapide d'amas, mais elle se continue ensuite par le dépôt gra- duel de vibrions immobiles et qui, restant isolés ou ne formant que de petits groupes, g-agnent avec lenteur le fond du vase. INous voici donc en présence de deux sérums, essentiellement différents, et qui jouissent de propriétés très analogues. On pourrait penser que, sans le secours d'aucune vaccination, le cheval possède naturellement la substance préventive contre le vibrion cholérique, et se fonder sur ce fait qu'une injection de sérum de cheval confère aux cobayes une certaine immunité vis-à-vis de ce microbe '. Mais la « substance amoncelante » du sérum de cheval neuf diffère très nettement de la substance également amoncelante du sérum de cobaye vacciné contre le choléra. En effet, la première provoque l'agglomération des glo- bules rouges dispersés dans du sérum de cobaye neuf. La seconde ne produit rien de semblable. On peut donc conclure en disant que la faculté de provoquer l'amoncellement des microbes n'appartient pas exclusivement à la substance jiréventive spéci- fique, et qu'on ne peut employer comme synonymes ces deux termes, matière agglomérante et matière préventive. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que chez les animaux dont le sérum n'était ni amoncelant, ni préventif, la vaccination fait apparaître à la fois les deux propriétés. 2° Si l'objection quenous venons d'esquisser était la seule que l'on put formuler, on pourrait à la rigueur utiliser dans le dia gnostic l'action agglomérante des sérunfis préventifs, en ayant soin d'employer exclusivement, à cet effet, le sérum d'animaux vaccinés chez lesquels on ne trouvait pas, avant l'immunisation, cette propriété du sérum (cobaye). Mais l'action qui nous intéresse n'est jamais entièrement spé- cifique, même lorsqu'il s'agit du sérum provenant de semblables animaux. M. Gruber lui-même indique des exemples qui infir- ment la loi de la spécificité ; il sera assez inutile que nous insistions longuement sur ce point. Disons toutefois qu'un cobaye vacciné contre le choléra (vibrion de la Prusse orientale) nous a fourni un sérum agglomérant avec énergie les vibrions de la Prusse 4. Fait noté par M. Pfeiffer et que nous pouvons confirmer; mais ce pouvoir préventif n'est pas fort énergique. Nous pouvons ajouter qu'une injection sous- cutauée de 3 c. c. du séruui de cheval à un cobaye, augmente assez notablement le pouvoir bactéricide du sérum de l'animal. Mais cette augmentation est loin d'éga- ler celle que provoque l'injection du sérum spécifique. MODE D'ACTION DES SÉRUMS. PRÉVENTIFS. 213 orientale, de Massaouah, et d'une faron moins complète, mais encore très évidente, le colL D'autre part, un sérum de lapin vacciné contre le 3Iassaouah (et qui n'était pas à la vérité très actif) agglomérait assez fortement le Massaouah. en n'agissant que très faiblement sur le vibrion de la Prusse orientale, ainsi que nous l'avons constaté avec M. Mesnil. Il n'est donc pas certain que l'emploi de différents sérums conduirait aux mêmes résultats. 3" Un microbe susceptible de s'ag-glomérer sous l'action d'un sérum peut subir des changements tels que le même sérum n'exerce plus sur lui une influence aussi marquée. Déjà en 1891, (ces Annales 1891), M- Metchnikoff avait vu que le VibrioMetch- nikovi, cultivé dans de l'exsudat de vacciné, pouvait y former des paquets ou donner une culture formée d'invidus isolés, suivant les conditions d'existence antérieures du microbe. Récemment M. Metchnikoff et nous-même avons pu nous convaincre qu'un vibrion (vibrion de la Prusse orientale, d'une virulence très ren- forcée) ne subissait plus que d'une manière très incomplète l'action du sérum de cheval vacciné contre le choléra, après avoir été pendant un certain temps en contact avec le protoplasme phagocylaire. Le vibrion avait été injecté à un cheval sous la peau et retiré de l'exsudat (devenu purulent) après phagocytose complète. Les vibrions provenant de la culture originelle, repi- qués sur gélose, étaient restés très aptes à s'agglomérer avec intensité sous l'action du sérum ; ceux au contraire qui déri- vaient des vibrions extraits à l'animal, et qu'on mélangeait au sérum, restaient en bonne partie épars et imprimaient au liquide un trouble permanent. Bien plus, cette modification du vibrion s'est perpétuée pendant plusieurs générations. Lorsqu'on se trouve en présence d'un microbe récemment isolé, on n'a sur ses conditions d'existence antérieures que des notions fort incomplètes. Il se peut que dans la nature, certaines influences modifient les microbes de façon à diminuer leur sen- sibilité vis-à-vis de l'action amoncelante des sérums. En résumé, comme la propriété d'amener la réunion des microbes en amas n'est pas l'apanage exclusif des substances préventives spécifiques ; comme l'influence agglomérante d'un sérum préventif donné ne s'exerce pas avec le caractère d'une stricte spécificité ; comme les microbes d'autre part sont suscep- 214 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tibles de modifications ; que leur manière de se comporter vis-à-vis d'un même réactif est inconstante et variable, on peut admettre que la suppression, dans les diagnostics par les sérums,' d'un élément tel que la transformation des microbes en granu- les n'est pas faite pour donner à ce mode d'investigation l'abso- lue précision qui lui manquait. ^ III. — Part DES cellules et des humeurs dans l'immunité, — Méca- nisme DE l'immunité passive, RELATIONS DE CETTE IMMUNITÉ AVEC l'immunité active. Dans la première partie de cet article, nous avons rappelé au lecteur des expériences montrant dans quelle mesure s'exerce l'activité respective des cellules et des humeurs lorsque les vibrionsontpénétré dans les tissus. Le lecteur a ainsi reconnu que les cellules peuvent agir soit en communiquant au liquide ambiant des propriétés bactéricides, soit en englobant les microbes intacts ou déjà modiliés. Ou s'est convaincu, en même temps, que, de ces deux modes d'action, le second est le plus important et le seul nécessaire. La phagocytose s'exerce dans tous les cas, etilne faut pas, pour qu'elle s'accomplisse, que les microbes soient au préalable convertis en granulations ni même immobilisés. Quant aux humeurs, elles fonctionnent, lorsqu'elles transforment les vibrions et les altèrent profondément, comme dépositaires de principes actifs venant des leucocytes. S'il est vrai qu'elles peuvent dans certains cas décimer beaucoup les vibrions, la phagocytose intervient néanmoins toujours puissamment, et en dernier ressort, pour la destruction définitive du virus. Bien moins encore que la transformation en granules, l'amon- cellementdes microbtisou leur simple immobilisation ne saurait êtreconsidérée commeindiqant ladestruction du vibrionet comme provoquant sa disparition en dehors de l'action jihagocytaire. On a reconnu plus haut ce fait que l'amoncellement des microbes n'indique pas qu'ils soient fort altérés, que leur surface soit devenue visqueuse, qu'ils soient gonflés, qu'ils soient incapables de croissance. Au reste, dans l'organisme, ce phénomène ne se produit pas d'une façon complète, et quand on observe la trans- formation, dans le péritoine, des vibrions en corps arrondis, on trouve beaucoup de granules isolés. De plus, la faculté d'amon- cellement dont est doué le sérum d'un animal n'est pas en rela- MODE D'ACTION DKS SÉflUMS PRÉVENTIFS. 243 lion avec la résistance de cet animal vis-à-vis du microbe consi- déré. Le sérum de cheval agglomère énerg-iquement les bacilles tétaniques; le cheval est précisément fort apte à contracter le tétanos, bien plus apte que le lapin, dont les sérums n'exercent pas sur le bacille d'action amoncelante comparable. Le sérum de rat, qui est réfractaire au vibrion cholérique, ne produit guère non plus ragglomération de ce microbe. On peut considérer comme certain qu'un microbe peut avoir conservé son entière virulence, tout en ayant présenté, de la manière la plus complète, le phénomène de l'agglomération. Les cultures de pneumocoque dans le sérum des vaccinés pous- sent en formant des grumeaux : M. Isaefî, (ces Annales 1893), a montré que ces cultures sont néanmoins très virulentes. En général, les cultures de microbes pathogènes dans le sérum des vaccinés restent virulentes, que les microbes s'agglo- mèrent (pneumocoque) ou ne s'agglomèrent pas. (Microbe de la pneumoentérite des pores. M. MetchnikofF,ces Annales 1892.) Le sérum de cheval et même son liquide d'œdème exercent sur le vibrion cholérique une influence agglomérante tout à fait remarquable. Cependant, chez cet animal, la lutte contre ces vibrions se fait comme chez les autres organismes, par le concours énergique de la phagocytose. Si l'on injecte sous la peau d'un cheval neuf une culture sur gélose d'un vibrioncholérique très virulent (qui nous a été obligeamment fourni par M. Salimbeni). lafllux des leucocytes se produit. Au point d'inoculation, on peut extraire le lendemain de l'injection un liquide purulent, constitué de leucocytes à l'intérieur desquels- on trouve la culture injectée; les microbes sont dans le protoplasme, à des degrés divers de dégénération ; il n'y a plus de microbes libres, naturellement. L'ensemencement du pus sur gélose donne une abondante culture (une trentaine d'heures après l'injection). Les microbes ont donc été capturés vivants ; c'est dans les phagocytes qu'ils finissent par trouver la mort. L'animal se rétablit rapidement. Est-ce à dire que les modifications extra-cellulaires de mi- crobes, dont la seule bien importante est la transformation en granules (sous l'infliîence de produits leucocytaires), soit sans importance dans l'immunité? A aucun titre; elles peuvent dimi- nuer le nombre des envahisseurs, ralentissent leur développe- ment et font gagner du temps à l'organisme, même si elles se 216 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. bornent à maintenir le statu quo, de sorte que les leucocytes affluant ultérieurementpeuvent engager la lutte avec avantage, au lieu de se trouver en présence d'adversaires devenus invincibles^ par leur nombre et par les matières toxiques qu'ils ont élaborées. Il faut pour comprendre le mécanisme de l'immunité passive, expliquer comment apparaît une propriété très importante qu'ac- quièrent les organismes traités par le sérum préventif. A quoi est dû l'intense pouvoir bactéricide que l'on constate chez ces animaux? Nous n'avons rien d'essentiel à ajouter à ce que nous avons dit à cet égard. In vitro, un pouvoir bactéricide énergique prend naissance dès qu'on mélange à du sérum neuf frais (peu bactéricide par lui-même) une trace de substance préventive (non bactéricide par elle-même). Nous avons toujours insisté beau- coup sur cette expérience, parce qu'elle donne à nos yeux la clef de ce phénomène essentiel, l'apparition d'un pouvoir bacté- ricide intense et spécifique chez les organismes qui ont reçu du sérum. Toute l'étude de l'infection chez ces organismes montre qu'il y a identité dans le mode d'apparition de ce pouvoir m vitro, et son mode d'apparition chez l'être vivant. Comme nous le disions en juin 1895, ce pouvoir bactéricide naît dans l'organisme, comme il naît dans un tubeàréactif, par larencontre de deux subs- tances, la substance préventive spécifique d'une part,lasubstance bactéricide normale proprement dite,répandue et préformée chez les animaux neufs comme chez les vaccinés, d'autre part. Iso- lément, chacune des deux substances n'agit que faiblement; réu- nies, elles altèrent le microbe de la manière la plus évidente. L'organisme neuf possède déjà la substance bactéricide nor- male; si on le traite parle sérum, on lui fournit celle qui lui manquait , la substance préventive. Où se fait la rencontre des deux principes? Si la matière bactéricide, pendant la vie, dans les conditions normales, était uniformément dissoute dans les humeurs, la rencontre se ferait dans ces humeurs. Mais nous savons que la matière bactéricide est concentrée dans les leuco- cytes. C'est donc essentiellement dans les leucocytes que la matière préventive constituera avec la matière bactéricide le mélange antiseptique. Ce mélange ne s'opérera au dehors des cellules que lorsque celles-ci auront, pour une cause quelconque, laissé diffuser dans le liquide ambiant une partie de l'alexine qu'elles renfermaient. MODE D'ACTION DES SÉRUMS PRÉVENTIFS. 217 En résumé, l'immunité passive est due, tout au moins en partie, à un piiénomène chimique exercé sur les vibrions par deux substances préformées, l'une existant chez l'animal avant toute injection, l'autre se rencontrant déjà dans le sérum qu'on injecte ; ce phénomène est purement chimique en ce sens qu'il peut s'accomplir sans le concours d'une réaction vitale, d'aucune sécrétion cellulaire nouvelle ; on le constate en effet dans des liquides entièrement dépourvus de cellules. Munis de cette nouvelle arme, qu'ils ont acquise sans accomplir d'efforts réactionnels \ et qui leur est donnée par la rencontre en eux de deux matières préexistantes, les leucocytes sont plus que jamais à même d'accomplir efficacement leurs fonctions protectrices. On peut formuler ces conclusions d'une manière concise en disant que l'immunité passive doit s'expliquer, tout au moins en partie, par une augmentation passive du pouvoir bactéricide phagocy- taire. A cette manière de voir, dont nous donnons ici un résumé calqué sur ce qui a été dit antérieurement, M. Gruber accorde — tout au moins pour ce qui concerne la production de l'intense pouvoir bactéricide par la rencontre des deux substances — son adhésion tacite. C'est du moins ce qu'il faut admettre, car ce savant émet dans de récents articles, à ce sujet, des conclusions entièrement similaires. M. Gruber, il est vrai, ne croit pas que la rencontre s'effectue dans le protoplasme phagocytaire, car il n'est pas convaincu que les phagocytes soient les sources de la matière bactéricide normale. Mais il n'apporte dans le débat aucun fait nouveau, se bornant à se rallier aux opinions, expo- sées et discutées plus